MANUEL
FORMATION

A PROPOS DE SPHÈRE

TABLE DES MATIÈRES:

Qu'est-ce que Sphère ?
La Charte humanitaire
Normes communes à tous les secteurs
Eau, assainissement et promotion de l'hygiène
Sécurité alimentaire, nutrition et aide alimentaire
Abris, établissements humains et articles non alimentaires
Services de santé
Annexes

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Chapitre 3:
Normes minimales dans les secteurs de la sécurité alimentaire, de la nutrition et de l'aide alimentaire

Table des matières

Comment utiliser ce chapitre
Introduction

1. Évaluation initiale et analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition
2. Sécurité alimentaire
3. Nutrition
i) Soutien nutritionnel général
ii) Correction de la malnutrition
4. Aide alimentaire
i) Planification de l'aide alimentaire
ii) Gestion de l'aide alimentaire

Annexe 1: Liste de contrôle relative à la sécurité alimentaire pour la méthodologie et la présentation de rapports
Annexe 2: Liste de contrôle pour l'évaluation initiale de la sécurité alimentaire
Annexe 3: Interventions dans le domaine de la sécurité alimentaire
Annexe 4: Liste de contrôle pour l'évaluation initiale de la nutrition
Annexe 5: Comment mesurer la malnutrition aiguë
Annexe 6: Importance pour la santé publique de la carence en vitamine A et en iode
Annexe 7: Besoins nutritionnels
Annexe 8: Liste de contrôle relative à la logistique de la gestion de la chaîne d'approvisionnement
Annexe 9: Références

 

Comment utiliser ce chapitre

Ce chapitre est divisé en quatre sections: 1) Normes relatives à l'évaluation initiale et l'analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition, 2) Normes relatives à la sécurité alimentaire, 3) Normes relatives à la nutrition, et 4) Normes relatives à l'aide alimentaire. Tandis que les normes relatives à la sécurité alimentaire et à la nutrition sont une expression pratique du droit à la nourriture, les normes relatives à l'aide alimentaire sont davantage axées sur les opérations. Les normes relatives à l'aide alimentaire peuvent contribuer à la réalisation des normes relatives à la sécurité alimentaire et à la nutrition.
Chacune des sections englobe les éléments suivants:

  • les normes minimales: elles sont de nature qualitative et précisent les niveaux minimaux à atteindre dans les interventions relatives à la sécurité alimentaire, à la nutrition et à l'aide alimentaire ;

  • les indicateurs clés: ce sont des "signaux" qui indiquent si oui ou non la norme a été satisfaite. Ils constituent un moyen de mesurer et de communiquer l'impact, ou le résultat, des programmes ainsi que des processus et des méthodes utilisés. Les indicateurs peuvent être qualitatifs ou quantitatifs;

  • les notes d'orientation: elles englobent des aspects spécifiques à prendre en compte lors de l'application des normes et des indicateurs dans différentes situations, des suggestions sur la manière de faire face aux difficultés pratiques, et des conseils sur les questions prioritaires. Elles peuvent également aborder des questions cruciales liées aux normes ou aux indicateurs, et décrire des dilemmes, des controverses ou des lacunes dans les connaissances actuelles.

Les annexes en fin de chapitre comportent des listes de contrôle pour les évaluations initiales, des exemples d'intervention dans le domaine de la sécurité alimentaire, des conseils sur la façon de mesurer la malnutrition aiguë et de déterminer l'importance pour la santé publique des carences en micronutriments; ces annexes indiquent également les besoins nutritionnels et incluent une liste de références choisies, qui orientent le lecteur vers des sources d'information sur les questions générales et les questions spécifiques d'ordre technique liées à ce chapitre.

 


Introduction

 

Liens avec les instruments juridiques internationaux

Les normes minimales dans les secteurs de la sécurité alimentaire, de la nutrition et de l'aide alimentaire constituent l'expression pratique des principes et droits formulés dans la Charte humanitaire. Celle-ci traite des exigences les plus fondamentales afin de préserver la vie et la dignité des personnes affectées par des calamités ou des conflits, telles que stipulées dans l'ensemble des textes juridiques internationaux relatifs aux droits de l'homme, aux interventions humanitaires et aux réfugiés.

Chacun jouit du droit à une quantité suffisante de nourriture. Ce droit est reconnu dans des instruments juridiques internationaux et englobe le droit à ne pas souffrir de la faim. Parmi les aspects clés du droit à de la nourriture en quantité suffisante figurent:

  • La disponibilité de nourriture en quantité et d'une qualité suffisantes pour satisfaire les besoins alimentaires des personnes, nourriture qui ne doit pas contenir de substances nocives et qui doit être acceptable dans le contexte d'une culture donnée.

  • L'accessibilité de cette nourriture de façons durables et qui n'affectent pas la jouissance des autres droits de l'homme.

Les acteurs publics et autres ont des responsabilités liées à la réalisation du droit à la nourriture. Il y a de nombreuses situations dans lesquelles le non-accomplissement de ces obligations et les violations du droit international - y compris, par exemple, le fait d'affamer délibérément des populations ou de détruire leurs moyens de subsistance comme stratégie de guerre - ont des effets dévastateurs sur la sécurité alimentaire et la nutrition. En période de conflits armés, il est interdit pour les combattants d'attaquer ou de détruire les denrées alimentaires, les zones agricoles destinées à la production de denrées alimentaires, les cultures ou le bétail. Dans ces situations, les acteurs humanitaires peuvent contribuer à réaliser les droits des populations affectées, par exemple en apportant une assistance alimentaire selon des méthodes conformes aux obligations du droit national et des droits de l'homme internationaux.

Les normes minimales figurant dans ce chapitre ne constituent pas une expression complète du droit à la nourriture en quantité suffisante. Cependant, les normes de Sphère reflètent le contenu central du droit à la nourriture et contribuent à la réalisation progressive de ce droit au niveau mondial.

 

L'importance de la sécurité alimentaire, de la nutrition et de l'aide alimentaire dans les situations de catastrophe

L'accès à la nourriture et le maintien d'un état nutritionnel adéquat sont des facteurs déterminants cruciaux pour la survie des personnes lors d'une catastrophe. La malnutrition peut être le problème de santé publique le plus sérieux et peut être une cause principale de mort, directement ou indirectement. La faculté de récupération des moyens de subsistance et la sécurité alimentaire ultérieure des personnes déterminent leur santé et leur nutrition à court terme, mais également leur survie et bien-être futurs. L'aide alimentaire peut être importante au moment de protéger la sécurité alimentaire et la nutrition et de prendre des mesures pour qu'elles soient assurées, dans le cadre d'une combinaison de mesures variées.

Les normes relatives à la sécurité alimentaire sont moins détaillées que celles concernant la nutrition ou l'aide alimentaire, principalement parce que la sécurité alimentaire est un domaine divers doté d'un ensemble limité de bonnes pratiques dans les situations de catastrophe.

Dans le cadre de ce chapitre, on emploie les définitions suivantes:

  • la sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de mener une vie saine et active (Plan d'action du Sommet mondial de l'alimentation, paragraphe 1, 1996);

  • les moyens de subsistance se composent des capacités, des biens (y compris les moyens matériels ainsi que sociaux) et des activités requis pour se donner un moyen de gagner sa vie qui soit propice à la survie et au bien-être futur. Les stratégies de moyens de subsistance sont les moyens pratiques et les activités au travers desquels les personnes accèdent à la nourriture ou aux revenus leur permettant d'acheter de la nourriture, tandis que les stratégies d'adaptation sont des moyens temporaires de faire face à l'insécurité alimentaire.

  • la malnutrition englobe un éventail de troubles, y compris la malnutrition aiguë. la malnutrition chronique et les carences en micronutriments. La malnutrition aiguë a trait au marasme (maigreur) et/ou à l'œdème nutritionnel, tandis que la malnutrition chronique a trait au retard de croissance (insuffisance de taille). Le marasme et le retard de croissance sont deux formes de défaut de croissance. Dans ce chapitre nous ne traiterons que de la malnutrition aiguë et des carences en micronutriments.

Comme ce sont en général les femmes qui assument la responsabilité globale de la nourriture au sein du ménage et parce qu'elles sont les principales récipiendaires de l'aide alimentaire, il est important d'encourager autant que possible leur participation à la conception et à la mise en œuvre des programmes.

 

Liens avec les autres chapitres

Nombre des normes figurant dans les chapitres consacrés aux autres secteurs sont utiles pour le présent chapitre. Les progrès effectués dans la réalisation des normes dans un domaine particulier influencent souvent, voire déterminent, les progrès effectués dans d'autres domaines. Pour qu'une intervention soit efficace, il faut qu'il y ait une coordination et une collaboration étroites avec d'autres secteurs. La coordination avec les autorités locales et les autres organisations participant à l'intervention est également nécessaire pour veiller à ce que les besoins soient satisfaits, à ce que les efforts ne soient pas répétés, et à ce que la qualité des interventions en matière de sécurité alimentaire, de nutrition et d'aide alimentaire soit optimisée.

Par exemple, les besoins concernant les ustensiles de cuisine, le combustible et l'eau pour la consommation d'aliments, et pour le maintien de la santé publique, sont abordés dans les normes relatives à l'eau, l'assainissement et la promotion de l'hygiène, aux services de santé et aux abris, aux établissements humains et aux articles non alimentaires. Ces besoins ont un impact direct sur l'aptitude des ménages à accéder à la nourriture et sur le maintien d'un état nutritionnel adéquat. On fait référence à des normes ou notes d'orientation spécifiques figurant dans d'autres chapitres techniques lorsqu'il y a lieu de le faire.

