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Institutionnalisation de Sphère...Un formidable
début, les prochaines étapes
Leçons tirées
de la mise en oeuvre de Sphère de 2000 à 2002
Date du rapport:
septembre 2002
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TABLE DES MATIERES
Note du Comité
de gestion de Sphère
Résumé analytique
1. Expériences
pilotes en matière d'application de Sphère
1.1 Qui sont les
agences pilotes?
1.2 Sensibilisation
du personnel et compréhension de Sphère
Est-ce que le personnel pilote de terrain est
conscient de l'existence de Sphère?
Est-ce que le personnel comprend bien la Charte humanitaire et les
normes minimales?
1.3 Institutionnalisation
au sein des agences pilotes
Politiques et procédures d'intervention
en cas de catastrophes
Politiques et procédures en matière de ressources humaines
1.4 Mise
en application de Sphère
Le cycle de projet
Préparation aux catastrophes
Participation des populations sinistrées
Coordination inter-agences
Les activités de plaidoyer
Politiques et procédures gouvernementales dans les pays sinistrés
1.5 Attitudes
à l'égard du Projet Sphère
Points de vue exprimés au sujet du Projet
Sphère
Points de vue sur la manière dont Sphère a permis d'améliorer
l'efficacité et la redevabilité
Points de vue concernant le manuel Sphère
1.6 Facteurs qui contribuent
à l'application de Sphère sur le terrain
2. Formation
2.1 Quel a été
le niveau d'efficacité de la formation Sphère?
2.2 Dans quelle
mesure les agences pilotes ont-elles participé à la formation?
2.3 Leçons
en matière de mise en oeuvre des ateliers inter-agences
Sélection des participants
Ateliers de travail inter-agences
Facteurs qui influencent la formation
2.4 Leçons
en matière de mise en oeuvre des ateliers de formation des formateurs
Sélection des participants
Contenu
Suivi
2.5 Leçons
en matière de création d'outils de formation
3. Expérience
en matière de la vulgarisation de Sphère
3.1 Quelles institutions
des Nations Unies utilisent Sphère et pourquoi?
3.2 Quels
établissements universitaires utilisent Sphère et pourquoi?
3.3 Quelle est l'efficacité
du site internet en matière de diffusion d'information?
3.4 Quelle est
l'efficacité de la vidéo de présentation?
3.5 La traduction
des documents Sphère
4. Problèmes
et dilemmes en matière de mise en uvre de Sphère
4.1 Sphère
: indicateurs de développement
4.2 Pauvreté
généralisée et tensions entre populations résidantes
et populations sinistrées
4.3 Coutumes locales
4.4 Ciblage par
le manuel des populations vivant dans des camps
4.5 Adaptation
des indicateurs
4.6 Déplacement
à court-terme
4.7 Normes ou
principes directeurs?
4.8 Accès
4.9 Ressources
4.10 Autres acteurs
- le rôle du secteur militaire et du secteur privé dans
l'intervention en cas de catastrophe
4.11 Soutien
des bailleurs de fonds
5. Orientations futures
Annexes
1: Indicateurs
d'institutionnalisation
2: Indicateurs
de coordination inter-agences
3: Activités
des agences pilotes visant à mettre en oeuvre Sphère 2000-2002
4: Remerciements
Note du Comité de gestion
de Sphère aux agences pilotes Sphère: juin 2002
Chers collègues des Agences pilotes Sphère:
Permettez-moi, au nom du Comité de gestion, de
vous remercier d'avoir pris le temps de participer au précieux
échange qui a eu lieu au cours de notre réunion commune
au mois de mai 2002 à Genève. Chaque membre du Comité
de gestion a apprécié la possibilité qui nous a été
offerte d'en savoir davantage au sujet de l'énergie créatrice
et des formidables idées qui ont émergé au cours
de ces efforts véritablement pionniers et collectifs qui ont été
consacrés à faire en sorte que Sphère soit un atout
pour notre communauté toute entière. Ce fut un plaisir de
rencontrer chacun d'entre vous - et ce fut très encourageant de
connaître toutes les manières innovatrices et utiles dont
Sphère a pris forme dans nos nombreux pays et agences.
Le document "Les enseignements tirés",
qui a saisi les leçons et les idées de l'expérience
des agences pilotes, sera examiné plus en profondeur par le Comité
de gestion et bien d'autres acteurs dans les mois à venir. Nous
attendons avec impatience un dialogue continu sur les nombreuses questions
d'importance qui ont été mentionnées dans ce document
ainsi que lors des réunions à Genève.
La réunion de Genève a toutefois mis en
lumière, plus que toute autre chose, la conviction selon laquelle
l'avenir de Sphère est entre les mains des nombreux membres de
notre communauté qui se servent de Sphère dans leur travail.
Votre énergie et vos idées auront sans aucun doute une influence
sur l'avenir de Sphère, tout comme l'ont montré les initiatives
lancées lors de la réunion de Genève. En fin de compte,
la veritable valeur de Sphère est sa capacité de mobiliser
notre puissante force collective afin de travailler avec plus d'efficacité
et de redevabilité.
Le dialogue à Genève est le prolongement-même
des discussions qui étaient à la base de Sphère et
qui devront se poursuivre, avec une participation vaste et diverse, tandis
que nous restons tous conscients des méthodes permettant d'y arriver
de manière réussie et inclusive.
Permettez-moi de féliciter chacun d'entre vous
pour les nombreuses réalisations auprès des différentes
agences et pays representés lors de la réunion des Agences
pilotes. Je vous remercie de la discussion riche et réfléchie,
et nous nous réjouissons d'un dialogue continu.
Au nom du Comité de gestion,
Meilleures salutations,
Nancy Lindborg, Présidente
RESUME ANALYTIQUE
La Charte humanitaire de Sphère ainsi que les
normes minimales ont été mises au banc d'essai depuis plus
de deux ans dans vingt organisations à l'échelle mondiale.
Le moment est donc venu de réflechir aux progrès realisés
et de faire le point, afin de poser les jalons de l'institutionnalisation
de Sphère à l'avenir.
L'objectif de ce document est de représenter
les expériences et perceptions des acteurs-clé dans le processus
Sphère: agences pilotes au siège et sur le terrain, équipe
Sphère et formateurs Sphère, ainsi que le Comité
de gestion.
Les résultats présentés ici sont
basés sur une série de visites de 102 bureaux locaux d'agences
pilotes en Amérique centrale, en Afrique de l'est et en Asie du
sud à la fin de l'année 2001, ainsi que sur les points de
vue des participants qui ont assisté aux ateliers de formation
Sphère au cours des deux dernières années.
Les prochaines étapes consistent principalement
en des propositions et des décisions présentées par
les représentants des agences pilotes au cours d'une réunion
qui s'est tenue à Genève en mai 2002, visant à évaluer
le processus pilote.
RESUME DES ENSEIGNEMENTS TIRES
Sensibilisation à Sphère
Il existe des preuves d'une sensibilisation croissante des acteurs humanitaires
à l'égard de la Charte humanitaire et des normes minimales
- en un mot, à l'égard de Sphère. Ces acteurs humanitaires
se trouvent à tous les niveaux: agences pilotes, la communauté
des ONG, les institutions des Nations Unies et, sur le plan national,
les départements gouvernementaux de gestion de catastrophes.
