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En 1998, la région de Bahr el Ghazal, dans la région sud du Soudan, devient l'épicentre d'une famine imputable à plusieurs facteurs, dont la guerre civile qui oppose le gouvernement du Soudan à l'Armée de libération du peuple soudanais (ALPE) en plus des sécheresses et des inondations les années précédentes.
En peu de temps, en 1998, la petite ville calme d'Ajiep, dans le Bahr el Ghazal, voit sa population passer de 3 000 à près de 21 000 personnes. Les raisons de cette poussée démographique sont, entre autres, l'insécurité, les déplacements forcés ainsi que la concentration des services, en particulier ceux de distribution des rations standard et de l'aide alimentaire d'urgence.
En début d'année 1998, les taux de mortalité à Ajiep sont en hausse et, au mois d'août, ils restent encore très élevés en dépit de l'apport de grandes quantités de vivres et d'intrants de la part des ONG. Le PAM intensifie ses distributions de vivres en juillet tandis que sont lancées d'autres interventions à grande échelle comme un programme d'appoint nutritionnel d'ensemble, de distribution de suppléments alimentaires liquides et un programme de nourriture thérapeutique. Toutefois, il n'y a pas d'intervention nutritionnelle qui vise les groupes autres que les enfants dont la taille est inférieure à 1 m 30.
Les contraintes logistiques à Ajiep sont telles que la plupart des vivres doivent être larguées par avion. Il n'est pas rare que d'autres livraisons doivent être suspendues lorsque les pistes aériennes en terre battue s'engorgent d'eau. L'assistance humanitaire est coordonnée sous l'égide de Operation Lifeline Sudan (OLS). L'UNICEF, l'agence qui dirige les opérations, cherche à coordonner ses activités avec ses grands correspondants locaux et homologues de l'ONU, respectivement l'Association de secours et de réhabilitation du Soudan (Sudan Relief and Rehabilitation Association (SRRA) et le PAM.
Problématique
A Ajiep, les taux de mortalité brute et les taux de prévalence de malnutrition globale aiguë chez les enfants âgés de moins de cinq ans restent élevés. Une évaluation menée en août 1998 montre que l'apparition de cas de shigellose est l'un des grands facteurs expliquant les taux de mortalité et de malnutrition élevés ainsi que l'existence de malnutrition grave et de dysenterie chez un grand nombre d'adolescents et d'adultes. Les zones des environs, qui sont des terres basses, sont inondées et beaucoup d'adultes se trouvent dans un état critique et dans l'impossibilité d'atteindre des installations centrales de secours.
Au mois d'août 1998, les agences de secours ne parviennent pas à répondre convenablement aux besoins de la population sinistrée. Les organisations qui interviennent à Ajiep déploient des efforts non négligeables mais c'est l'analyse du problème ainsi que l'usage des informations pour plaider en faveur d'une riposte efficace et intégrée qui laissent fondamentalement à désirer. La piètre qualité des services en place ainsi que l'absence de mécanismes de coordination technique constituent aussi deux autres problèmes de taille.
Modalités d'emploi de Sphère
La SRRA a sollicité l'aide de deux consultants pour procéder à une évaluation des besoins en août 1998. Les normes minimales et les indicateurs de Sphère ont été utilisés comme outils dans ce bilan, notamment les normes d'analyse, les références techniques ainsi que les moyens de renforcer les capacités dans le domaine de la nutrition. A titre indicatif, la norme d'analyse 1 (" ... les agences ... démontrent qu'elles comprennent ... les conditions ... qui peuvent entraîner l'apparition de cas de malnutrition), la norme 1 de soutien nutritionnel ciblé (" Les risques de santé publique associés à une malnutrition modérée sont réduits ") et les indicateurs relatifs à la norme 2 de soutien nutritionnel ciblé (" la mortalité, la morbidité ... associées à une malnutrition grave sont réduites ") ont été trois grands axes de cette évaluation.
Tout en soulignant certaines questions d'ordre technique, le rapport du bilan met également en exergue l'insuffisance des efforts menés pour appliquer une stratégie cohérente de meilleures pratiques dans l'intervention de secours en région sud du Soudan. La réticence à rendre des comptes, le manque de responsabilités à assumer en partage ainsi que le caractère " territorial " des mesures prises par les agences sont cités comme obstacles à une intervention probante.
Par suite de l'évaluation, on a débloqué des ressources supplémentaires afin de répondre aux besoins constatés à Ajiep : des programmes de nutrition visant les adultes et les adolescents ont été mis en oeuvre avec un volet d'éducation sur la santé au sein de la communauté et des efforts ont été entrepris en vue de décentraliser les services. De plus, la planification et la mise en oeuvre du programme ont donné lieu à des consultations beaucoup plus approfondies avec les populations locales..
A l'échelon conceptuel, l'on s'est occupé de formuler une stratégie aux fins de suivre et d'évaluer les interventions d'urgence dans le domaine de la nutrition. Par exemple, on a trouvé des mécanismes permettant de mieux faire connaître les meilleures pratiques aux agences et de les rendre plus comptables de leurs actions. Le choix de décentraliser la planification des interventions est devenu un élément central des stratégies d'interventions futures en région sud du Soudan.
Enseignements tirés
Lorsqu'une agence ne peut atteindre des normes minimales précises, elle doit se demander pourquoi. Plutôt que de considérer ce manquement comme la preuve infaillible d'un " échec ", la réponse à cette question peut être constructive et servir à plaider pour l'obtention d'autres ressources ou d'une aide dans un contexte donné.
La perception selon laquelle les normes minimales de Sphère peuvent aboutir à miner la crédibilité d'une agence persiste parmi certains. C'est un point de vue qui restreint le potentiel considérable qu'offre le manuel Sphère, à savoir énoncer une même compréhension des bonnes pratiques dans le domaine de l'assistance humanitaire
Les normes en rapport avec les secteurs techniques (quantitatives) sont utiles, mais les indicateurs relatifs à l'approche retenue comptent davantage et devraient être appliqués plus systématiquement, notamment : importance d'une analyse bien fondée du problème, d'un suivi continu, du développement des capacités humaines ainsi que des consultations et coordination avec la communauté. Les normes minimales de Sphère offrent un cadre commun de coordination, ce qui peut se révéler d'une valeur inestimable lorsqu'il n'existe pas d'organe de coordination formel et compétent.
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