 

Liens avec les normes communes à tous les secteurs

Le processus selon lequel une intervention est développée et mise en œuvre est crucial pour son efficacité. Ce chapitre devra être utilisé conjointement avec celui des normes communes à tous les secteurs, lesquelles englobent la participation, l'évaluation initiale, l'intervention, le ciblage, le suivi, l'évaluation, les compétences et responsabilités des travailleurs humanitaires, et la supervision, la gestion et le soutien du personnel (Cf. chapitre 1). En particulier, la participation des personnes affectées par la catastrophe - y compris les groupes vulnérables décrits ci-dessous - devra être portée au maximum dans toute intervention afin de veiller à ce que cette dernière soit appropriée et de bonne qualité.

 

Vulnérabilités et capacités des populations affectées par la catastrophe

Les groupes qui courent le plus fréquemment des risques lors de catastrophes sont les femmes, les enfants, les personnes âgées, les personnes handicapées et les personnes vivant avec le VIH/sida (PVVS). Dans certains contextes, les personnes peuvent aussi se retrouver en position de vulnérabilité en raison de leur origine ethnique, de leur affiliation religieuse ou politique, ou du fait qu'elles ont été déplacées. Il ne s'agit pas là d'une liste exhaustive, mais elle englobe les raisons les plus fréquemment identifiées. Les vulnérabilités spécifiques influent sur l'aptitude des personnes à s'adapter et à survivre dans le cadre d'une catastrophe, et celles qui courent le plus de risques devront être identifiées dans chaque contexte.

Tout au long du manuel, l'expression "groupes vulnérables" se réfère à tous ces groupes. Lorsque l'un quelconque de ces groupes court des risques, il est probable que les autres seront également menacés. Par conséquent, chaque fois que les groupes vulnérables sont mentionnés, on demande instamment aux utilisateurs de prendre en considération tous ceux énumérés ici. Il faut veiller tout particulièrement à protéger et à assister tous les groupes affectés de façon non discriminatoire et en fonction de leurs besoins spécifiques. Cependant, il faut également garder à l'esprit que les populations affectées par une catastrophe possèdent, et acquièrent, des compétences et des capacités propres pour faire face à la situation, lesquelles doivent être reconnues et soutenues.

 

Les normes minimales

1 Évaluation initiale et analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition

Ces deux normes découlent des normes relatives à l'évaluation initiale commune et à la participation, et elles s'appliquent toutes deux chaque fois que des interventions en matière de nutrition ou de sécurité alimentaire sont planifiées ou préconisées. Ces évaluations sont approfondies et exigent une quantité considérable de temps et de ressources pour être effectuées correctement. Dans une situation de crise aiguë et pour une intervention immédiate, une évaluation rapide sera suffisante pour décider si oui ou non une assistance immédiate est requise et, dans l'affirmative, quelles dispositions devront être prises. Des listes de contrôle pour les évaluations initiales sont proposées dans les annexes 1-2.

 

Norme 1 relative à l'évaluation initiale et à l'analyse: sécurité alimentaire
Lorsque les personnes courent un risque d'insécurité alimentaire, les décisions prises dans le cadre du programme se basent sur une compréhension démontrée de la manière dont elles accèdent normalement à la nourriture et de l'impact de la catastrophe sur la sécurité alimentaire actuelle et future, afin de déterminer l'intervention la plus appropriée.

 

Indicateurs clés (à lire conjointement avec les notes d'orientation)

  • Les évaluations initiales et les analyses examinent la sécurité alimentaire dans des lieux géographiques et au sein de groupes de moyens de subsistance pertinents, en faisant une distinction entre les saisons, et au fil du temps, afin d'identifier les besoins et de les classer selon leur priorité (Cf. note d'orientation 1).

  • L'évaluation initiale met en évidence une compréhension des politiques générales, institutions et processus plus généraux d'ordre social, économique et politique qui affectent la sécurité alimentaire (Cf. note d'orientation 2).

  • L'évaluation initiale englobe une enquête sur les stratégies d'adaptation et une analyse de ces dernières (Cf. note d'orientation 3).

  • Dans la mesure du possible, l'évaluation se base sur les capacités locales, y compris les institutions formelles ainsi qu'informelles (Cf. note d'orientation 4).

  • La méthodologie utilisée est décrite de manière exhaustive dans le rapport de l'évaluation initiale et est perçue comme étant conforme aux principes largement acceptés (Cf. note d'orientation 5).

  • Les données secondaires sont exploitées, et la collecte de nouvelles données primaires sur le terrain se concentre sur les informations supplémentaires essentielles pour la prise de décisions (Cf. note d'orientation 6).

  • Les interventions recommandées en matière de sécurité alimentaire sont conçues pour soutenir, protéger et promouvoir les stratégies relatives aux moyens de subsistance, tout en satisfaisant également les besoins immédiats (Cf. note d'orientation 7).

  • L'impact de l'insécurité alimentaire sur l'état nutritionnel de la population est également pris en compte (Cf. note d'orientation 8).

 

Notes d'orientation

1. Portée de l'analyse: la sécurité alimentaire varie en fonction des moyens de subsistance des personnes, de leur situation géographique, de leur position sociale, de la nature de la catastrophe et de la saison à laquelle elle se produit, ainsi que des interventions associées. L'axe central de l'évaluation reflétera la manière dont la population se procurait de la nourriture et des revenus avant la catastrophe, et la façon dont cette dernière a affecté la situation. Par exemple, dans les zones urbaines et périurbaines, l'axe portera peut-être sur un examen de l'approvisionnement du marché en produits alimentaires, tandis qu'en milieu rural il s'agira davantage de la production alimentaire. Lorsque les personnes ont été déplacées, la sécurité alimentaire de la population d'accueil doit également être prise en compte. Les évaluations initiales de la sécurité alimentaire pourront être entreprises lors de la planification du retrait progressif d'un programme, ainsi qu'avant d'en entamer un. Dans un cas comme dans l'autre, elles devront être coordonnées entre toutes les parties concernées afin de réduire au minimum la répétition des efforts. Les évaluations rassemblant de nouvelles informations devront venir compléter les données secondaires obtenues de sources d'information existantes.

2. Contexte: l'insécurité alimentaire peut être le résultat de facteurs macro-économiques et sociopolitiques structurels plus larges, comme par exemple des politiques générales nationales et internationales, des processus ou institutions qui affectent l'accès des personnes à de la nourriture adéquate sur le plan nutritionnel. Ceci est en général défini comme l'insécurité alimentaire chronique, dans la mesure où elle est un état à long terme qui est le résultat de vulnérabilités structurelles, mais elle peut être aggravée par l'impact d'une catastrophe.

3. Stratégies d'adaptation: l'évaluation initiale et l'analyse doivent prendre en compte les différents types de stratégies d'adaptation, qui les applique et si oui ou non elles fonctionnent. Bien que ces stratégies varient, on distingue néanmoins divers stades bien distincts d'adaptation. Les stratégies d'adaptation adoptées au début ne sont pas forcément anormales, elles sont réversibles et ne causent pas de dégâts à long terme (par exemple collecte d'aliments sauvages, vente de biens non essentiels ou envoi d'un membre de la famille travailler ailleurs). Les stratégies ultérieures, parfois appelées stratégies de crise, peuvent nuire de manière permanente à la sécurité alimentaire (par exemple vente de terres, migration, sous l'effet de la détresse, de familles entières ou encore déforestation). Certaines stratégies d'adaptation utilisées par les femmes et les filles tendent à les exposer à un risque accru d'infection par le VIH (par exemple prostitution et relations illicites, ou violences sexuelles lors de leurs déplacements vers des zones dangereuses). Des mouvements migratoires plus importants peuvent favoriser la transmission du VIH. Les stratégies d'adaptation peuvent également affecter l'environnement (par exemple surexploitation de ressources naturelles communes). Il est important que la sécurité alimentaire soit protégée et soutenue avant que toutes les options non préjudiciables ne soient épuisées.

4. Capacités locales: la participation de la communauté et d'institutions locales appropriées à toutes les étapes de l'évaluation initiale et de la planification revêt une importance vitale. Les programmes se baseront sur les besoins et seront adaptés au contexte local particulier. Dans les zones sujettes à des catastrophes naturelles récurrentes ou à des conflits de longue durée, il peut y avoir des systèmes locaux d'alerte précoce et d'intervention d'urgence. Les communautés qui ont déjà subi des sécheresses ou des inondations par le passé auront peut-être leurs propres plans d'urgence. Il est important de soutenir les capacités locales de ce type.

5. Méthodologie: il est important d'examiner avec soin la portée des évaluations initiales et des procédures d'enquêtes, même si elles sont informelles. Le processus documenté dans le rapport doit être à la fois logique et transparent, et refléter les procédures reconnues pour l'évaluation initiale de la sécurité alimentaire. Les approches méthodologiques doivent être coordonnées entre les organisations et avec le gouvernement, pour faire en sorte que les informations et les analyses soient complémentaires et cohérentes : les informations pourront ainsi être comparées au fil du temps. Les évaluations initiales effectuées par plusieurs organisations sont en général préférables. La triangulation de sources et de types différents d'informations relatives à la sécurité alimentaire est essentielle pour aboutir à une conclusion cohérente pour différentes sources, par exemple évaluations des cultures, images satellite, bilans des ménages, etc. Une liste de contrôle des principaux domaines à prendre en compte dans le cadre d'une évaluation initiale est proposée en annexe 1. Une liste de contrôle pour la révision de la méthodologie est présentée en annexe 2.

