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Depuis fin 1999, le Kenya souffre d'une insécurité alimentaire due à la sécheresse. La situation a empiré en l'an 2000, les longues pluies ayant fait défaut en début d'année. Turkana compte parmi les zones du pays les plus touchés.
Les Turkanas sont des pasteurs qui se sont trouvés marginalisés dans le processus de développement national. Par conséquent, ils ont un accès limité à l'emploi et aux services de base. Bon nombre d'entre eux sont tombés dans le dénuement en raison de sécheresses répétées et vivent désormais sur les rives du lac Turkana, où ils pêchent et font des objets d'artisanat en doum. D'autres groupes qui s'adonnent traditionnellement à la pêche résident aussi à proximité du lac.
L'aide alimentaire provient de l'Etat kenyan et du Programme alimentaire mondial (PAM). Une ONG dirige la distribution des vivres dans chaque zones. A Turkana, c'est World Vision qui en est chargée, Oxfam Grande-Bretagne assumant les tâches générales de distribution dans le sous-district de Lokitaung. A l'échelle nationale, c'est le groupe de coordination pour la securité alimentaire - lequel regroupe des représentants de l'Etat kenyan, des agences de l'ONU et de diverses ONG - qui organise l'aide alimentaire.
Problématique
Ce groupe de coordination avait fixé le pourcentage de la population à cibler dans chacun des districts sinistrés au début de l'an 2000. Or, en juillet de l'an 2000, pour le sous-district de Lokitaung, le pourcentage de la population ciblée passe de 71 % à 84 % en juillet 2000, ce qui donne à penser que des besoins n'ont pas été satisfaits. Les représentants du PAM avaient calculé le pourcentage de la population à cibler en fonction d'un recensement public mais, dans l'intervalle, Oxfam GB avait enregistré un nombre de personnes nécessiteuses beaucoup plus élevé. Puisque le recensement de référence datait d'octobre 1999, Oxfam GB l'avait jugé sous-estimer la population ayant effectivement besoin d'être secourue, car bien des personnes avaient, à l'époque, quitté Lokitaung par suite d'insécurité alimentaire. Les chiffres officiels du recensement d'Etat ont été révisés en hausse en juillet 2000.
En général, les quantités de denrées alimentaires disponibles aux fins de distribution étaient bien inférieures à l'estimation des besoins, même si l'on prend les chiffres ciblés prévus. Compte tenu des personnes enregistrées auprès d'Oxfam GB, de 25 à 98 % des besoins en céréales, de 0 à 83 % des quantités de légumineuses requises et de 0 à 99 % des besoins en huile ont été satisfaits entre les mois de décembre 1999 et septembre 2000. En plus de la ration standard, Oxfam GWB a acheté et distribué des aliments homogénéisés et fortifiés à tous les enfants âges de moins de cinq ans.
Modalités d'emploi de Sphère
A la demande de l'antenne d'Oxfam GB au Kenya, le conseiller en aide alimentaire et nutrition de l'agence a analysé la performance et l'impact de ses programmes de distribution de denrées alimentaires.
Oxfam GB s'appuie sur un système de distribution communautaire que l'organisation a d'abord mis en oeuvre au Soudan et en Ouganda dans les années 80 et c'est l'approche qu'a retenu le WPF au Kenya en l'an 2000. Des comités de secours communautaires identifient les personnes qui ont le plus besoin d'aide alimentaire et gèrent la distribution des denrées. Ces comités reçoivent les paniers alimentaires, en accusent réception, informent les bénéficiaires de la date de distribution et de la quantité de rations et s'assurent qu'ils reçoivent ce qui est correct. A presque tous les points de distribution se trouve un surveillant de Oxfam GB.
Les indicateurs Sphère relatifs aux normes d'aide alimentaire ont servi à analyser les modalités de distribution des vivres. On a dressé un tableau qui regroupait toutes les normes (à l'exception de la gestion des ressources et de la logistique, le responsable de cette dernière fonction étant absent à ce moment-là). Les indicateurs relatifs à chaque norme sont résumés dans le tableau 1 ci-après qui a servi à évaluer le programme de distribution alimentaire d'Oxfam GB.