Sphère est progressivement incorporé dans
les politiques et les procédures d'intervention en cas de catastrophes
dans les agences. Dans certains pays, les gouvernements nationaux ont
décidé d'incorporer certains principes et certaines normes
minimales de la Charte humanitaire dans les politiques nationales et même
dans la législation.
Ecart entre sensibilisation et mise en oeuvre
Bien que Sphère ait été incorporé dans de
nombreuses procédures d'agences pilotes, la Charte humanitaire
et les normes minimales ne sont pas encore appliquées de manière
systématique par toutes les agences sur le terrain. Si de nombreux
exemples de bonnes pratiques figurent dans ce document, il existe néanmoins
un écart entre sensibilisation et mise en uvre.
Mise en oeuvre de Sphère
Les éléments ci-dessous semblent avoir eu une influence
importante dans l'application efficace de Sphère dans les interventions
lors de catastrophes:
- Direction
au niveau national
- Investissement
considérable dans une formation bien organisée du personnel
avant les catastrophes, c'est-à-dire dans le contexte de la préparation
aux catastrophes
- Compétences,
engagement et expérience en matière de promotion de la
participation de la population sinistrée aux programmes
- Compétences
dans la gestion du cycle de projet
- Engagement
de toutes les agences vis-à-vis de Sphère
La promotion de la mise en oeuvre dépend
fortement de la reproduction et la systématisation de ces éléments
et d'autres.
Est-ce-que Sphère a amélioré
la qualité et la redevabilité?
Les agences pilotes ont déclaré que
l'application de Sphère a fortement amélioré la qualité
et la redevabilité dans l'intervention lors de catastrophes, notamment
grâce aux moyens suivants:
- Les listes de contrôle Sphère sont des
points de référence permettant de garantir une réponse
systématique plutôt qu' "au hasard".
- Le partage de Sphère par les agences peut
permettre de garantir une approche uniforme, l'égalité
dans l'approvisionnement et une coordination plus efficace pendant l'intervention
lors de catastrophes.
- Sphère présente les compétences
requises pour assurer une intervention professionnelle lors de catastrophes.
- La participation de la population sinistrée,
principe fondamental de Sphère, garantit une redevabilité
plus importante vis-à-vis de la population.
Formation Sphère
La formation de Sphère a été
très bien reçue et de nombreuses activités de formation
Sphère ont lieu à l'échelle internationale. C'est
là une preuve indéniable de la demande croissante en matière
de formation Sphère et de l'influence positive du programme Formation
de formateurs. Les enseignements tirés du processus sont documentés
et sont en train d'être incorporées dans la future approche
pédagogique de Sphère ; à savoir, en particulier
:
- La formation ne peut être efficace que si la
sélection des participants est ciblée.
- La formation doit refléter les pratiques permettant
de promouvoir la mise en uvre, telle que l'approche "école
de terrain", ainsi que d'autres activités pratiques.
- L'efficacité des formateurs atteint son plus
haut niveau lorsque ces derniers peuvent utiliser leur propre style
et leurs propres mots. La nouvelle version des outils pédagogiques
de Sphère encourage les formateurs à adapter les outils
à leur public et au contexte.
Vulgarisation de Sphère
Des investissements importants ont été
faits afin d'assurer la diffusion de Sphère auprès des institutions
des Nations Unies, des institutions universitaires et autres acteurs humanitaires.
L'identification de synergies avec la Charte humanitaire et les normes
minimales sont des éléments-clé qui contribuent à
l'engagement des organismes vis-à-vis de Sphère. En ce qui
concerne le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA), Sphère
a servi à mobiliser les organismes dans le but d'élaborer
la stratégie humanitaire au cours du Processus d'Appels consolidés,
tandis que le cadre de droits de l'homme s'est avéré être
important pour UNICEF. Sphère a été incorporé
dans les cursus de nombreux programmes de formation en gestion de catastrophes
à l'échelle mondiale.
Traductions de Sphère
Un des problèmes concernant la vulgarisation
de Sphère est la langue. Le Projet Sphère est multilingue
(anglais, français et espagnol), et le manuel est disponible en
six langues grâce aux traductions " officielles " et dans
douze langues supplémentaires grâce à des traductions
spontanées. La mise à jour de toutes les versions au fur
et à mesure que le manuel et les supports pédagogiques sont
révisés représente un défi considérable
qui nécessiterait un financement beaucoup plus important que ce
qui est disponible à l'heure actuelle.
RESUME DES PROCHAINES ETAPES
(cliquez ici pour la version complète)
Développer une stratégie qui vise l'institutionnalisation
continue de Sphère
Lors de la réunion du mois de mai 2002, les représentants
des agences pilotes ont fait remarquer que le programme pilote a beaucoup
progressé vers la réalisation des buts originaux de formation
organisationnelle fondée sur l'expérience de la mise en
uvre de Sphère. Toutefois, le programme pilote ne devait
toujours être que temporaire, et il a été décidé
que le moment était venu de modifier l'approche et de se mettre
à la recherche de nouvelles méthodes permettant l'institutionnalisation
de Sphère.
Les représentants des agences pilotes ont
présenté de nombreuses propositions concernant les orientations
futures de l'institutionnalisation de Sphère et ont invité
le Comité de gestion à rassembler ces propositions ainsi
que d'autres dans une stratégie et un plan élargis.
Les propositions devant être prises en compte
dans le plan sont:
- Une plus grande importance accordée à
la constitution de réseaux au sein de Sphère et une mise
en oeuvre par plusieurs agences ensemble sur le plan local
- Des stratégies de formation décentralisées
conçues sur le plan régional ou local et (idéalement)
dans toutes les agences
- Une approche en matière de formation qui vise
la promotion de la formation grâce à des événements/études
de cas et d'autres exemples de mise en oeuvre
Les agences pilotes souhaitant promouvoir des efforts
communs plus soutenus en matière d'institutionnalisation sur le
plan national ont, quant à elles, élaboré une proposition
visant à promouvoir Sphère au niveau local en Afghanistan.
Indicateurs en matière d'institutionnalisation
de Sphère
Dans le cadre de l'identification de facteurs qui créent le contexte
approprié à l'institutionnalisation de Sphère, les
agences pilotes ont identifié des indicateurs pour l'application
de Sphère par une seule agence et par plusieurs agences (annexes
1 et 2). Ces indicateurs peuvent
être utilisés comme fondement lors de la mise en uvre
de Sphère au sein d'organismes humanitaires et entre organismes
humanitaires.
Renforcement du sens d'appartenance
à Sphère
Les représentants des agences pilotes ont recommandé que
le sens d'appartenance à Sphère soit renforcé grâce
à: la promotion des échanges concernant Sphère entre
organismes du sud, l'élargissement de la constitution de réseaux
sur le plan national et la promotion de l'idée selon laquelle un
Secrétariat Sphère jouerait le rôle de facilitateur
plutôt que celui de mise en uvre.
1: EXPERIENCES PILOTES EN MATIERE
D'APPLICATION DE SPHÈRE
1.1 Qui sont les agences pilotes?
Les vingt agences pilotes comprennent de très grandes organisations
internationales et institutions nationales, aussi bien religieuses que
laïques, et ont une présence géographique élargie.