6. Sources d'information: dans de nombreuses situations, il existe une abondance d'informations secondaires concernant la situation pré-catastrophe, y compris la disponibilité de nourriture en temps normal, l'accès à la nourriture qu'ont normalement différents groupes, les groupes qui souffrent le plus de l'insécurité alimentaire, et les effets de crises antérieures sur la disponibilité de nourriture et l'accès de différents groupes à celle-ci. L'utilisation efficace des informations secondaires permet, durant le rassemblement de données primaires lors de l'évaluation initiale, de se concentrer sur ce qui est essentiel dans la nouvelle situation.

7. Planification à long terme: certes, la satisfaction des besoins immédiats et la protection des biens productifs auront toujours la priorité durant les étapes initiales d'une crise, mais les interventions seront néanmoins toujours planifiées dans une optique à plus long terme. Ceci requiert des connaissances techniques spécialisées dans une gamme de secteurs, ainsi que des aptitudes à travailler en étroite collaboration avec les membres de la communauté, y compris les représentants de tous les groupes. La participation des membres de la communauté à toutes les étapes de l'évaluation initiale et de la planification du programme est vitale, notamment pour leurs manières de voir les possibilités et les risques à long terme. Les recommandations doivent se baser sur une compréhension robuste et démontrée par un personnel doté des qualifications et de l'expérience appropriées. L'équipe d'évaluation englobera des experts sectoriels compétents, par exemple des agronomes, des agroéconomistes, des vétérinaires, des scientifiques sociaux, et des experts en eau et en assainissement ou dans d'autres secteurs appropriés. (Cf. norme relative à la participation).

8. Insécurité alimentaire et état nutritionnel: l'insécurité alimentaire est l'une des trois causes sous-jacentes de la malnutrition, de sorte que partout où elle règne, il y a un risque de malnutrition, y compris de carences en micronutriments. La prise en compte de son incidence sur la situation nutritionnelle est une partie essentielle de l'évaluation initiale de la sécurité alimentaire. Cependant, il ne faut pas supposer que l'insécurité alimentaire est la seule cause de malnutrition, sans prendre en compte les facteurs causaux possibles liés à la santé et aux soins.

 

Norme 2 relative à l'évaluation initiale et à l'analyse: nutrition
Lorsque les personnes risquent de souffrir de malnutrition, les décisions prises dans le cadre du programme se basent sur une compréhension démontrée des causes, du type, du degré et de la mesure de la malnutrition, et sur l'intervention la plus appropriée.

 

Indicateurs clés (à lire conjointement avec les notes d'orientation)

  • Avant de mener une étude anthropométrique, les informations portant sur les causes sous-jacentes de la malnutrition (nourriture, santé et soins) sont analysées et font l'objet de rapports, en mettant en relief la nature et la gravité du ou des problème(s) et les groupes présentant les besoins les plus importants sur les plans de la nutrition et du soutien (Cf. note d'orientation 1 et norme 2 relative au soutien nutritionnel général).

  • Les opinions de la communauté et des autres parties prenantes locales sur les causes de la malnutrition sont prises en compte (Cf. note d'orientation 1).

  • Les études anthropométriques ne sont menées que dans les cas où l'on a besoin d'informations et d'une analyse pour faciliter la prise de décisions dans le cadre du programme (Cf. note d'orientation 2).

  • On adhère aux lignes directrices internationales relatives aux études anthropométriques, et à celles définies au plan national qui leur sont conformes, au moment de déterminer le type, le degré et la mesure de la malnutrition (Cf. note d'orientation 3).

  • Lorsque des études anthropométriques sont menées parmi des enfants de moins de cinq ans, on utilise les valeurs de référence internationales du rapport poids-taille pour rendre compte de la malnutrition en cotes Z et en pourcentage de la médiane, ce à des fins de planification (Cf. note d'orientation 3).

  • Les carences en micronutriments susceptibles d'affecter la population sont déterminées (Cf. note d'orientation 4).

  • Les interventions recommandées après l'évaluation initiale de la nutrition se basent sur les capacités locales et les complètent, ce de manière coordonnée.

 

Notes d'orientation

1. Causes sous-jacentes: les causes immédiates de la malnutrition sont la maladie et/ou une consommation inadéquate de nourriture (laquelle peut être le résultat de l'insécurité alimentaire), un environnement médiocre sur les plans social et des soins ou de la santé publique, ou un accès inadéquat aux services médicaux aux niveaux du ménage et de la communauté. Ces causes sous-jacentes sont influencées par d'autres causes fondamentales, dont les ressources humaines, structurelles, naturelles et économiques, le contexte politique, culturel et de sécurité, les infrastructures formelles et informelles, les mouvements démographiques (forcés ou non) et les entraves aux mouvements. La compréhension des causes de la malnutrition dans chaque contexte spécifique est une condition sine qua non de tout programme de nutrition. Des informations, tant quantitatives que qualitatives, sur les causes de la malnutrition peuvent être rassemblées à partir de sources primaires ou secondaires, y compris les profils existants de santé et de nutrition, les comptes rendus de recherches, les informations d'alerte précoce, les dossiers des centres de santé, les rapports sur la sécurité alimentaire et les groupes d'assistance communautaire. On trouvera une liste de contrôle pour l'évaluation initiale de la nutrition en annexe 4.

2. Prise de décisions: elle se basera sur une compréhension de chacune des trois causes sous-jacentes possibles de la malnutrition, ainsi que sur les résultats des études anthropométriques. Dans une crise aiguë, toutefois, les décisions concernant la mise en œuvre de la distribution générale de nourriture ne devront pas attendre les résultats de ces études, car celles-ci peuvent prendre jusqu'à trois semaines. Il devrait, toutefois, être possible d'utiliser les conclusions des études anthropométriques pour influencer les décisions portant sur les interventions qui visent à corriger la malnutrition.

3. Études anthropométriques: elles fournissent une estimation de la prévalence de malnutrition. La pratique la plus généralement acceptée consiste à évaluer les niveaux de malnutrition parmi les enfants âgés de 6 à 59 mois et à les utiliser comme indicateurs de substitution pour la population dans son ensemble. Cependant, d'autres groupes peuvent être touchés en plus grande mesure ou courir des risques nutritionnels plus importants. Lorsqu'il en est ainsi, la situation de ces groupes sera évaluée, bien qu'il puisse être difficile de procéder au mesurage (Cf. annexe 5). Les lignes directrices internationales stipulent qu'un échantillon représentatif doit être utilisé pour les études ; l'adhésion aux lignes directrices nationales peut favoriser la coordination et la comparabilité des comptes rendus. Lorsque des données représentatives sont disponibles sur les tendances de l'état nutritionnel, elles sont préférables à un chiffre unique de prévalence. Il peut également être utile de recueillir les taux de couverture des immunisations durant une étude anthropométrique, tout comme des données rétrospectives sur la mortalité, en utilisant un cadre différent pour l'échantillonnage. Les rapports devront toujours décrire les causes probables de la malnutrition, et l'œdème nutritionnel sera signalé séparément.

4. Carences en micronutriments: si l'on sait que la population présentait des carences en vitamine A, en iode ou en fer avant la catastrophe, on peut supposer que ceci continuera d'être un problème durant la catastrophe. Lorsque l'analyse des situations de santé et de sécurité alimentaire suggère un risque de carences en micronutriments, il faudra prendre des mesures visant à améliorer la quantification de certaines carences (Cf. également norme 1 relative au soutien nutritionnel général, et norme 3 relative à la correction de la malnutrition).

2 Normes minimales dans le secteur de la sécurité alimentaire

La sécurité alimentaire englobe l'accès à la nourriture (y compris son caractère financièrement abordable), l'adéquation de l'approvisionnement en nourriture ou de sa disponibilité, et la stabilité de l'approvisionnement et de l'accès au fil du temps. Elle concerne également la qualité, la variété et l'innocuité de la nourriture, et la consommation et l'utilisation biologique des aliments.

La faculté de récupération des moyens de subsistance des personnes, et leur vulnérabilité face à l'insécurité alimentaire, sont largement déterminées par les ressources dont elles disposent, et la manière dont ces ressources ont été affectées par la catastrophe. Parmi ces ressources figurent les biens économiques et financiers (comme l'argent liquide, les crédits, les économies et les investissements) et le capital physique, naturel, humain et social. Pour les personnes affectées par une catastrophe, la préservation, le recouvrement et le développement des ressources nécessaires à leur sécurité alimentaire et à leurs moyens de subsistance futurs constituent en général une priorité.

Dans les situations de conflit, l'insécurité et la menace du conflit peuvent sérieusement restreindre les activités liées aux moyens de subsistance et l'accès aux marchés. Les ménages peuvent subir une perte directe de leurs biens, soit parce qu'ils doivent les abandonner pour fuir, soit parce que ces biens ont été détruits ou réquisitionnés par les parties en conflit.