Tableau 1 - Analyse de la distribution de denrées alimentaires à Turkana à l'aide des indicateurs rattachés aux normes minimales concernant l'aide alimentaire.
Norme
| Indicateurs
| Oxfam
| Observations
| Norme d'analyse 1:évaluation initiale. Avant de prendre toute décision concernant un programme, les agences démontrent qu'elles comprennent les conditions de base qui provoquent un risque d'insécurité alimentaire et la nécessité d'aide dans ce secteur.
| 1. Menée d'une première évaluation.2. Equipe multisectorielle.3. Recueil d'informations sur les conditions d'accès aux denrées alimentaires et sur la nutrition.4. Recommandations sur la nécessité d'une aide extérieure, etc.
| 1. Oui
2. Oui
3. Oui 4. Oui
| 1. Evaluation menée conjointement par l'Etat kenyan, une agence de l'ONU et des ONG en septembre 99. Bilan de nutrition et de moyens de subsistance dressé par Oxfam GB en mars 2000. 3. Sondage nutritionnel effectué par Oxfam GB avec bilan de sécurité alimentaire. 4. Dans son évaluation, Oxfam a recommandé d'améliorer la ration standard et de donner des aliments homogénéisés et fortifiés à tous les enfants de moins de cinq ans.
| Norme d'analyse 2 : suivi et évaluation.
Les résultats et l'efficacité du programme de nutrition ainsi que l'évolution de la situation font l'objet d'un suivi et d'une évaluation.
| 1. Les informations destinées au suivi sont recueillies à temps, consignées et dépouillées.
2. Système de suivi des mouvements de stocks.
3. Suivi au point de destination ultime. 4. Comptes rendus
| 1. Non
2.
3.Non
4.Non 5. En partie
| 1. Les rapports de distribution ne sont pas analysés. 2. 3. Pas effectué. On a supposé que la présence de surveillants pendant la distribution suffisait. 4. Données nutritionnelles disponibles auprès d'ALRMP (Arid Lands Response Management Program ou programme de gestion des terrains arides et d'intervention) mais qui n'ont pas été analysées sous l'angle du programme et des causes sous-jacentes de malnutrition. 5. Bon partage de l'information entre Oxfam et les bénéficiaires mais pas toujours entre agences. 6. Comités de secours communautaires composés d'hommes et de femmes qui sont consultés sur les personnes à cibler et sur ceux qui géreront la distribution des vivres.
| Norme d'analyse 3 : participation. La population affectée par la catastrophe a la possibilité de participer à la conception et à la mise en oeuvre du programme.
| 1. Des femmes et des hommes de la population affectée par la catastrophe sont consultés et associés à la prise de décision. 2. Des femmes et des hommes de la population affectée par la catastrophe reçoivent des informations sur le programme d'assistance et ont la possibilité de faire part de leur avis à l'agence humanitaire.
| 1. En partie 2. Oui
| 1. Les décisions initiales de personnes à cibler ont été prises à Nairobi mais c'est la population sinistrée qui a identifié les bénéficiaires. 2. Les surveillants d'Oxfam GB transmettent des informations communiquées par les comités de secours et reçoivent des commentaires. Les personnes sont aussi invitées à offrir leurs observations au cours de visites de suivi comme la nôtre.
| Norme de besoins : La composition du panier alimentaire et des rations vise à faire la soudure entre les besoins de la population affectée et les ressources vivrières dont elle dispose.
| 1. On planifie sur la base du chiffre de 2 100 calories. 2. Ce chiffre est ajusté en fonction de l'état nutritionnel des personnes et des conditions d'accès aux denrées alimentaires. 3. On tient compte de l'acceptabilité de ces aliments et de leur mode de préparation sur le plan culturel.
| 1. Oui
2.Non 3.
| 1.