Ces agences sont:
| En Afrique |
En Australie |
En Amérique
Centrale
|
|
Action Humanitaire en Afrique (AHA)
Okutiuka (Angola)
Conseil national des églises du Burundi (CNEB), avec Christian
Aid
|
Conseil australien pour l'assistance outre-mer |
Conseil chrétienne pour le développement
(CCD) |
| En Europe |
En Asie |
Aux Etats-Unis
|
Cordaid (Pays-Bas)
Oxfam-GB
Save the Children UK |
Institut d'atténuation des catastrophes (DMI)
Caritas Inde
Sarvodaya
Consortium d'agences humanitaires (CHA) |
Agence de développement/secours adventiste (ADRA)
CARE
Services de secours catholiques (CRS)
Comité de secours international (IRC)
Mercy Corps |
| Fédérations / Partenariats
internationaux |
|
|
Vision Mondiale
Fédération internationale des Sociétés
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
Fédération luthérienne mondiale /ACT |
|
La plupart des agences pilotes appliquent Sphère
à titre d'expérience depuis le début de l'an 2000,
et renvoient des rapports à l'équipe Sphère.
1.2: Sensibilisation
du personnel et compréhension de Sphère
Est-ce-que le personnel pilote de terrain est conscient
de l'existence de Sphère?
Les visites effectuées auprès d'agences pilotes ont montré
une sensibilisation croissante vis-à-vis de Sphère. Dans
quelques 90% des bureaux visités, au moins un membre de l'équipe
(et en règle générale plus d'un) connaissait Sphère,
et la plupart des bureaux disposaient d'au moins un exemplaire du manuel.
La grande majorité avait entendu parler de Sphère grâce
à la communication interne ou à la formation, ce qui laisse
entendre que les agences pilotes ont fourni des efforts concertés
afin de communiquer toute information concernant Sphère aux personnes
sur le plan local. Les ONG nationales avaient en général
entendu parler de Sphère bien après
les organismes internationaux.
Ce n'est pas seulement la communication 'verticale'
provenant des sièges qui a permis aux organismes de faire connaissance
de Sphère, mais aussi les catastrophes dans certaines régions
du monde en 2000/2001. Ainsi, certains fonctionnaires d'ONG ont pris connaissance
de Sphère à la suite du tremblement de terre à Gujarat
: les organisations parlaient de Sphère pendant les réunions
et leurs propres organismes encourageaient une planification dans le cadre
de Sphère.
Certaines agences pilotes ont fait allusion à
l'ampleur de la tâche de diffusion de Sphère auprès
d'un grand nombre d'agences partenaires. 1
Chose intéressante, selon les agences pilotes,
les agences non-pilotes connaissent parfois mieux Sphère que les
organisations pilotes elles-mêmes.
Est-ce-que le personnel comprend
bien la Charte humanitaire et les normes minimales?
Bien que les membres du personnel interrogés aient, dans leur grande
majorité, une idée assez claire de la raison d'être
de la Charte humanitaire et des normes minimales, seul un pourcentage
limité les a appliquées dans la pratique, ce qui laisse
entendre que le personnel doit davantage apprendre en matière de
la pertinence et de l'application de la Charte humanitaire et des normes
minimales.
1.3: Institutionnalisation au sein
des agences pilotes
Politiques et procédures d'intervention lors
de catastrophes
Au cours des deux dernières années, la plupart des agences
pilotes ont incorporé Sphère dans les politiques et procédures
d'intervention lors de catastrophes 2. La plupart des
organismes ont informé les entités sur le terrain de ces
politiques et procédures: 70% des bureaux locaux interrogés
entre septembre et novembre 2001 savaient que Sphère faisait partie
des politiques et/ou procédures de leurs organismes en matière
d'intervention lors de catastrophes.
Politiques et procédures en matière
de ressources humaines
Certaines agences pilotes ont inclus Sphère dans des entretiens
de sélection de personnel, des procédures d'orientation
et des systèmes de gestion de performance, bien que cela ne soit
pas encore significatif sur le plan local : moins de 25% des bureaux se
souvenaient que Sphère avait été mentionné
au cours d'entretiens ou de procédures d'orientation.
1.4: Application de Sphère
Le cycle de projet
Tandis que Sphère est de plus en plus connu et incorporé
dans les politiques/procédures des organismes, l'application pratique
dans le cadre du cycle de projet est toujours relativement limitée.
Les résultats d'enquêtes menées au cours de visites
sur le terrain (Encadré No. 1) montrent que Sphère est appliqué
de manière plus étendue dans le cadre de la planification
et des propositions de projets que dans le cadre d'évaluations
et de suivi, mais que l'application dans son ensemble est encore limitée.
|
Encadré No. 1: Sphère et le cycle
de projet
Sur les 102 bureaux visités:
37 avaient utilisé Sphère dans des
évaluations initiales
54 avaient utilisé Sphère dans des propositions de
projets
27 avaient utilisé Sphère dans le suivi de projets
24 avaient utilisé Sphère dans des évaluations
|
Les principales raisons dans les évaluations
qui expliquent l'application limitée de Sphère sont: i)
les pressions ressenties pour intervenir rapidement
à la suite d'une catastrophe et ii) peu de compétences dans
la gestion du cycle de projet.
En ce qui concerne les pressions temporelles en matière
d'intervention lors de catastrophes, la plupart des agences pilotes acceptent
le fait que l'évaluation devrait etre itérative, permettant
ainsi de rassembler et de réviser les informations de situation
au fil du temps. C'est pourquoi les représentants des agences pilotes
considèrent que le manque de temps n'est pas une justification
acceptable et que Sphère devrait servir à l'analyse d'informations
provenant des évaluations, même si ce n'est pas le cas dans
un premier temps. Le renforcement des compétences lors de la gestion
du cycle de projet devrait permettre de renforcer l'utilisation de Sphère
dans les évaluations.
Parfois ce sont les agences et parfois ce sont les bailleurs
de fonds qui exigent que Sphère soit cité dans les propositions
de projets, ce qui explique l'utilisation plus fréquente dans cette
phase.
Quant à l'utilisation de Sphère dans la
phase de suivi, les agences pilotes savent que le suivi en tant que tel
est, en général, défaillant. De simples outils de
suivi supplémentaires dans le manuel Sphère permettraient
de renforcer la capacité de suivi. L'inclusion, dans la version
révisée, d'indicateurs pertinents sur la participation,
encouragerait une participation plus efficace de la population à
tous les étapes du cycle de projet. Les prochaines mesures à
prendre pour améliorer le suivi dans l'intérêt des
bailleurs de fonds doivent comprendre deux aspects : i) l'inclusion d'un
budget dans les propositions de projets afin de couvrir les frais de contrôle,
ii) un changement de paradigme permettant de ne plus considérer
le suivi comme étant principalement un exercice d'extraction visant
à fournir des informations aux bailleurs de fonds, mais plutôt
comme une relation de partenariat avec les bailleurs de fonds, relation
dans laquelle le suivi est une activité commune permettant d'analyser
et de réviser le progrès.
Afin d'assurer l'examen de Sphère lors de l'évaluation,
les agences pilotes proposent que les équipes d'évaluation
comprennent toujours des employés ayant reçu une formation
en Sphère, et que Sphère soit mentionné dans les
mandats.
Si Sphère n'est pas encore appliqué de
manière systématique dans le cycle de projet en matière
d'intervention lors de catastrophes, de nombreux exemples montrent néanmoins
la manière dont Sphère a été utilisé
dans le cycle de projet par les agences pilotes.