La première norme concernant la sécurité alimentaire, qui découle de la norme relative à l'évaluation initiale et l'analyse de la sécurité alimentaire, est une norme générale qui s'applique à tous les aspects des programmes relatifs à la sécurité alimentaire dans les situations de catastrophe, y compris les questions liées à la survie et à la préservation des biens. Les trois autres normes concernent la production primaire, la génération de revenus et l'emploi, et l'accès aux marchés, y compris les biens et les services. L'annexe 3 décrit une gamme d'interventions dans le secteur de la sécurité alimentaire.

Il y a évidemment un certain chevauchement entre les différentes normes relatives à la sécurité alimentaire, car les interventions dans ce domaine ont souvent des objectifs multiples, liés à des aspects différents, et sont donc couvertes par plus d'une norme (notamment celles applicables aux secteurs de l'eau, de la santé et des abris). De plus, un ensemble équilibré de programmes est requis pour atteindre toutes les normes dans le secteur de la sécurité alimentaire. Les interventions en situation de catastrophe doivent soutenir et/ou compléter les services gouvernementaux existants sur les plans de la structure, de la conception et de la durabilité à long terme.


Norme 1 relative à la sécurité alimentaire: sécurité alimentaire générale
Les personnes ont accès à des articles alimentaires et non alimentaires adéquats et appropriés d'une manière qui assure leur survie, empêche l'érosion de leurs biens et maintient leur dignité.


Indicateurs clés (à lire conjointement avec les notes d'orientation)

  • Lorsque la vie des personnes est menacée en raison du manque de nourriture, les interventions donnent la priorité à la satisfaction de leurs besoins alimentaires immédiats (Cf. note d'orientation 1).

  • Dans tous les contextes de catastrophe, des mesures sont prises pour soutenir, protéger et promouvoir la sécurité alimentaire. Il s'agit entre autres de préserver les biens productifs et de récupérer ceux perdus suite à la catastrophe (Cf. note d'orientation 2).

  • Les interventions qui protègent et soutiennent la sécurité alimentaire se basent sur une analyse robuste, dans le cadre d'une consultation avec la communauté affectée par la catastrophe.

  • Les interventions tiennent compte des stratégies d'adaptation des personnes, de leurs avantages et des risques et coûts associés (Cf. note d'orientation 3).

  • Des stratégies de transition et de sortie sont développées pour toutes les interventions dans le secteur de la sécurité alimentaire lors d'une catastrophe, et sont rendues publiques et appliquées de manière appropriée (Cf. note d'orientation 4).

  • Lorsqu'une intervention appuie le développement de nouvelles ou d'autres stratégies relatives aux moyens de subsistance, tous les groupes ont accès à un soutien approprié, y compris aux connaissances, compétences et services nécessaires (Cf. note d'orientation 5).

  • Les interventions dans le secteur de la sécurité alimentaire nuisent le moins possible à l'environnement (Cf. note d'orientation 6).

  • Les nombres de bénéficiaires font l'objet d'un suivi pour déterminer le niveau d'acceptation et d'accès par différents groupes de la population et pour garantir la couverture globale de la population sans discrimination (Cf. note d'orientation 7).

  • Les effets des interventions sur l'économie locale, les réseaux sociaux, les moyens de subsistance et l'environnement font l'objet d'un suivi, en plus du suivi continu lié aux objectifs du programme (Cf. note d'orientation 8).

 

Notes d'orientation

1. Classement selon leur priorité des interventions destinées à sauver des vies: bien que la distribution d'aliments soit l'intervention la plus fréquemment entreprise afin de pallier l'insécurité alimentaire dans les situations de catastrophe, d'autres types d'intervention peuvent également aider les personnes à satisfaire leurs besoins immédiats de nourriture. On peut donner les exemples suivants d'interventions de ce type: la vente d'aliments subventionnés (lorsque les personnes ont un certain pouvoir d'achat, mais que l'approvisionnement est inadéquat), l'amélioration du pouvoir d'achat au travers de programmes d'emploi (y compris "vivres en échange de travail" - food-for-work - FFW), et les initiatives de déstockage ou les distributions d'argent. En milieu urbain en particulier, la priorité sera peut-être de rétablir l'approvisionnement normal du marché et de revitaliser les activités économiques porteuses d'emplois. Les stratégies de ce type seront peut-être plus appropriées que la distribution de nourriture, parce qu'elles maintiennent la dignité des personnes, soutiennent les moyens de subsistance et de ce fait réduisent la vulnérabilité future. Les organisations ont la responsabilité de prendre en compte ce que font les autres pour veiller à ce que l'intervention conjuguée apporte des contributions et des services complémentaires. Les distributions générales de nourriture ne devront être introduites qu'en cas d'absolue nécessité et devront cesser dès que possible. La distribution générale gratuite de nourriture ne sera peut-être pas appropriée lorsque:

- un approvisionnement adéquat en nourriture est disponible dans la zone (il est donc préférable de tenter d'éliminer les obstacles entravant l'accès);

- une insuffisance localisée de nourriture disponible peut être abordée en soutenant les systèmes de marchés

- les attitudes ou politiques générales locales sont contre les distributions gratuites de nourriture.

2. Soutien, protection et promotion de la sécurité alimentaire: parmi les mesures appropriées visant à soutenir la sécurité alimentaire peuvent figurer une variété d'interventions et de travaux de plaidoyer (Cf. annexe 3). Bien qu'à court terme il puisse s'avérer impossible d'arriver à la sécurité alimentaire sur la seule base des propres stratégies relatives aux moyens de subsistance des personnes, les stratégies existantes qui contribuent à la sécurité alimentaire des ménages et préservent leur dignité devront être protégées et soutenues autant que possible. Les interventions dans le secteur de la sécurité alimentaire ne cherchent pas forcément à récupérer complètement les biens perdus suite à la catastrophe, mais à empêcher que leur érosion ne se poursuive et à promouvoir un processus de récupération.

3. Risques associés aux stratégies d'adaptation: de nombreuses stratégies d'adaptation supposent des frais ou comportent des risques qui peuvent accroître la vulnérabilité. Par exemple:

- la réduction des quantités de nourriture consommées ou de la qualité des régimes alimentaires entraîne la dégradation de la santé et de l'état nutritionnel;

- la réduction des dépenses en frais scolaires et en soins médicaux nuit au capital humain;

- la prostitution et les relations avec des personnes venues de l'extérieur pour se procurer de la nourriture nuisent à la dignité et présentent le risque d'exclusion sociale et d'infection par le VIH ou d'autres maladies sexuellement transmissibles;

- la vente de biens du ménage peut réduire la capacité productive future de celui-ci;

- le non-remboursement des prêts peut entraîner la perte de l'accès futur au crédit;

- l'utilisation excessive des ressources naturelles réduit la disponibilité de capital naturel (par exemple pêche et collecte de bois de chauffe excessives, etc.);

- les déplacements vers des zones dangereuses pour travailler ou collecter du bois ou du combustible font courir aux personnes le risque d'attaques;

- la production ou la commercialisation de marchandises illicites entraîne le risque d'emprisonnement;

- la séparation des enfants de leur famille et de leur mère peut entraîner une baisse de la qualité des soins apportés aux enfants et des risques accrus de malnutrition

Ces effets progressifs et débilitants doivent être reconnus, et il faut entreprendre des interventions précoces afin de décourager les stratégies de ce type et d'empêcher la perte des biens. Certaines stratégies d'adaptation peuvent également nuire à la dignité, lorsque les personnes se voient obligées d'entreprendre des activités socialement dégradantes ou inacceptables. Cependant, dans de nombreuses sociétés, certaines stratégies (comme envoyer un membre de la famille travailler ailleurs lors de difficultés) sont des traditions bien établies.

4. Stratégies de sortie et de transition: il faut réfléchir à ces stratégies dès le début du programme, surtout si l'intervention peut avoir des répercussions à long terme, par exemple la prestation de services gratuits qui seraient normalement payants, comme l'accès au crédit ou à des services vétérinaires. Avant de clôturer le programme ou de faire la transition vers une nouvelle phase, il doit y avoir des preuves que la situation s'est améliorée.

5. Accès aux connaissances, aux compétences et aux services: il faut concevoir et planifier des structures qui offrent des services adéquats en collaboration avec les utilisateurs, de manière à ce qu'elles soient appropriées et bien entretenues, si possible au-delà de la durée de vie du projet. Certains groupes ont des besoins très spécifiques ; par exemple, les enfants devenus orphelins à cause du sida peuvent être privés du transfert d'informations et de compétences qui a lieu au sein des familles.

6. Impact environnemental: dans la mesure du possible, la base de ressources naturelles pour la production et les moyens de subsistance de la population affectée - et des populations d'accueil - devra être préservée. Il faut tenir compte de l'impact du programme sur l'environnement durant l'évaluation initiale et la planification de toute intervention. Par exemple, les personnes qui vivent dans des camps ont besoin de combustible pour faire la cuisine, ce qui peut rapidement entraîner la déforestation au niveau local. La distribution de denrées dont la cuisson est longue, comme certains haricots secs, demandera plus de combustible de cuisine, ce qui pourrait affecter l'environnement (Cf. norme 2 relative à la planification de l'aide alimentaire). Dans la mesure du possible, les interventions viseront à protéger l'environnement de toute dégradation supplémentaire. Par exemple, les programmes de déstockage réduisent la pression de la pâture des animaux sur les prés durant une sécheresse, augmentant du même coup la quantité de nourriture disponible pour le bétail ayant survécu.