2. Le chiffre de 2 100 calories considéré, à tort, comme norme minimale. 3. Toujours difficile si l'on dépend des ressources du PAM.
| Norme de ciblage : les bénéficiaires d'une aide alimentaire sont sélectionnés en fonction de leurs besoins nutritionnels et/ou de leur vulnérabilité face à l'insécurité alimentaire.
| 1. Les objectifs sont convenus entre les autorités chargées de la coordination, les représentants de la population affectée et les agences ayant un rôle d'exécution. 2. Les critères de ciblage sont clairement documentés. 3. Il y a suivi pour vérifier que les critères de ciblage sont respectés.
| 1. No n
2. Non
3. No n
| 1. Les critères de ciblage n'ont pas été convenus avec la population affectée. Pas d'accord entre Oxfam GB et le PAM.
2. Critères fixés à l'échelle locale compte tenu du pourcentage de population que l'on peut cibler. 3. Comment s'y prendre si le ciblage est fonction de critères socio-économiques ?
| Norme de distribution : La méthode de distribution des denrées est équitable et tient compte des conditions locales. Les bénéficiaires de l'aide sont informés des rations auxquelles ils ont droit et de leur mode de calcul.
| 1. Les personnes sont au courant des quantités et du type de rations à distribuer. 2. Les personnes reçoivent les quantités et les types de denrées prévus. 3. La méthode de distribution ne pose pas de difficultés d'accès ; elle a lieu à des heures commodes dans le but de perturber les activités courantes le moins possible. 4. Les personnes sont associées aux décisions concernant le choix de méthode de distribution la plus efficace et équitable. 5. La fréquence des distributions tient compte de coût du transport des denrées, du temps que les bénéficiaires consacrent aux déplacement et de la sécurité. | 1. Oui
2. Non
3. Oui
4. Non 5.
| 1. Les comités de secours et les surveillants sont informés à l'avance de la date des distribution et du type de rations à fournir. 2. Lenteurs dans l'acheminement de la nourriture du côté du PAM et désaccord entre le PAM et Oxfam GB au sujet du nombre de bénéficiaires. 3. Pas de difficultés d'accès car il y a 32 points de distribution pour 70 000 personnes. 4. Méthodes de distribution fixées par le PAM. 5. Le grand nombre de points de distribution minimise le temps de déplacement et les distributions mensuelles réduisent les coûts de transport autant qu'il est possible. |
Enseignements tirés
La première grande leçon concerne le programme d'Oxfam GB. Bien que la performance, en termes de bilans, soit bonne, l'évaluateur a conclu que Oxfam GB ne respectait pas les normes de suivi et d'évaluation dans le domaine de l'aide alimentaire. Plusieurs améliorations ont été suggérées et des systèmes ont été mis en place pour permettre aux agents d'Oxfam GB d'analyser les rapports de distribution, de suivre les distributions jusqu'au point de destination finale et de surveiller l'impact de cet apport de vivres à l'aide du système d'information local sur la sécurité alimentaire.
Le deuxième enseignement a trait à l'utilisation des normes proprement dites. L'expérience acquise dans le cadre du programme de Lokitaung a montré que même si une agence obtient de bons résultats par rapport aux normes, il peut en aller tout autrement pour ce qui est de la performance de l'opération dans son ensemble. Il n'y a pas eu consensus entre les quatre agences impliquées dans l'aide de la population dans le besoin, faute de critères de ciblage, les bénéficiaires n'ont pas reçu la ration recommandée. Néanmoins, l'on pourrait arguer que Oxfam GB a respecté les normes minimales puisque l'organisation a fait tout son possible pour que chaque personne ayant besoin d'être secourue sur le plan alimentaire reçoive les rations recommandées. Elle a notamment plaidé sa cause auprès du PAM et de l'Etat kenyan dans le but d'augmenter le nombre de personnes ciblées et a acheté indépendamment des denrées pour les distribuer à la population dans son ensemble.