Des exemples d'applications dans le cadre du cycle de
projet figurent dans l'Encadré No. 2, reflétant aussi bien
les réalisations que les difficultés rencontrées.
Grâce à ces expériences, les agences pilotes sont
arrivées à des conclusions utiles sur les problèmes
et les dilemmes, et ont pu se faire une idée de la raison pour
laquelle Sphère est si important, et la manière dont il
peut améliorer la qualité et la redevabilité.
Encadré No. 2: Exemples de
Sphère dans l'intervention lors de catastrophes
Évaluations initiales
- Au Sri Lanka, la Fédération internationale
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ainsi que la Société
nationale de la Croix-Rouge ont entrepris une enquête sur
la vulnérabilité (santé, eau et nutrition)
d'une population touchée par la sècheresse. L'enquête
a montré que la population ne pouvait subvenir qu'à
la moitié des besoins en calories nécessaires selon
Sphère. Cette information a été annoncée
à grand renfort de publicité afin de garantir que
la population comprenait les critères appliqués
en matière de distribution de vivres.
- Le CRS a utilisé Sphère dans
une évaluation initiale de la population dans les camps
au sud du Soudan, et en a conclu que seul un personnel technique
fiable pouvait garantir l'efficacité d'une évaluation
initiale/plan de projet par secteur.
- La Croix-Rouge au Rwanda a utilisé Sphère
pour concevoir un outil d'évaluation initiale au Kinyarwanda
lors d'une évaluation initiale d'une population touchée
par une inondation. Des volontaires de la Croix-Rouge ont effectué
l'évaluation initiale en utilisant l'outil, et l'expérience
a été couronné de succès.
Planification et mise en uvre de projets
- Caritas Rwanda a utilisé Sphère
pour calculer les rations alimentaires des personnes incarcérées
et des victimes du VIH/SIDA.
- Au Sri Lanka, Oxfam a uvré méthodiquement
afin de garantir que les camps de personnes déplacées
évoluent de 40% des indicateurs de Sphère à
80%. L'équipe a découvert que les normes, une fois
atteintes, ne peuvent etre maintenues qu'à condition que
la population toute entière y participe.
- CARE au Gujarat, Inde, a utilisé Sphère
lors de la planification des besoins en abris. Sphère s'est
avéré, en général, utile. Toutefois,
des doutes ont été exprimés quant à
la taille et à la finesse des tentes.
Suivi
- AHA a utilisé Sphère pour contrôler
l'assainissement et les conditions de santé dans les camps
de réfugiés au Rwanda et a découvert que
certains indicateurs étaient plus élevés
et d'autres moins élevés que les conditions générales.
Sphère a permis de mettre en lumière les domaines
qui doivent etre améliorés.
- Dans les camps de réfugiés au
Pakistan et dans les camps de personnes déplacées
au Burundi, l'IRC a analysé les conditions d'assainissement
en les comparant aux indicateurs de Sphère et a ainsi pu
élaborer un plan détaillé pour l'amélioration
des conditions.
Évaluation
- Le Comité des urgences en cas
de catastrophes (DEC) a utilisé Sphère lors de son
évaluation de l'intervention lors du tremblement de terre
de Gujarat, grâce à des organismes financés
par le Comité. L'équipe s'est rendue compte que
si les informations n'ont pas été rassemblées
de manière continue au cours de la phase de suivi, il est
très difficile d'utiliser Sphère dans ce contexte
à un stade ultérieur.
|
Plusieurs agences pilotes ont évoqué des difficultés
spécifiques dans le cadre du suivi de projets relatifs à
l'intervention lors de catastrophes.
Préparation aux catastrophes
Sphère peut être utilisé de
trois manières différentes dans le cadre de la préparation
aux catastrophes:
i) pour former le personnel dans l'utilisation des
normes et des indicateurs dans l'intervention en cas de catastrophe,
ainsi que dans l'utilisation des principes humanitaires comme fondement
lors d'interventions
ii) en tant qu'outil pour la logistique et le pré-positionnement
iii) en tant que cadre d'analyse, en coopération avec le gouvernement,
pour connaître les politiques, les systèmes, les procédures
et la formation qui devraient être en place pour intervenir de
manière efficace en cas de catastrophe
|
Encadré No.
3 : Exemples d'application pilote de Sphère dans la préparation
aux catastrophes
Formation
Save the Children dresse systematiquement
des plans de préparation aux catastrophes sur le plan national/régional,
dans le but d'améliorer la qualité, la rapidité
et l'efficacité de l'intervention lors de catastrophes. Dans
la plupart des plans, une formation Sphère est prévue.
A El Salvador, la FLM a formé le personnel
pendant plus d'un an dans les matières suivantes: Sphère,
le Code de conduite et la gestion de risques au niveau communautaire.
Un cours de perfectionnement a été organisé
le lendemain du tremblement de terre qui a frappé El Salvador
en 2001. L'intervention a été encadrée par
Sphère et était fondée sur les principes humanitaires.
En Amérique centrale, Vision Mondiale et
la CCD ont l'intention de donner à des dirigeants locaux
une formation en matière de Sphère, projet qui fera
partie de la gestion communautaire du risque.
Planification de la logistique et
du pré-positionnement
Le CRS et Vision Mondiale se servent de Sphère
afin de standardiser l'approvisionnement en cas d'urgence et la
planification logistique.
En coopération avec les agences
gouvernementales en matière de préparation aux catastrophes
Au Pérou, l'ADRA a systématiquement
analysé Sphère, en coopération avec plusieurs
ministères, dans le cadre de codes et de procédures
nationaux. Cette analyse a débouché, entre autres,
sur un projet de formation de promoteurs de la santé.
|
De toutes les régions que l'équipe Sphère
a visitées, l'Amérique centrale est la region la plus active
en matière de préparation aux catastrophes et leur atténuation,
à cause de l'Ouragan Mitch. De nombreux projets d'ONG se concentrent
sur la gestion de risques au niveau communautaire ou local, y compris
l'analyse de risques, des projets visant à atténuer l'effet
des catastrophes et la planification de la préparation
communautaire aux catastrophes.
Certaines agences étudient l'éventuelle
incorporation de Sphère dans ce processus en oeuvrant avec les
communautés afin de mettre au point les indicateurs qu'ils souhaiteraient
atteindre en cas de catastrophe, en se servant de Sphère comme
point de référence. A El Salvador, Vision Mondiale assure la
formation d'un nombre important de dirigeants communautaires en gestion
de risques, et a l'intention de faire participer Sphère à
cette formation.
Les représentants d'agences pilotes considèrent
qu'il reste encore beaucoup à faire à travers le monde avant
de pouvoir garantir une interprétation commune des différents
termes utilisés dans le cadre de la préparation aux catastrophes.
Il importe également d'effectuer une analyse plus poussée
du rôle de Sphère en matière de preparation aux catastrophes.
Un exemple qui a été considéré comme étant
particulièrement utile est celui qui consiste en une formation
en préparation aux catastrophes sur une longue période,
suivie d'un bref cours de perfectionnement lorsqu'une catastrophe survient.
3
Participation des populations sinistrées
Sphère semble être de plus en plus utilisé dans le
cadre de programmes d'intervention lors de catastrophes qui ont une approche
participative. Les agences qui ont une expérience préalable
en matière de méthodologies de participation peuvent comprendre
combien il est utile de partager Sphère avec les communautés.