7. Couverture, accès et acceptabilité: les bénéficiaires et leurs caractéristiques devront être décrits et leur nombre estimé avant de déterminer le niveau de participation des différents groupes (en accordant une attention particulière aux groupes vulnérables). La participation est en partie déterminée par la facilité d'accès et l'acceptabilité des activités pour les participants. Bien que certaines mesures de sécurité alimentaire soient destinées aux personnes économiquement actives, elles doivent néanmoins être non discriminatoires et tenter d'offrir un accès aux groupes vulnérables, tout en protégeant les personnes à charge, y compris les enfants. Diverses contraintes, dont la capacité de travailler, la charge de travail à la maison, les responsabilités de garde et de prestation de soins aux enfants, aux malades chroniques ou aux personnes handicapées, et la restriction de l'accès physique, peuvent limiter la participation des femmes, des personnes handicapées et des personnes âgées. Pour surmonter ces contraintes, il faut identifier les activités adaptées aux capacités de ces groupes ou mettre sur pied des structures de soutien appropriées. Les mécanismes de ciblage basés sur l'auto-sélection devront normalement être établis dans le cadre d'une consultation complète de tous les groupes de la communauté (Cf. norme relative au ciblage).

8. Suivi: outre le suivi de routine (Cf. normes relatives au suivi et à l'évaluation), il est également nécessaire de suivre la situation générale en matière de sécurité alimentaire afin de déterminer si le programme continue d'être approprié, de planifier le retrait progressif de certaines activités ou l'introduction de modifications ou de nouveaux projets au besoin, et d'identifier la nécessité éventuelle de travaux de plaidoyer. Les systèmes d'information locaux et régionaux sur la sécurité alimentaire, y compris les systèmes d'alerte précoce contre la famine, constituent d'importantes sources d'information.


Norme 2 relative à la sécurité alimentaire: production primaire
Les mécanismes de production primaire sont protégés et soutenus.


Indicateurs clés (à lire conjointement avec les notes d'orientation)

  • Les interventions destinées à soutenir la production primaire se basent sur une compréhension démontrée de la viabilité des systèmes de production, y compris l'accès aux intrants et aux services nécessaires, et leur disponibilité (Cf. note d'orientation 1).

  • Des nouvelles technologies ne sont introduites que lorsque leurs répercussions pour les systèmes de production, les pratiques culturelles et l'environnement locaux sont comprises et acceptées par les producteurs alimentaires (Cf. note d'orientation 2).

  • Dans la mesure du possible, une variété d'intrants est proposée afin de conférer aux producteurs une plus grande flexibilité dans la gestion de la production, du traitement et de la distribution, et dans la réduction des risques (Cf. note d'orientation 3).

  • Les intrants productifs concernant les plantes, les animaux ou les pêcheries sont livrés à temps, sont acceptables au niveau local et conformes aux normes de qualité appropriées (Cf. notes d'orientation 4-5).

  • L'introduction d'intrants et de services n'exacerbe pas la vulnérabilité et n'accroît pas non plus les risques, par exemple en augmentant la concurrence pour obtenir des ressources naturelles peu abondantes ou en endommageant les réseaux sociaux existants (Cf. note d'orientation 6).

  • Les intrants et les services sont achetés au niveau local autant que possible, sauf en cas d'effet négatif sur les producteurs, les marchés ou les consommateurs locaux (Cf. note d'orientation 7).

  • Les entités produisant, traitant et distribuant de la nourriture qui reçoivent des intrants dans le cadre du projet les utilisent de manière appropriée (Cf. notes d'orientation 8-9).

  • Les interventions comprennent la nécessité d'intrants et de services complémentaires, et les fournissent lorsque c'est approprié.

 

Notes d'orientation

1. Viabilité de la production primaire: pour être viables, les stratégies de production alimentaire doivent avoir une chance raisonnable de se développer de manière adéquate et de réussir. Cette chance peut être influencée par une variété de facteurs, dont:

  • l'accès à des ressources naturelles suffisantes (terres arables, pâtures, eau, rivières, lacs, eaux côtières, etc.). L'équilibre écologique ne doit pas être compromis, par exemple par la surexploitation des terres marginales, la pêche excessive ou la pollution de l'eau, en particulier en milieu périurbain;

  • le niveau de compétences et de capacités, qui peut être limité là où les communautés sont sérieusement affectées par la maladie, ou dans les contextes où l'éducation et la formation sont interdites à certains groupes;

  • la disponibilité de main-d'œuvre par rapport aux modèles de production existants et au calendrier des activités agricoles clés;

  • la disponibilité d'intrants et la nature et la couverture des services associés (financiers, vétérinaires, vulgarisation agricole), qui peuvent être fournis par des institutions gouvernementales et/ou d'autres organismes;

  • la légalité de certaines activités ou du droit à travailler des groupes affectés, par exemple contrôles sur la collecte du bois de chauffe ou restrictions sur les droits des réfugiés à entreprendre un travail rémunéré ;

  • l'insécurité à cause des conflits armés, de la destruction des infrastructures de transport, des mines terrestres, de la menace d'attaques ou du banditisme.

La production ne doit pas affecter négativement l'accès des autres groupes aux ressources naturelles essentielles pour la vie comme l'eau.

2. Développement technologique : parmi les "nouvelles" technologies peuvent figurer des variétés de cultures ou des espèces de bétail améliorées, de nouveaux outils ou engrais. Dans la mesure du possible, les activités de production alimentaire doivent suivre les modèles existants et/ou être liées aux plans nationaux de développement. Les nouvelles technologies ne seront introduites durant une catastrophe que si elles ont été précédemment mises à l'épreuve dans la zone locale et si l'on sait qu'elles sont appropriées. Lorsqu'elles sont introduites, les nouvelles technologies doivent être accompagnées de consultations appropriées de la communauté, de la mise à disposition d'informations, d'un programme de formation et d'autres formes de soutien utiles. La capacité des services de vulgarisation au sein des départements gouvernementaux locaux, des ONG et autres au moment de faciliter tous ces processus sera évaluée et, au besoin, renforcée.

3. Amélioration du choix: parmi les exemples d'interventions qui offrent aux producteurs un plus grand choix figurent les contributions en argent ou le crédit à la place des intrants productifs, ou pour les compléter, et les foires de semences, qui donnent aux agriculteurs l'occasion de sélectionner les graines de leur choix. La production ne doit pas avoir de conséquences négatives sur le plan nutritionnel, comme lors du remplacement de cultures vivrières par des cultures de rapport. La fourniture de fourrage pour les animaux durant une sécheresse peut apporter un avantage nutritionnel humain plus direct aux pastoralistes que la prestation d'une assistance alimentaire.

4. Opportunité et acceptabilité : parmi les exemples d'intrants productifs on peut citer les semences, les outils, les engrais, le bétail, l'équipement de pêche, le matériel de chasse, les services de prêts et de crédits, les informations sur le marché, les services de transport, etc. La fourniture d'intrants agricoles et la prestation de services vétérinaires doivent être organisées de manière à ce qu'elles coïncident avec les saisons appropriées de l'agriculture et de l'élevage; par exemple, la fourniture de semences et d'outils doit précéder la saison des plantations. Le déstockage d'urgence du bétail pendant une sécheresse doit avoir lieu avant que ce dernier ne subisse une mortalité excessive, tandis que la reconstitution du cheptel doit commencer une fois que le rétablissement est bien assuré, par exemple après les pluies suivantes.

5. Semences: il faut donner la priorité aux graines locales, afin que les agriculteurs puissent employer leurs propres critères pour en établir la qualité. Les variétés locales doivent être approuvées par les agriculteurs et les membres du personnel agricole local. Les semences doivent être adaptées aux conditions locales et résistantes aux maladies. Les semences provenant d'endroits autres que la région doivent être munies des certificats adéquats et il faut vérifier qu'elles sont appropriées pour les conditions locales. Les semences hybrides peuvent convenir lorsque les agriculteurs les connaissent bien et ont une expérience de leur culture. On ne peut déterminer cet aspect qu'en consultant la communauté. Lorsque des graines sont fournies gratuitement, les agriculteurs préféreront peut-être des semences hybrides aux variétés locales parce qu'elles sont, autrement, coûteuses. Il faut également observer les politiques générales gouvernementales concernant les semences hybrides avant de les distribuer. Il ne faut pas distribuer des semences transgéniques sauf si elles ont été approuvées par les autorités nationales ou autres entités dirigeantes.

6. Impact sur les moyens de subsistance ruraux: la production primaire de nourriture peut ne pas être viable s'il y a un manque de ressources naturelles vitales. Promouvoir une production qui exige un accès accru ou modifié à des ressources naturelles disponibles au niveau local peut intensifier les tensions au sein de la population locale, en plus de restreindre encore davantage l'accès à l'eau et à d'autres biens essentiels. Il faut se montrer prudent lorsque l'on fournit des ressources financières, sous la forme de subventions ou de prêts, car elles peuvent également accroître le risque d'insécurité locale (Cf. norme 3 relative à la sécurité alimentaire, note d'orientation 5). De plus, la fourniture gratuite d'intrants peut perturber les mécanismes traditionnels de soutien et de redistribution sociaux.

