|
i) Soutien nutritionnel général
Cette section traite des ressources et des services nutritionnels requis pour satisfaire les besoins de la population en général et de certains groupes spécifiques qui peuvent courir des risques nutritionnels plus importants. À moins que ces besoins ne soient satisfaits, toute intervention destinée à corriger la malnutrition aura vraisemblablement un impact limité, car les personnes qui se rétablissent réintégreront un contexte de soutien nutritionnel inadéquat et leur état est donc susceptible de se détériorer à nouveau.
Lorsque les populations requièrent une aide alimentaire pour satisfaire certains ou la totalité de leurs besoins nutritionnels, la norme 1 relative au soutien nutritionnel général devra être utilisée parallèlement aux normes 1-2 relatives à la planification de l'aide alimentaire, et aux normes 3-4 relatives aux articles non alimentaires. La norme 2 relative au soutien nutritionnel général se concentre sur les groupes à risque. Cependant, les personnes vulnérables face à une catastrophe varient en fonction du contexte, de sorte que les groupes à risque spécifiques devront être identifiés dans chaque situation.
Norme 1 relative au soutien nutritionnel général: tous les groupes Les besoins nutritionnels de la population sont satisfaits.
|
Indicateurs clés (à lire conjointement avec les notes d'orientation)
La population a accès à une variété d'aliments - denrées de base (céréales ou tubercules), légumes secs (ou produits d'origine animale) et sources de matières grasses - qui satisfont les besoins nutritionnels (Cf. note d'orientation 1).
La population a accès à des aliments riches en vitamine A et C et en fer, ou à des aliments fortifiés ou encore à des suppléments appropriés (Cf. notes d'orientation 2, 3, 5 et 6).
La majorité (>90%) des ménages ont accès à du sel iodé (Cf. notes d'orientation 2, 3 et 6).
La population a accès à des sources supplémentaires de niacine (par ex. légumes secs, fruits secs oléagineux, poisson séché) si la denrée de base est le maïs ou le sorgho (Cf. notes d'orientation 2-3).
La population a accès à des sources supplémentaires de thiamine (par ex. légumes secs, fruits secs oléagineux, œufs) si la denrée de base est le riz blanc (Cf. notes d'orientation 2-3).
La population a accès à des sources adéquates de riboflavine lorsque les personnes dépendent d'un régime alimentaire très limité (Cf. notes d'orientation 2-3).
Les niveaux de malnutrition modérée et grave se maintiennent à un seuil acceptable ou diminuent jusqu'à ce qu'ils atteignent un tel seuil (Cf. note d'orientation 4).
Il n'y a pas de cas de scorbut, de pellagre, de béribéri ou de carence en riboflavine (Cf. note d'orientation 5).
Les taux de xérophtalmie et de troubles liés à la carence en iode ne sont pas assez élevés pour revêtir une importance sur le plan de la santé publique (Cf. note d'orientation 6).
Notes d'orientation
1. Besoins nutritionnels: on utilisera les estimations suivantes des besoins pour une population moyenne, en ajustant les chiffres à chaque population de la manière décrite en annexe 7.
- 2.100 kcal par personne et par jour;
- 10-12% de l'énergie totale est fournie par des protéines ;
- 17% de l'énergie totale est fournie par des matières grasses;
- consommation adéquate de micronutriments au travers d'aliments frais ou fortifiés.
Il faut noter qu'il s'agit là des besoins pour l'apport d'une aide alimentaire seulement si la population dépend entièrement de cette aide pour pourvoir à ses besoins nutritionnels. Dans les situations où les personnes peuvent elles-mêmes satisfaire certains de leurs besoins nutritionnels, la prestation d'aide alimentaire sera ajustée en conséquence, sur la base de l'évaluation initiale. Pour la planification des rations alimentaires, Cf. norme 1 relative à la planification de l'aide humanitaire.
2. Prévention des maladies liées aux carences en micronutriments: si ces indicateurs sont atteints, il devrait être possible d'éviter la détérioration du niveau de micronutriments de la population, pourvu que des mesures adéquates de santé publique soient en place pour prévenir des maladies comme la rougeole, le paludisme et les infections parasitaires (Cf. normes relatives à la lutte contre les maladies transmissibles). Parmi les options possibles pour la prévention des carences en micronutriments figurent les mesures de sécurité alimentaire destinées à promouvoir l'accès à des aliments nutritifs (Cf. normes 2-3 relatives à la sécurité alimentaire), l'amélioration de la qualité nutritionnelle de la ration alimentaire en la fortifiant ou en y introduisant des aliments composés ou des denrées achetées au niveau local afin de fournir des nutriments autrement manquants, et/ou des suppléments médicinaux. La perte des micronutriments qui peut survenir durant le transport, l'emmagasinage, le traitement et la cuisson des aliments doit être prise en compte. Exceptionnellement, lorsque des aliments riches en micronutriments sont disponibles au niveau local, on peut envisager d'augmenter la quantité de nourriture dans la ration générale éventuelle afin de permettre davantage d'échanges d'aliments mais, dans ce cas, il faut tenir compte du rapport efficacité/coûts et de l'impact sur les marchés.