Les agences qui ont une longue expérience
en matière de methodologies de participation ont pu partager les
normes et les indicateurs avec les communautés et ont pu négocier
l'intervention lors de catastrophes ou les objectifs en matière
de réinsertion en fonction des indicateurs. La communauté
et l'agence se sont partagé la responsabilité d'atteindre
les objectifs.
Certaines agences étudient la pertinence
de Sphère en tant qu'indicateurs de développement à
long terme, ce qui viendrait s'ajouter au rôle qu'il joue dans l'intervention
lors de catastrophes.
Les représentants ont considéré
que ces exemples étaient importants surtout dans le contexte de
la redevabilité vis-à-vis de la population sinistrée.
Une préparation plus active et la distribution d'exemples d'études
de cas de participation faciliteraient les expériences de ce type.
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Encadré No. 4 : Sphère
dans la promotion de la participation des populations sinistrées
A la suite du tremblement de terre à El
Salvador, la FLM a coopéré avec la communauté
locale afin d'évaluer, concevoir et gérer un programme
d'intervention en cas de catastrophe portant sur les abris, l'eau
et l'assainissement. La FLM a partagé les indicateurs Sphère
avec la communauté, étant donné qu'ils étaient
utiles dans le cadre des travaux de réinsertion. Les objectifs
étaient fixés en fonction des indicateurs et en conformité
avec les ressources disponibles.
Caritas (SEDEC) au Sri Lanka a partagé
les normes/indicateurs avec la population, à commencer par
la simple question de savoir "
que se passerait-il si
nous n'avons pas suffisamment de latrines (savon, eau, etc.) à
disposition? ". La population a pu ainsi discuter de l'utilité
des normes et réfléchir aux indicateurs Sphère
en fonction de leurs propres vies et conditions de vie.
Dans le cadre des programmes de développement
à long-terme, Vision Mondiale encourage les communautés
à mettre au point leurs propres indicateurs de progrès
à moyen et à long-terme. En Amérique centrale
et en Inde, Vision Mondiale étudie la possibilité de
partager Sphère avec les communautés comme point de
référence.
|
Coordination inter-agences
Les agences pilotes dans la plupart des pays ont reconnu qu'il y a peu
de coordination inter-agences en matière d'aide humanitaire. Dans
certains pays, les agences ont vu que Sphère a le potentiel de
renforcer la coordination et une approche commune en ce qui concerne les
catastrophes, bien que cela ne se soit pas produit dans la plupart des
contextes nationaux.
Bien qu'il y ait eu une coordination limitée
en matière d'intervention lors de catastrophes qui utilise Sphère,
il y a de nombreux exemples de travaux communs entre agences en utilisant
Sphère. Les modèles sont au nombre de trois:
- Intégration de Sphère, en tant qu'outil
de qualité et de redevabilité, dans une ONG-cadre existante
ou un organe de coordination et promotion de l'application de Sphère
par les membres, par ex. le CHA au Sri Lanka et l'ACFOA en Australie.
- Création de nouveaux groupes inter-agences
(pilotes) visant à promouvoir Sphère comme décidé
au Honduras, au Kenya et en Inde. Il est encore difficile de savoir
si ces initiatives ont connu une suite.
- Travail inter-agences planifié dans le contexte
de l'intervention lors de catastrophes qui ne sera probablement pas
continu, et qui n'a pas de structure séparée, par ex.
évaluation initiales communs qui utilisent Sphère dans
les camps de réfugiés au Pakistan, et tentative de travail
en commun à Orissa.
|
Encadré No. 5: Sphère
dans la création d'une approche commune entre agences et
coordination
- En 2001, le CHA au
Sri Lanka a créé un groupe de travail Sphère.
Ce dernier a mis au point une " boite à outils Sphère
", qui comprend une vidéocassette Sphère sri
lankaise et deux versions différentes d'un manuel abrégé,
une pour les non-spécialistes et l'autre pour les praticiens.
Les deux manuels sont en train d'être traduits vers le tamil
et le sinhala. Le CHA prépare actuellement un vaste programme
de sensibilisation et de formation en coopération avec
les agences gouvernementales et les ONG.
- Au Honduras, les agences pilotes et autres
entités qui avaient participé à l'atelier
inter-agences se sont retrouvées et ont créé
des sous-groupes dont l'objectif est de coordonner la formation
en planification, la distribution de manuels et la portée
de Sphère auprès des gouvernements, des Nations
Unies et des bailleurs de fonds.
- Sphère a été utilisé
comme "cri de ralliement" pour la qualité par
quelques 50 ONG qui ont participé à la première
réunion de planification de l'intervention lors de catastrophes,
organisée à la suite de l'inondation à Orissa,
en Inde, en 2001. Après le premier élan d'enthousiasme,
toutefois, Sphère n'a plus été évoqué
dans les réunions ultérieures de planification.
|
L'Encadré No. 5 comprend des exemples des
trois modèles de coopération en matière de Sphère,
dont les plus durables semblent être ceux qui font partie d'un organe-cadre
existant.
Lors des déliberations concernant la coordination,
les agences pilotes ont décidé que les éléments
suivants sont tous à même de renforcer la coordination: des
évaluations initiales communes qui utilisent Sphère, une
agence principale nommée qui soutient Sphère, et une coopération
avec OCHA (étant donné que OCHA se sert de Sphère
dans le Processus d'appel consolidé et dans le cadre de certains
évaluations initiales de pays). Toutefois, une perception informelle
de la constitution de réseaux par le biais de Sphère est
tout aussi importante, si ce n'est plus importante encore. L'on estime
que la constitution de réseaux inter-agences est une des futures
étapes les plus importantes de la promotion de Sphère sur
le plan national.
Les activités de plaidoyer
Les activités de plaidoyer utilisant Sphère connaissent
différents taux de réussite, mais peuvent jouer un rôle
important dans la sensibilisation aux droits des populations sinistrées
chez les fonctionnaires du gouvernement et les bailleurs de fonds.
Pour de nombreuses personnes, le concept d'une vie dans
la dignité est le principe le plus important dans les activités
de plaidoyer. Les agences pilotes disent que l'utilisation de Sphère
comme fondement pour toute activité de plaidoyer ne leur pose aucun
problème, étant donné la légitimité
qu'il s'est octroyée avec la consultation, le consensus et son
utilisation élargis.
|
Encadré No. 6: Sphère
et les activités de plaidoyer en faveur des droits des populations
sinistrées
- Lors du tremblement de terre à Gujarat,
Vision Mondiale a utilisé des indicateurs Sphère plutôt
que les rations standards du gouvernement pour déterminer
les rations de riz. L'équipe était de l'avis que
l'indicateur Sphère était utile pour advocacy auprès
des bailleurs de fonds en faveur d'une ration plus élevée.
- Okutiuka en Angola a utilisé Sphère
et la législation nationale pour les personnes déplacées
(utilisation de Sphère et des principes " Deng ")
pour attirer l'attention sur les droits des personnes déplacées.
Il semblerait toutefois qu'à l'heure actuelle ces droits
soient davantage protégés en théorie que
dans la pratique.
|
Il est ressorti des déliberations sur l'application
de Sphère dans le lobbying et les activités de plaidoyer
que les ONG nationales ont une plus grande influence s'ils effectuent
le lobbying sur le plan local, tandis que le lobbying des ONG internationales
est plus efficace s'il est effectué sur les plans national et international.