7. Achat d'intrants au niveau local : il faut tenter de se procurer les intrants et les services destinés à la production alimentaire, comme les services vétérinaires, les semences, etc. au travers des systèmes d'approvisionnement existants au sein des pays. Cependant, avant d'entreprendre des achats locaux, il faut déterminer si ces derniers risquent de fausser le marché, par exemple en faisant augmenter le prix de produits peu abondants.

8. Suivi de l'usage: on peut estimer les indicateurs du processus et du rendement de la production, du traitement et de la distribution de nourriture, par exemple surface plantée, quantité de semences plantées par hectare, production, nombre de progénitures dans les troupeaux, etc. Il est important de déterminer la manière dont les producteurs utilisent les intrants du projet, en vérifiant par exemple que les semences sont effectivement plantées, et que les outils, les engrais, les filets et le matériel de pêche sont utilisés comme prévu. La qualité des intrants doit être examinée sur le plan de leur acceptabilité et des préférences des producteurs. Il est important pour l'évaluation de prendre en considération l'incidence du projet sur la nourriture disponible au sein des ménages, par exemple réserves alimentaires des ménages, quantité et qualité de la nourriture consommée, ou quantité de nourriture vendue ou donnée. Lorsque le projet vise à accroître la production d'un type spécifique d'aliment, comme les produits d'origine animale ou à base de poisson, ou encore les légumineuses riches en protéines, l'utilisation de ces produits par les ménages devra faire l'objet d'une enquête. Les résultats des analyses de ce type pourront être validés par recoupement avec les études nutritionnelles (pourvu que les facteurs déterminants de l'état nutritionnel relatifs à la santé et aux soins soient également pris en compte).

9. Effets imprévus ou négatifs des intrants: par exemple, effet des changements des caractéristiques de la main-d'œuvre durant les saisons agricoles ultérieures, effet des interventions sur les stratégies d'adaptation alternatives et existantes (par ex. détournement de la main-d'œuvre), les caractéristiques du travail des femmes et leurs effets sur les soins dispensés aux enfants, l'assiduité scolaire et l'effet sur l'éducation, les risques pris afin d'accéder aux terres et aux autres ressources essentielles.

 

Norme 3 relative à la sécurité alimentaire: revenus et emploi
Lorsque la génération de revenus et l'emploi sont des stratégies faisables de moyens de subsistance, les personnes ont la possibilité d'exercer des activités rémunérées équitablement et qui contribuent à la sécurité alimentaire sans pour autant compromettre les ressources sur lesquelles se basent les moyens de subsistance.


Indicateurs clés (à lire conjointement avec les notes d'orientation)

  • Les décisions de projet concernant le calendrier, les activités de travail, le type de rémunération et la faisabilité technique de la mise en œuvre se basent sur une compréhension démontrée des capacités des ressources humaines locales, sur une analyse du marché et de l'économie, et sur une analyse de l'offre et de la demande pour les compétences et les besoins de formation pertinents (Cf. notes d'orientation 1-2).

  • Les interventions qui offrent des possibilités de travail ou de revenus sont faisables sur le plan technique, et tous les intrants nécessaires sont disponibles à temps. Dans la mesure du possible, les interventions contribuent à la sécurité alimentaire des autres et protègent ou restaurent l'environnement.

  • Le niveau de rémunération est approprié, et le paiement des travailleurs rémunérés se fait rapidement, régulièrement et au moment voulu. Dans les situations d'insécurité alimentaire aiguë, les paiements peuvent se faire à l'avance (Cf. note d'orientation 3).

  • Il y a des procédures en place pour fournir un environnement de travail sûr et sécurisant (Cf. note d'orientation 4).

  • Les projets dans lesquels interviennent de grosses sommes d'argent englobent des mesures visant à éviter tout détournement et/ou toute situation d'insécurité (Cf. note d'orientation 5).

  • Les interventions qui offrent des possibilités de travail protègent et soutiennent les responsabilités relatives aux soins au sein des ménages, n'affectent pas négativement l'environnement local et n'entravent pas les activités régulières liées aux moyens de subsistance (Cf. note d'orientation 6).

  • La gestion et l'utilisation par le ménage de la rémunération (argent ou nourriture), des subventions ou des prêts sont comprises et perçues comme une contribution à la sécurité de tous les membres du ménage (Cf. note d'orientation 7).

 

Notes d'orientation

1. Opportunité des initiatives: les ressources humaines locales seront utilisées au mieux dans le cadre de la conception du projet et de l'identification d'activités appropriées. Dans la mesure du possible, les activités de type "vivres en échange de travail" (food-for-work - FFW) et "argent en échange de travail" (cash-for-work - CFW) seront sélectionnées par les groupes participants eux-mêmes et planifiées avec eux. Lorsqu'il y a un grand nombre de personnes déplacées (réfugiés ou personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays - PDIP), les possibilités de travail ne se matérialiseront pas aux dépens de la population locale d'accueil. Dans certaines situations, il faudra proposer des possibilités d'emploi aux deux groupes. Il est important de comprendre la gestion et l'utilisation de l'argent au sein des ménages au moment de décider si les services de microfinancement pourraient soutenir la sécurité alimentaire et, dans l'affirmative, sous quelle forme (Cf. également norme 2 relative à la sécurité alimentaire).

2. Type de rémunération: la rémunération peut se faire en argent liquide ou en nourriture, ou une combinaison des deux, et doit permettre aux ménages en proie à l'insécurité alimentaire de pourvoir à leurs besoins. Plutôt qu'un paiement, la rémunération pourra souvent prendre la forme d'un moyen d'encouragement fourni pour aider les personnes à entreprendre des tâches dont elles peuvent directement profiter. On préférera FFW à CFW lorsque les marchés sont faibles ou non réglementés, ou bien lorsqu'il y a peu de nourriture disponible. FFW sera aussi éventuellement approprié dans les situations où les femmes sont plus susceptibles de contrôler l'utilisation de la nourriture que celle de l'argent. CFW est préférable lorsque le commerce et les marchés peuvent assurer la disponibilité locale de nourriture, et lorsqu'il y a des systèmes sûrs pour la distribution de l'argent. Les besoins des personnes concernant les achats, et l'impact des dons d'argent ou de nourriture sur les autres besoins fondamentaux (scolarité, accès aux services médicaux, obligations sociales) devront être pris en considération. Le type et le niveau de la rémunération sera décidé au cas par cas, en tenant compte de ce qui précède et de la disponibilité de ressources monétaires et alimentaires.

3. Paiements: les niveaux de rémunération devront prendre en compte les besoins des ménages souffrant d'insécurité alimentaire, ainsi que les tarifs locaux de paiement de la main-d'œuvre. Il n'y a pas de lignes directrices universellement acceptées pour l'établissement des niveaux de rémunération, mais lorsque cette dernière se fait en nature et est fournie comme un transfert de revenus, il faut tenir compte de la valeur de la revente de la nourriture sur les marchés locaux. Le gain net en revenus découlant de la participation des individus aux activités du programme devra être plus élevé que s'ils avaient consacré leur temps à d'autres activités. Ceci s'applique aux activités de type FFW, CFW, ainsi qu'au crédit, aux aides à la création d'entreprise, etc. Les occasions de gain de revenus devront améliorer la gamme de sources de revenus, et non remplacer les sources existantes. La rémunération ne devrait pas avoir un impact négatif sur les marchés du travail locaux, par exemple en causant une inflation du niveau des salaires, en détournant la main-d'œuvre d'autres activités ou en minant des services publics essentiels.

4. Risques dans l'environnement de travail: il faut éviter un environnement de travail à haut risque en introduisant des procédures pratiques visant à réduire au minimum les dangers ou à traiter les blessures, par exemple briefings, trousses de premiers secours, vêtements de protection au besoin. On tiendra aussi compte du risque de contact avec le virus VIH, et on prendra des mesures pour réduire ce risque au minimum.

5. Risque d'insécurité et de détournement: la distribution d'argent liquide, par exemple dans le cadre de la distribution de prêts ou du paiement en échange de travail effectué, introduit des préoccupations relatives à la sécurité, aussi bien pour le personnel du programme que pour les récipiendaires. Il faut peser les risques d'insécurité pour les deux groupes et examiner une variété d'options. Pour faciliter l'accès et dans l'intérêt de la sécurité des récipiendaires, le point de distribution sera aussi proche que possible de leur habitation, c'est-à-dire décentralisé, bien que ceci puisse compromettre la sécurité du personnel du programme. Si l'on soupçonne un niveau élevé de corruption ou de détournement de fonds, des activités de type FFW pourront s'avérer préférables à celles de type CFW.

6. Responsabilités relatives aux soins et moyens de subsistance: la participation à des activités rémunératrices ne doit pas nuire aux soins dus aux enfants ou autres, car le risque de malnutrition peut s'en trouver accru. Les programmes devront peut-être envisager d'employer des prestataires de soins ou de fournir des installations et services de soins (Cf. norme 2 relative au soutien nutritionnel général). Les interventions ne doivent pas affecter négativement l'accès à d'autres débouchés, dans le domaine de l'emploi ou de l'éducation, par exemple, ni détourner certaines ressources familiales d'activités productives d'ores et déjà en place.