Toutefois, lorsque l'on considère globalement l'opération, les personnes n'ont pas reçu une aide alimentaire de la qualité et en quantités recommandées dans le manuel Sphère. Oxfam GB a établi que les conclusions peuvent être fort différentes selon que l'on se sert des normes minimales pour mesurer les résultats d'une agence prise individuellement ou pour évaluer l'opération dans un contexte plus large.
Tableau 2 - Autres indicateurs suggérés pour la norme 2 d'analyse
Indicateurs figurant dans le manuel Sphère
| Suggestions d'indicateurs plus précis
| Les informations destinées au suivi sont recueillies à temps et sont utiles, elles sont consignées et dépouillées en respectant les critères de précision, de logique, de cohérence et de transparence. - Des systèmes sont en place pour permettre le suivi des niveaux et des mouvements des stocks ainsi que des distributions.
- Un système permettant d'assurer le suivi de la chaîne d'approvisionnement est mis en place, et il détecte les problèmes qui exigent une action correctrice.
- La qualité du système de distribution de vivres fait l'objet d'un suivi.· Par le biais de visites et d'entretiens dans les foyers, le système de suivi permet aux bénéficiaires de l'assistance de donner des informations sur l'efficacité réelle de l'intervention en matière d'aide alimentaire.
- Des rapports analytiques sont régulièrement établis : ils concernent à la fois l'impact de la structure d'urgence sur la population affectée et les répercussions du programme d'aide alimentaire sur l'état nutritionnel de la population. Des rapports sont rédigés sur l'évolution de la situation relative au contexte et sur tout autre facteur pouvant motiver une modification du programme.
- Des systèmes sont en place pour permettre le flux des informations entre le programme, les autres secteurs, la population affectée, les autorités compétentes locales, les donateurs et tous les autres interlocuteurs, en fonction des besoins. Les femmes, les hommes et les enfants de la population affectée sont consultés régulièrement et associés aux activités de suivi.
- Le programme est évalué par rapport aux objectifs déclarés et aux normes minimales convenues ; il est ainsi possible de mesurer l'efficacité globale du programme et son impact réel sur la population affectée.

| Performance :
- La surveillance du bon déroulement des distributions de vivres est assurée en analysant les rapports correspondants, en se rendant in situ et en vérifiant auprès des destinataires ultimes de l'aide.
- Le contrôle autonome est rendu possible par l'usage de systèmes d'information qui font que tous les intervenants sont au courant des rations et de la méthode de distribution à suivre.
- Hommes, femmes et enfants sont consultés régulièrement et participent aux activités de suivi.
- On rédige des rapports sur la distribution des vivres au moins une fois par mois.
- Ces rapports de distribution renseignent sur les niveaux de stocks, les quantités de vivres distribuées, perdues et endommagées et le nombre de bénéficiaires ayant reçu des rations.
- Ces rapports de distribution sont analysés afin de déceler s'il y a eu sur- ou sous-distribution de vivres, puis aussi afin de comparer les gros écarts entre le nombre de bénéficiaires et le nombre des personnes consignées comme ayant droit de recevoir une ration.
- Lorsque la différence entre les distributions de vivres et les chiffres recommandés est supérieure à + 5 %, il y a enquête et prises de mesures en conséquence. · L'agence chargée des distributions de vivres a des surveillants sur place lors de la remise des rations.
- Le caractère équitable des distributions est vérifié en pesant les rations de quelques familles choisies au hasard.
Efficacité / impact :
- Surveillance de l'aboutissement final par le biais de visites dans les foyers.
- Obtention d'un minimum d'information sur les foyers : a-t-on ou non reçu des vivres, si oui, quelle aide alimentaire et comment s'en est-on servi.
- Analyse de la composition nutritionnelle de la ration reçue.
- Faire en sorte de suivre différents groupes sociaux, économiques et politiques pour pouvoir évaluer si les populations vulnérables ont reçu les rations recommandées.
- En accord avec les objectifs de ces distributions de vivres, suivre leur impact sur la nutrition et la sécurité alimentaire.
- Le programme est évalué en fonction des objectifs établis et des normes minimales convenues afin d'en mesurer l'efficacité et l'impact.
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