3. Suivi de l'accès aux micronutriments: les indicateurs mesurent la qualité du régime alimentaire mais ne quantifient pas les micronutriments disponibles. Pour mesurer la quantité de micronutriments consommés, il faudrait satisfaire des exigences irréalistes de collecte d'informations. Les indicateurs peuvent être mesurés en utilisant des informations émanant de sources diverses et recueillies au moyen de différentes techniques. Il peut s'agir, entre autres, de suivre la nourriture disponible et son utilisation au niveau du ménage, d'évaluer les prix et la disponibilité des aliments sur les marchés, d'évaluer la teneur en micronutriments des aliments distribués, d'examiner les plans et les dossiers relatifs à la distribution d'aide alimentaire, d'évaluer la contribution, s'il y a lieu, des aliments sauvages, et de mener des évaluations initiales de la sécurité alimentaire. L'analyse au niveau des ménages ne déterminera pas l'accès individuel à la nourriture. La répartition des aliments au sein même des ménages ne sera pas toujours équitable, et il est possible que les groupes vulnérables soient tout particulièrement affectés, mais ce n'est pas là un aspect pratique à mesurer. Les mécanismes de distribution (Cf. norme 3 relative à la gestion de l'aide alimentaire), le choix des denrées fournies dans le cadre de l'aide alimentaire et des discussions avec la population affectée sont autant d'aspects qui pourront contribuer à améliorer la répartition des aliments au sein des ménages.
4. Interprétation des niveaux de malnutrition: les tendances de la malnutrition peuvent être indiquées par les dossiers des centres médicaux, les études anthropométriques répétées, la surveillance nutritionnelle, les programmes de dépistage ou les comptes rendus de la communauté. Il peut s'avérer coûteux de mettre sur pied des systèmes permettant de mesurer les taux de malnutrition sur de grandes zones ou de longues périodes, et des connaissances techniques spécialisées sont nécessaires. Le coût relatif d'un système de ce type devra être jugé par rapport à l'échelle des ressources disponibles. Une combinaison de systèmes d'information complémentaires, par exemple la surveillance et des études intermittentes, peut constituer l'utilisation la plus efficace des ressources. Dans la mesure du possible, les institutions locales et les communautés devront participer aux activités de suivi, à l'interprétation des résultats et à la planification de toute intervention éventuelle. Pour déterminer si les niveaux de malnutrition sont acceptables, il faut analyser la situation à la lumière de la population de référence, des taux de morbidité et de mortalité (Cf. norme 1 relative aux systèmes et aux infrastructures de santé, note d'orientation 3), des fluctuations saisonnières, des niveaux pré-urgence de malnutrition et des causes sous-jacentes de la malnutrition.
5. Carences épidémiques en micronutriments: on a mis en relief quatre carences en micronutriments - scorbut (vitamine C), pellagre (niacine), béribéri (thiamine) et riboflavine - car elles sont les carences les plus fréquemment observées suite à un accès insuffisant aux micronutriments dans les populations dépendantes de l'aide alimentaire, et parce qu'elles sont en général évitables dans les situations de catastrophe. Si des individus souffrant de l'une quelconque de ces carences se présentent à un centre médicosocial, par exemple, il est probable que leur état sera dû à un accès limité à certains types d'aliments et probablement indicatif d'un problème s'étendant à toute la population. C'est pourquoi les carences devraient être abordées au moyen d'interventions destinées à toute la population, ainsi qu'au travers d'un traitement individuel (Cf. norme 3 relative à la correction de la malnutrition). Dans tout contexte, lorsqu'il y a des preuves claires que ces carences en micronutriments sont un problème endémique, leurs niveaux devront être réduits au moins jusqu'à leur seuil pré-catastrophe.
6. Carences endémiques en micronutriments: les efforts pour s'attaquer aux carences en micronutriments durant la phase initiale d'une catastrophe sont compliqués par les difficultés rencontrées pour les identifier. Les exceptions sont la xérophtalmie (vitamine A) et le goitre (iode), pour lesquels il y a des critères d'identification clairs et faciles à utiliser sur le terrain. Ces carences peuvent également être abordées par des interventions au niveau de la population, par exemple l'administration de fortes doses de suppléments aux enfants et aux femmes venant d'accoucher, iodation du sel et campagnes de sensibilisation du public. Cf. annexe 6 pour comprendre leur importance pour la santé publique.
Pages vues: 5263
Seuls les utilisateurs enregistrés peuvent laisser un commentaire. SVP, connectez vous ou enregistrez vous. |