7. Utilisation de la rémunération: une rémunération juste fait que les revenus générés constituent un pourcentage significatif des ressources nécessaires à la sécurité alimentaire. La gestion par le ménage des apports d'argent ou de nourriture (y compris la distribution au sein même du ménage et les utilisations finales) doit être comprise, car la manière dont l'argent est donné peut soit désamorcer soit exacerber les tensions existantes, et de ce fait affecter la sécurité alimentaire et la nutrition des membres du ménage. Les interventions qui génèrent des revenus et des emplois ont souvent des objectifs multiples liés à la sécurité alimentaire; il en est de même pour les ressources au niveau communautaire qui affectent la sécurité alimentaire. Par exemple, la réparation des routes peut améliorer l'accès aux marchés et l'accès aux soins de santé, tandis que la réparation ou la construction de systèmes de collecte de l'eau et d'irrigation peuvent améliorer la productivité.


Norme 4 relative à la sécurité alimentaire: accès aux marchés
L'accès sûr des personnes aux produits et services des marchés en tant que producteurs, consommateurs et négociants est protégé et favorisé.


Indicateurs clés (à lire conjointement avec les notes d'orientation)

  • Les interventions dans le secteur de la sécurité alimentaire se basent sur une compréhension démontrée des marchés et des systèmes économiques locaux, compréhension qui influence leur conception et, au besoin, mène à un travail de plaidoyer en faveur de l'amélioration des systèmes et du changement des politiques générales (Cf. notes d'orientation 1-2).

  • Les producteurs et les consommateurs jouissent d'un accès économique et physique aux marchés actifs, lesquels sont régulièrement approvisionnés en articles de base, dont des aliments à des prix abordables (Cf. note d'orientation 3).

  • Dans la mesure du possible, les effets négatifs des interventions relatives à la sécurité alimentaire, y compris les achats et la distribution d'aliments, sur les marchés locaux et sur les fournisseurs de ces marchés, sont réduits au minimum (Cf. note d'orientation 4).

  • On dispose d'une quantité accrue d'informations sur le prix et la disponibilité des produits, sur la manière dont fonctionnent les marchés et les politiques générales qui régissent ce fonctionnement, et la population locale prend de plus en plus conscience de tous ces aspects (Cf. note d'orientation 5).

  • Les denrées alimentaires de base et autres produits essentiels sont disponibles (Cf. note d'orientation 6).

  • Les conséquences négatives des fluctuations saisonnières extrêmes des prix ou autres fluctuations anormales sont réduites au minimum (Cf. note d'orientation 7).

 

Notes d'orientation

1. Analyse des marchés: les types de marché - local, régional, national - et la manière dont ils sont liés feront l'objet d'une étude. Il faudra réfléchir à l'accès aux marchés actifs pour tous les groupes affectés, y compris les groupes vulnérables. Les interventions qui apportent une rémunération sous forme de nourriture, ou qui fournissent des intrants, comme des semences, des outils agricoles, des matériaux de construction d'abris, etc. devront être précédées d'une analyse des marchés par rapport au produit fourni. L'achat au niveau local de tout excédent apportera un soutien aux producteurs locaux. Les importations sont susceptibles de faire baisser les prix locaux. Lorsque les intrants comme les semences ne sont pas disponibles sur le marché libre, alors qu'ils sont encore accessibles aux agriculteurs au travers de leurs propres réseaux et systèmes d'approvisionnement en graines, il faudra réfléchir à l'effet des intrants externes sur ces systèmes.

2. Plaidoyer: les marchés fonctionnent dans le cadre des économies nationale et mondiale, qui influent sur les conditions des marchés locaux. Par exemple, les politiques générales gouvernementales, y compris les politiques relatives à la détermination des prix et aux échanges commerciaux, influencent l'accès et la disponibilité. Bien que les actions à ce niveau dépassent la portée des interventions en situation de catastrophe, il est nécessaire d'effectuer une analyse de ces facteurs, car il peut y avoir des possibilités pour une approche conjointe entre plusieurs organisations, ou pour des travaux de plaidoyer auprès des gouvernements et autres organismes afin d'améliorer la situation.

3. Offre et demande sur les marchés: l'accès économique aux marchés est influencé par le pouvoir d'achat, ainsi que les prix et la disponibilité des produits. Quant à savoir si ces derniers sont vendus à des prix abordables ou non, cela dépend des termes de l'échange entre les besoins fondamentaux (dont la nourriture, les intrants agricoles essentiels comme les semences et les outils, les soins médicaux, etc.) et les sources de revenus (cultures de rapport, bétail, salaires, etc.). L'érosion des biens a lieu lorsqu'une détérioration des termes de l'échange force les personnes à vendre des biens (souvent à des prix bas) afin d'acheter des articles de base (à des prix gonflés). L'accès aux marchés peut aussi être influencé par l'environnement politique et les conditions de sécurité, ainsi que par des aspects culturels ou religieux; par exemple, l'accès peut être limité pour certains groupes minoritaires.

4. Impact des interventions: l'achat au niveau local d'aliments, de semences ou d'autres produits de base peut provoquer une inflation locale, aux dépens des consommateurs mais dans l'intérêt des producteurs locaux. Inversement, l'aide alimentaire importée peut faire baisser les prix et agir comme un moyen de dissuasion pour la production locale d'aliments, faisant augmenter le nombre de personnes confrontées à l'insécurité alimentaire. Les personnes responsables des achats doivent suivre et prendre en compte ces effets. La distribution d'aliments affecte également le pouvoir d'achat des bénéficiaires, car c'est une forme de transfert de revenus. Certains produits sont plus faciles à vendre à bon prix que d'autres, par exemple l'huile par rapport aux aliments composés. Le "pouvoir d'achat" associé à un aliment ou à un panier alimentaire donné déterminera en partie s'il est consommé ou vendu par le ménage bénéficiaire. Il est important de comprendre les ventes et les achats des ménages pour déterminer l'impact général des programmes de distribution de nourriture (Cf. également norme 3 relative à la gestion de l'aide alimentaire).

5. Politiques générales transparentes relatives au march: les producteurs et les consommateurs locaux doivent être conscients des mécanismes de contrôle des prix et des autres politiques qui influencent l'offre et la demande. Il peut s'agir des politiques de l'État en matière d'établissement des prix et de taxation, des politiques qui influencent la circulation des produits de base à travers les frontières régionales, ou des programmes locaux visant à faciliter les échanges commerciaux avec les zones voisines (bien que, dans de nombreuses situations de conflit, il soit possible qu'aucune politique claire sur ces questions n'ait été définie).

6. Articles alimentaires essentiels: la sélection d'articles alimentaires pour assurer le suivi des marchés dépend des habitudes alimentaires locales et doit donc être déterminée au niveau local. Il faudra appliquer les principes de la planification de rations adéquates sur le plan nutritionnel au moment de décider des articles alimentaires qui sont essentiels dans un contexte particulier (Cf. norme 1 relative au soutien nutritionnel général, et norme 1 relative à la planification de l'aide alimentaire).

7. Fluctuations saisonnières des prix: si elles sont anormalement extrêmes, elles peuvent affecter négativement les producteurs agricoles pauvres, qui doivent vendre leurs produits lorsque les prix sont à leur niveau le plus faible (c'est-à-dire après la récolte). Inversement, les consommateurs qui n'ont guère de revenus disponibles ne peuvent pas se permettre d'investir dans des réserves d'aliments, mais dépendent plutôt de petits achats fréquents. Ils sont donc forcés d'acheter même lorsque les prix sont élevés (par exemple pendant une sécheresse). Parmi les exemples d'interventions qui peuvent réduire ces effets au minimum figurent l'amélioration des systèmes de transport, la diversification de la production alimentaire ou les transferts d'argent ou de nourriture pendant les périodes critiques.

 

3 Normes minimales dans le secteur de la nutrition

Les causes immédiates de la malnutrition sont la maladie et/ou la consommation inadéquate de nourriture, lesquelles sont le résultat d'une nourriture, d'une santé ou de soins médiocres aux niveaux du ménage ou de la communauté.

Le but des programmes de prévention est de faire en sorte que les causes de la malnutrition identifiées lors de l'évaluation initiale soient abordées. Il s'agit, entre autres, de veiller à ce que les personnes aient accès, en toute sécurité, à de la nourriture de qualité et en quantité adéquates, et qu'elles soient dotées des moyens de la préparer et de la consommer sans risques, de s'assurer que le cadre de vie des personnes, leur accès aux services de santé (aussi bien préventifs que curatifs), et la qualité de ces derniers réduisent au minimum les risques de décès dû à la maladie, et de veiller à ce qu'il y ait un environnement dans lequel des soins puissent être dispensés aux membres de la population vulnérables sur le plan nutritionnel. Par "soins" on entend l'apport au sein des ménages et des communautés de temps, d'attention et d'un soutien afin de satisfaire les besoins physiques, mentaux et sociaux des membres du ménage. La protection de l'environnement social et des soins est abordée au travers des normes relatives à l'aide alimentaire et à la sécurité alimentaire, tandis que les soins et le soutien nutritionnels pour certains groupes de la population qui peuvent courir des risques plus importants sont abordés dans les normes relatives à la nutrition.

Parmi les programmes qui visent à corriger la malnutrition peuvent figurer des programmes spéciaux d'alimentation, des traitements médicaux et/ou des soins de soutien pour les individus malnutris. Les programmes d'alimentation ne doivent être mis en œuvre que lorsque des études anthropométriques ont été menées ou sont prévues. Ils doivent toujours être complétés par des mesures de prévention.