Afin de soutenir les efforts de lobbying, il pourrait
être utile de partager Sphère avec des journalistes locaux
afin que les conditions dans lesquelles vivent les populations sinistrées
puissent etre examinées en gardant les normes à l'esprit.
Politiques et procédures
gouvernementales dans les pays sinistrés
Le personnel des agences pilotes dans plusieurs pays 4
a déclaré qu'il est indispensable que les ONG partagent
Sphère avec les agences gouvernementales afin de mettre en place
un cadre de politiques favorisant la mise en uvre. Les gouvernements
ont aussi déclaré qu'il leur serait intéressant d'utiliser
le manuel Sphère comme base d'information dans le cadre de l'évolution
des politiques, des procédures et de la législation en matière
de catastrophes au Nicaragua, au Honduras, en Inde, au Rwanda, en Ethiopie
et au Kenya.
En Angola, le gouvernement a utilisé Sphère
et les Principes directeurs relatifs aux populations déplacées
comme base d'information de la législation sur les personnes déplacées.
Depuis lors, le gouvernement a donné une formation Sphère
aux Coordinateurs humanitaires provinciaux dans les dix-huit provinces
et utilise Sphère dans la planification de services humanitaires.
Lorsque le Projet Sphère a débuté,
les agences ont exprimé leur crainte, selon laquelle certains gouvernements
se serviraient de Sphère comme outil leur permettant de demander
davantage aux agences internationales et aux bailleurs de fonds, en les
rendant responsables de la provision de ressources à concurrence
des niveaux établis par les indicateurs. Cela ne semble pas avoir
été le cas, mis à part dans certaines circonstances
exceptionnelles 5. Tout au contraire, il semblerait
que sur les neuf gouvernements visités par l'équipe pilote
de mise en oeuvre, la plupart d'entre eux ont compris que le respect des
normes est une responsabilité qui peut etre entravée par
les ressources.
Les agences pilotes considèrent que le moment
le plus opportun d'impliquer les gouvernements serait sans doute lors
de la phase de préparation aux catastrophes et surtout dans la
formation. Les ONG devraient néanmoins être prudents en ce
qui concerne les résultats. Bien que le nombre de membres du personnel
du gouvernement qui participe aux ateliers de travail Sphère est
encourageant, ces personnes sont souvent démunies de tout réel
pouvoir en matière d'élaboration de politiques ou d'affectation
de ressources. Qui plus est, l'incorporation de principes humanitaires
dans les politiques ou dans la législation n'implique pas nécessairement
la mise en oeuvre des principes. Toutefois, ce sont là des arguments
en faveur d'une coopération accrue avec les gouvernements, et non
le contraire. Les agences pilotes ont remarqué que les ONG nationales
sont sans doute les mieux placées pour faire
pression sur les gouvernements en ce qui concerne les principes humanitaires.
Les agences devraient réfléchir
à la stratégie à utiliser pour aborder les gouvernements
nationaux et travailler plus étroitement avec les autorités
locales.
1.5: Attitudes
à l'égard du Projet Sphère
Points de vue exprimés au sujet du Projet Sphère
Au cours de la dernière réunion pilote,
certains représentants des agences pilotes ont déclaré
qu'il faut renforcer le sens d'appartenance au manuel et au processus
Sphère. Dans une certaine mesure, les agences considèrent
toujours que Sphère est la propriété du Comité
de gestion et qu'il est exécuté par le Secrétariat.
Un sens d'appartenance plus étendu forcera les agences à
faire preuve de plus de confiance afin de pouvoir appliquer et adapter
Sphère de manières qui sont adaptées à l'organisation
et à la situation locale. Les exemples des adaptations et du développement
d'outils pédagogiques locaux effectués par le DMI et le
CHA sont une preuve incontestable d'un sens d'appartenance en pleine évolution.
Au cours de la réunion pilote, un groupe de représentants
a déclaré que les agences humanitaires devraient reconnaître
que dans le contexte de l'adoption de Sphère, la diversité
des agences est très importante (agences petites et grandes, du
nord et du sud, religieuses et laïques). Dans ce cadre, la constitution
de réseaux et la formation "sud-sud", ainsi que la promotion
de formateurs en provenance de pays sinistrés pourraient jouer
un rôle dans la diversification en matière d'institutionnalisation
de Sphère.
Autre sujet de préoccupation: le fait que Sphère
n'est qu'une parmi tant d'autres des initiatives entreprises pour améliorer
la qualité et la redevabilité dans le domaine du concept
humanitaire. Certains représentants avaient l'impression que les
liens (aussi bien conceptuels qu'institutionnels) devraient faire l'objet
d'éclaircissements et d'explications auprès de la communauté
d'ONG.
Certains représentants pilotes ont aussi
fait part de leur préoccupation concernant l'utilisation du terme
"Sphère", qui serait devenu un terme passe-partout pour
toutes les composantes : la Charte humanitaire, le droit international,
les Normes minimales, et le Code de conduite. Il serait peut-être
plus utile de se référer plus particulièrement à
chacune des composantes, plutôt que de se référer
à Sphère.
Points de vue sur la manière dont Sphère
a permis d'améliorer l'efficacité et la redevabilité
Lors de visites sur le terrain, les agences pilotes
ont parlé plus fréquemment de la manière dont Sphère
a permis d'améliorer la qualité ou l'efficacité de
l'aide humanitaire que la redevabilité.
Efficacité
- Sphère représente
un objectif qu'il convient de viser, et s'accompagne d'indicateurs techniques
et évite que des propositions soient formulées en se fondant
uniquement sur des urgences préalables.
- L'utilisation de Sphère
comme liste de contrôle complet a mis en relief des questions
qui n'auraient sans doute pas été remarquées, telles
que les questions relatives à la sexospécificité
et à la participation.
- Un contact avec Sphère
permet de minimiser le mauvais usage de l'aide. Ainsi, lors de l'intervention
après le tremblement de terre de Gujarat, ce sont surtout les
agences qui ne connaissaient pas Sphère qui ont fourni des biens
qui n'étaient pas appropriés d'un point de vue culturel
et qui ont été rejetés par la suite par la population
(vêtements et certains aliments).
- Sphère expose dans les grandes lignes
les compétences qui sont indispensables pour garantir le professionnalisme
de toute intervention professionnelle en cas de catastrophe et requiert
que le personnel des ONG soit mieux formé et qu'il adopte une
approche plus professionnelle.
Redevabilité
- Sphère aide à promouvoir
la redevabilité vis-à-vis de la population sinistrée
en l'encourageant à participer à l'évaluation initiale
et à la conception/gestion des projets. Selon les agences pilotes,
lorsque la population a été informée des normes
et des indicateurs de Sphère, les communautés se sentaient
valorisées et étaient satisfaites de l'intervention.
- Selon certaines agences pilotes,
Sphère joue un rôle important dans la promotion de l'équité
en matière de distribution de biens et de services. Les normes
permettent d'accroître la prévisibilité et de réduire
les différences entre agences qui interviennent dans le cadre
de la même catastrophe ; ceci est particulièrement important,
a fait observer une agence pilote, lorsqu'il existe des tensions ethniques,
où la discrimination est souvent la première explication
des différences en matière de rations. Dans le cadre de
la promotion de l'équité mondiale, Oxfam s'est servi de
Sphère pour analyser les différences en matière
d'intervention lors de catastrophes entre les différentes régions
du monde (par ex. la région des Balkans et le continent africain).