Les deux premières normes de cette section traitent des questions nutritionnelles liées aux programmes de prévention de la malnutrition et seront utilisées parallèlement aux normes relatives à l'aide alimentaire et à la sécurité alimentaire. Les trois dernières normes concernent les programmes destinés à corriger la malnutrition.

Les interventions visant à prévenir et à corriger la malnutrition requièrent la réalisation des normes minimales figurant dans ce chapitre ainsi que celles d'autres chapitres: services de santé, approvisionnement en eau et assainissement, et abris. Elles supposent aussi que soient atteintes les normes communes figurant dans le chapitre 1. Autrement dit, pour que la nutrition de tous les groupes soit protégée et soutenue, d'une manière qui assure leur survie et maintient leur dignité, il ne suffit pas d'atteindre seulement les normes figurant dans la présente section du manuel.

i) Soutien nutritionnel général

Cette section traite des ressources et des services nutritionnels requis pour satisfaire les besoins de la population en général et de certains groupes spécifiques qui peuvent courir des risques nutritionnels plus importants. À moins que ces besoins ne soient satisfaits, toute intervention destinée à corriger la malnutrition aura vraisemblablement un impact limité, car les personnes qui se rétablissent réintégreront un contexte de soutien nutritionnel inadéquat et leur état est donc susceptible de se détériorer à nouveau.

Lorsque les populations requièrent une aide alimentaire pour satisfaire certains ou la totalité de leurs besoins nutritionnels, la norme 1 relative au soutien nutritionnel général devra être utilisée parallèlement aux normes 1-2 relatives à la planification de l'aide alimentaire, et aux normes 3-4 relatives aux articles non alimentaires. La norme 2 relative au soutien nutritionnel général se concentre sur les groupes à risque. Cependant, les personnes vulnérables face à une catastrophe varient en fonction du contexte, de sorte que les groupes à risque spécifiques devront être identifiés dans chaque situation.

 

Norme 1 relative au soutien nutritionnel général: tous les groupes
Les besoins nutritionnels de la population sont satisfaits.


Indicateurs clés (à lire conjointement avec les notes d'orientation)

  • La population a accès à une variété d'aliments - denrées de base (céréales ou tubercules), légumes secs (ou produits d'origine animale) et sources de matières grasses - qui satisfont les besoins nutritionnels (Cf. note d'orientation 1).

  • La population a accès à des aliments riches en vitamine A et C et en fer, ou à des aliments fortifiés ou encore à des suppléments appropriés (Cf. notes d'orientation 2, 3, 5 et 6).

  • La majorité (>90%) des ménages ont accès à du sel iodé (Cf. notes d'orientation 2, 3 et 6).

  • La population a accès à des sources supplémentaires de niacine (par ex. légumes secs, fruits secs oléagineux, poisson séché) si la denrée de base est le maïs ou le sorgho (Cf. notes d'orientation 2-3).

  • La population a accès à des sources supplémentaires de thiamine (par ex. légumes secs, fruits secs oléagineux, œufs) si la denrée de base est le riz blanc (Cf. notes d'orientation 2-3).

  • La population a accès à des sources adéquates de riboflavine lorsque les personnes dépendent d'un régime alimentaire très limité (Cf. notes d'orientation 2-3).

  • Les niveaux de malnutrition modérée et grave se maintiennent à un seuil acceptable ou diminuent jusqu'à ce qu'ils atteignent un tel seuil (Cf. note d'orientation 4).

  • Il n'y a pas de cas de scorbut, de pellagre, de béribéri ou de carence en riboflavine (Cf. note d'orientation 5).

  • Les taux de xérophtalmie et de troubles liés à la carence en iode ne sont pas assez élevés pour revêtir une importance sur le plan de la santé publique (Cf. note d'orientation 6).

 

Notes d'orientation

1. Besoins nutritionnels: on utilisera les estimations suivantes des besoins pour une population moyenne, en ajustant les chiffres à chaque population de la manière décrite en annexe 7.


- 2.100 kcal par personne et par jour;

- 10-12% de l'énergie totale est fournie par des protéines ;

- 17% de l'énergie totale est fournie par des matières grasses;

- consommation adéquate de micronutriments au travers d'aliments frais ou fortifiés.

Il faut noter qu'il s'agit là des besoins pour l'apport d'une aide alimentaire seulement si la population dépend entièrement de cette aide pour pourvoir à ses besoins nutritionnels. Dans les situations où les personnes peuvent elles-mêmes satisfaire certains de leurs besoins nutritionnels, la prestation d'aide alimentaire sera ajustée en conséquence, sur la base de l'évaluation initiale. Pour la planification des rations alimentaires, Cf. norme 1 relative à la planification de l'aide humanitaire.

2. Prévention des maladies liées aux carences en micronutriments: si ces indicateurs sont atteints, il devrait être possible d'éviter la détérioration du niveau de micronutriments de la population, pourvu que des mesures adéquates de santé publique soient en place pour prévenir des maladies comme la rougeole, le paludisme et les infections parasitaires (Cf. normes relatives à la lutte contre les maladies transmissibles). Parmi les options possibles pour la prévention des carences en micronutriments figurent les mesures de sécurité alimentaire destinées à promouvoir l'accès à des aliments nutritifs (Cf. normes 2-3 relatives à la sécurité alimentaire), l'amélioration de la qualité nutritionnelle de la ration alimentaire en la fortifiant ou en y introduisant des aliments composés ou des denrées achetées au niveau local afin de fournir des nutriments autrement manquants, et/ou des suppléments médicinaux. La perte des micronutriments qui peut survenir durant le transport, l'emmagasinage, le traitement et la cuisson des aliments doit être prise en compte. Exceptionnellement, lorsque des aliments riches en micronutriments sont disponibles au niveau local, on peut envisager d'augmenter la quantité de nourriture dans la ration générale éventuelle afin de permettre davantage d'échanges d'aliments mais, dans ce cas, il faut tenir compte du rapport efficacité/coûts et de l'impact sur les marchés.

3. Suivi de l'accès aux micronutriments: les indicateurs mesurent la qualité du régime alimentaire mais ne quantifient pas les micronutriments disponibles. Pour mesurer la quantité de micronutriments consommés, il faudrait satisfaire des exigences irréalistes de collecte d'informations. Les indicateurs peuvent être mesurés en utilisant des informations émanant de sources diverses et recueillies au moyen de différentes techniques. Il peut s'agir, entre autres, de suivre la nourriture disponible et son utilisation au niveau du ménage, d'évaluer les prix et la disponibilité des aliments sur les marchés, d'évaluer la teneur en micronutriments des aliments distribués, d'examiner les plans et les dossiers relatifs à la distribution d'aide alimentaire, d'évaluer la contribution, s'il y a lieu, des aliments sauvages, et de mener des évaluations initiales de la sécurité alimentaire. L'analyse au niveau des ménages ne déterminera pas l'accès individuel à la nourriture. La répartition des aliments au sein même des ménages ne sera pas toujours équitable, et il est possible que les groupes vulnérables soient tout particulièrement affectés, mais ce n'est pas là un aspect pratique à mesurer. Les mécanismes de distribution (Cf. norme 3 relative à la gestion de l'aide alimentaire), le choix des denrées fournies dans le cadre de l'aide alimentaire et des discussions avec la population affectée sont autant d'aspects qui pourront contribuer à améliorer la répartition des aliments au sein des ménages.

4. Interprétation des niveaux de malnutrition: les tendances de la malnutrition peuvent être indiquées par les dossiers des centres médicaux, les études anthropométriques répétées, la surveillance nutritionnelle, les programmes de dépistage ou les comptes rendus de la communauté. Il peut s'avérer coûteux de mettre sur pied des systèmes permettant de mesurer les taux de malnutrition sur de grandes zones ou de longues périodes, et des connaissances techniques spécialisées sont nécessaires. Le coût relatif d'un système de ce type devra être jugé par rapport à l'échelle des ressources disponibles. Une combinaison de systèmes d'information complémentaires, par exemple la surveillance et des études intermittentes, peut constituer l'utilisation la plus efficace des ressources. Dans la mesure du possible, les institutions locales et les communautés devront participer aux activités de suivi, à l'interprétation des résultats et à la planification de toute intervention éventuelle. Pour déterminer si les niveaux de malnutrition sont acceptables, il faut analyser la situation à la lumière de la population de référence, des taux de morbidité et de mortalité (Cf. norme 1 relative aux systèmes et aux infrastructures de santé, note d'orientation 3), des fluctuations saisonnières, des niveaux pré-urgence de malnutrition et des causes sous-jacentes de la malnutrition.

5. Carences épidémiques en micronutriments: on a mis en relief quatre carences en micronutriments - scorbut (vitamine C), pellagre (niacine), béribéri (thiamine) et riboflavine - car elles sont les carences les plus fréquemment observées suite à un accès insuffisant aux micronutriments dans les populations dépendantes de l'aide alimentaire, et parce qu'elles sont en général évitables dans les situations de catastrophe. Si des individus souffrant de l'une quelconque de ces carences se présentent à un centre médicosocial, par exemple, il est probable que leur état sera dû à un accès limité à certains types d'aliments et probablement indicatif d'un problème s'étendant à toute la population. C'est pourquoi les carences devraient être abordées au moyen d'interventions destinées à toute la population, ainsi qu'au travers d'un traitement individuel (Cf. norme 3 relative à la correction de la malnutrition). Dans tout contexte, lorsqu'il y a des preuves claires que ces carences en micronut