Points de vue concernant le manuel
Sphère
Les remarques recueillies lors de visites sur le terrain, lors d'ateliers
et lors de la réunion pilote sont les suivantes:
Aspects techniques
- L'accent doit davantage être mis sur le VIH/SIDA
: i) prévention de la transmission dans les camps ii) questions
sexospécifiques iii) traitement du sang disponible.
- La fièvre d'Ebola a modifié certaines
pratiques dans le domaine de la santé et doit être abordée.
- Le manuel ne couvre que l'aide alimentaire et non
la sécurité alimentaire ; ce secteur est donc incomplet.
- Incorporation de davantage d'outils simples de contrôle
dans le manuel et incorporation de l'application de ces outils dans
les ateliers de formation.
- Il serait utile que le chapitre sur l'abri enseigne
aux agences un processus pour le choix d'un abri approprié, qui
comprendrait plusieurs étapes.
Gestion de programme
- Le manuel se concentre sur les
camps et il est plus difficile de l'appliquer aux populations résidantes.
- Certains indicateurs ont besoin
d'un critère temps (par ex. ce qu'il faut réaliser pendant
les premières étapes d'une catastrophe, pendant la phase
de secours, etc.).
- Il est très utile en
tant que liste de contrôle complète.
- Il faut qu'il y ait une analyse
plus poussée de questions générales concernant
les populations vulnérables et la protection, ainsi qu'une nouvelle
révision de questions portant sur la sexospécificité.
- Il serait utile d'avoir un guide
d'utilisation couvrant les questions-clé qui ont été
débattues ces dernières années.
- La révision devrait comprendre
des indicateurs relatifs à la participation.
Format du manuel
- Le manuel est trop long et certaines sections sont
répétitives (notamment les normes relatives à l'analyse
et aux ressources humaines).
- Si le manuel était disponible sur CD-Rom,
il serait possible de trouver des informations en effectuant une recherche
par mot-clé.
- Le format devrait être standardisé,
avec une liste de contrôle relative à l'évaluation
initiale dans chaque chapitre.
Langues
- Actuellement, les traductions officielles sont vers
l'anglais, le français, l'espagnol, le portugais, le russe, l'arabe
et le swahili ainsi qu'au moins dix autres versions. Est-ce-que le Comité
de gestion devrait élaborer une politique en matière de
révision du manuel d'un point de vue linguistique ? Est-ce-que
les traductions seront mises à jour lors de chaque révision
du manuel?
Groupes de travail sur la révision
du manuel
- Ces groupes de travail doivent
etre représentatifs (avoir des représentants de pays sinistrés)
et comprendre une expérience de terrain.
- La selection de points centraux
devrait etre plus ouverte.
Toute remarque relative au manuel est la bienvenue,
étant donné que le projet est en train de lancer une révision
de chaque chapitre, révision qui sera gérée par des
professionnels-clé des différents secteurs de six agences.
Des informations complémentaires concernant cette activité
sont disponibles sur le site Internet de Sphère.
1.6: Facteurs qui
contribuent à l'application de Sphère sur le terrain
Les organisations ou bureaux nationaux dans lesquels l'application de
Sphère a été efficace sur le plan national semblent
avoir en commun les éléments suivants:
- Gestion nationale de l'application de Sphère
en matière d'intervention et/ou préparation en cas de
catastrophe.
- Investissement important dans la formation du personnel
et la sensibilisation de la masse critique du personnel sur le plan
national, avant toute intervention lors de catastrophes.
- Compétences, engagement et expérience
en matière de la promotion de la participation des populations
sinistrées aux programmes.
- Compétences en matière de gestion du
cycle de projet.
- Conscience de l'engagement de toute l'agence vis-à-vis
de Sphère dans les politiques et les procédures.
Ces éléments ont été pris
en compte lors de l'élaboration d'indicateurs de mise en uvre
pouvant servir à la mise en uvre (annexes 1
et 2).
2: FORMATION
2.1: Quel a été
le niveau d'efficacité de la formation Sphère?
La formation parrainée par Sphère a eu beaucoup d'essor
(plus de 1'000 personnes ont assisté à des ateliers inter-agences
financés par le projet, et un nombre semblable a assisté
à la formation qui a été mise en place par certains
des 158 diplômés du Programme Formation
des formateurs).
Les données dont dispose le projet concernant
l'impact de la formation sur un changement comportemental ne sont pas
concluantes ; toutefois, il est évident que tout changement de
comportement est loin d'être simple. La formation ne peut faciliter
une modification de comportement de manière efficace que si tous
les éléments suivants sont réunis: les participants
sont bien ciblés, les objectifs sont clairs, la formation est effectuée
correctement, et les participants bénéficient d'un soutien
organisationnel afin qu'ils puissent appliquer ce qu'ils ont appris. La
formation doit s'accompagner d'autres mesures relatives à l'engagement
des agences vis-à-vis de Sphère, la gestion sur le plan
national et le renforcement de compétences génériques
relatives au cycle de projet.
2.2: Dans quelle
mesure les agences pilotes ont-elles participé à la formation?
Plus de la moitié des participants des ateliers inter-agences sont
associés à des agences pilotes, fait qui est confirmé
par les visites sur le terrain; 70% des bureaux
pilotes ont déclaré qu'au moins une personne avait reçu
une formation Sphère.
De même, plus de la moitié des participants
du programme Formation des formateurs proviennent d'agences pilotes. Les
agences pilotes semblent avoir donné une suite à cela, avec
une formation interne au sein des agences. Les agences pilotes ont toutes
organisé une formation interne ou un programme de sensibilisation
à Sphère, la plupart de ces activités ayant été
organisée à grande échelle. 6
2.3: Leçons
en matière de mise en oeuvre des ateliers inter-agences
Sélection des participants
- La formation Sphère ne peut avoir un impact
que si les participants sont ciblés. Ceux qui participent à
la formation doivent disposer des compétences et de l'expérience
adéquates, et occuper un poste qui leur permet d'avoir une influence
sur leur organisation. Ce dernier critère requiert soit une certaine
ancienneté, soit une communication claire et un appui efficace
de la part de la direction.
- Le temps investi dans la sélection des participants
et le travail effectué avec ces derniers avant qu'un atelier
de travail ne soit tenu, aura un effet direct et positif sur les résultats
obtenus.
- La formation du personnel au niveau opérationnel
ne garantit pas les changements / la formation organisationnels.
Ateliers inter-agences
- Les ateliers inter-agences assurent la promotion
efficace d'une meilleure compréhension des intérêts
respectifs des acteurs du système humanitaire.
Facteurs qui influencent la formation
- Les gens apprennent de différentes
manières. Les ateliers de travail sont plus efficaces lorsqu'ils
accordent une grande importance à la création d'un contexte
sûr pour la formation, contexte qui prouve le bien-fondé
des différents styles d'apprentissage des participants.
- Les compétences et l'expérience des
formateurs sont primordiaux. La mauvaise préparation ou la mauvaise
organisation d'un atelier peuvent avoir une influence négative
sur la formation des participants et sur leur comportement.
- Il existe un ensemble d'obligations qui sont liées
à la formation. Les formateurs sont dans l'obligation de garantir
la formation la plus professionnelle et la plus ciblée possible.
Les organisations se doivent d'encourager la participation des personnes
les plus appropriées et d'apporter un soutien aux participants
après la formation afin qu'ils puissent appliquer ce qu'ils ont
appris. Les participants se doivent de prendre la formation au sérieux,
et de faire l'effort d'appliquer ce qu'ils ont appris une fois la formation
achevée. Afin que la formation ait un effet, clarté et
acceptation des obligations sont indispensables.
2.4: Leçons
en matière de mise en oeuvre des ateliers de formation des formateurs
Sélection des participants
- Les gens suivent une formation pour diverses raisons,
et certains participants sont davantage motivés par des considérations
politiques que par la formation elle-même. Il ne faut pas s'attendre
à ce que tous les participants FdF organisent une formation après
avoir suivi le cours.
- Les critères de sélection politiques
des participants sont les plus évidents pour toute nouvelle initiative
politique telle que Sphère. L'utilisation de ces critères
est toutefois à l'origine de nombreuses difficultés pour
les formateurs, étant donné que les expériences
et compétences des participants ne sont pas homogènes.
- Les formateurs potentiels de Sphère ont besoin
de connaître la " politique " de l'initiative afin de
pouvoir se préparer et anticiper des questions difficiles qui
pourront être posées par les participants au cours de leur
formation.
Contenu
- La moitié du cours doit
porter sur les compétences et les méthodologies en matière
de formation / apprentissage, tandis que l'autre moitié doit
apprendre aux participants à formuler des messages cohérents.
Suivi
- Le suivi après la formation est tout aussi
important que la formation elle-même. Des priorités qui
sont en concurrence, la charge de travail et la rotation ont tous comme
conséquence de faire oublier rapidement ce qui a été
appris.
2.5: Leçons
en matière de création d'outils de formation
- Les formateurs ne peuvent être efficaces que
si, lors de la formation, ils s'expriment en fonction de leur propre
style et avec leurs propres mots. Les outils pédagogiques sont
souvent plus réalistes s'ils ne sont pas détaillés
et ne suivent pas des règles strictes. Autrement dit, les éléments
les plus importants de tout ensemble d'outils pédagogiques sont
les buts, les objectifs, les principaux messages et les activités/exercices/méthodologies
proposés.
- Il faut se faire une idée du public cible
et des outils pédagogiques.
- Les projets de formation plurilingues requièrent
beaucoup de ressources, étant donné qu'il faut être
très attentif quant aux normes pédagogiques de la langue
et des cultures cibles. Une simple traduction du vocabulaire ne suffit
pas, et il doit éventuellement y avoir des ensembles parallèles
d'outils contenant des exercices complètement différents.
3: EXPERIENCE EN MATIERE DE LA VULGARISATION
DE SPHÈRE
En plus des enseignements tirés par les agences
pilotes et par le personnel de formation du projet, certains commentaires
et certaines informations concernant les activités générales
de vulgarisation du projet peuvent s'avérer très utiles
pour d'autres qui sont impliqués dans le processus de mise en oeuvre.
Les activités de vulgarisation du projet se fondent sur les idées
suivantes: i) les ONG ne travaillent pas isolées des autres acteurs
humanitaires, et ii) certains lieux, tels que les institutions universitaires,
et certains produits, tels que les vidéocassettes et les publications,
peuvent servir de " foyers " pour le projet, ou de messages
semi-permanents de ce dernier, contribuant ainsi à sa durabilité.
3.1: Quelles institutions
des Nations Unies utilisent Sphère et pourquoi?
- Tandis que toutes les agences opérationnelles
ont reçu des présentations sur Sphère, l'élément-clé
dans tout engagement d'une agence vis-à-vis de Sphère
semble être la reconnaissance de leur contribution au manuel (la
plupart des agences n'acceptent pas les initiatives externes) et le
mandat de l'organisation. Ainsi, dans son rôle de coordination,
OCHA trouve que la langue commune de Sphère ainsi que les indicateurs-clé
sont des éléments précieux de la mise en place
de la stratégie humanitaire pour le Processus d'Appels consolidés
(PAC), tandis qu'UNICEF constate une synergie avec le cadre des droits
de l'homme dont dispose Sphère. Le HCR, partenaire le plus fréquent
des ONG, s'engage de plus en plus vis-à-vis du manuel, puisque
l'organisation se rend compte que le celui-ci ne remplace pas ses propres
outils et qu'il peut s'avérer très utile lors de coopération
avec les partenaires qui mettent en oeuvre le projet.
- Il semble que les agences qui ne disposent pas de
manuel concernant les urgences auront plus tendance à se servir
de Sphère que celles qui ont leurs propres manuels.
- Les Nations Unies, tout comme les ONG, ont
besoin d'un engagement simultané de la part du siège et
sur le plan local.
3.2: Quels établissements
universitaires utilisent Sphère et pourquoi?
- Il semble qu'une des conséquences
du "secteur de l'aide" en plein développement est le
nombre croissant d'établissements universitaires qui offrent
une spécialisation dans le domaine humanitaire. Cette approche
humanitaire semble présente surtout dans les écoles de
santé publique et dans les programmes d'études humanitaires.
- Le manuel/projet est utile aux cours universitaires
puisqu'il représente une voix commune pour les ONG, par exemple,
son consensus concernant les indicateurs-clé. Le projet aborde
par ailleurs des questions populaires telles que les droits de l'homme
et la redevabilité vis-à-vis des bénéficiaires,
ce qui a été une source d'inspiration pour au moins dix
thèses de Masters qui portaient sur le projet.
- La recherche du projet, basé sur Internet,
a été la source de nombreux contacts potentiels mais n'a
pas généré beaucoup de contacts avec les établissements
universitaires du sud, ce qui, à son tour, contribue au déséquilibre
du projet, en faveur du nord.
- Enfin, de nombreux établissements universitaires
ont incorporé Sphère dans leurs cursus avant-même
d'avoir été contactés par le projet, ce qui s'explique
sans doute par un accès initial par le biais du site internet.
Des dizaines d'écoles utilisent le manuel Sphère à
travers le monde.
3.3: Quelle est
l'efficacité du site Internet en matière de diffusion d'information?
- Depuis le lancement du site Internet en 1999, celui-ci
n'a cessé de voir sa popularité et son taux d'utilisation
augmenter, comme le prouve le nombre de visites, le temps passé
sur le site lors de chaque visite, ainsi que le nombre et l'origine
des pays qui visitent, qui sont tous en augmentation constante. En 1999,
le nombre moyen de visites mensuelles était de 10'000, il était
de 60'000 en 2001 et en 2002 il est de 100'000.
- L'ensemble du site est disponible en trois langues
(anglais, français et espagnol). Qui plus est, les versions russe,
portugaise et arabe du manuel y sont publiées. Selon les analyses,
la plupart des visites sont faites à partir de pays du nord,
ce qui n'est pas étonnant étant donné l'accès
plus rapide qui y est disponible. La difficulté d'accéder
aux sites Internet (en général) semble limiter les visites
des pays du sud. L'accès par les ONG basées dans les pays
du sud peut, en général, être entravé par
des facteurs autres que les facteurs technologiques.
- Le format du site Internet de Sphère est html
(et non pdf), ce qui permet un accès en ligne plus facile et
plus rapide.
- A ce jour, les sections
les plus visitées du site, en ordre décroissant, sont
: le texte du manuel, formation, Sphère en pratique, et informations
générales.
3.4: Quelle est
l'efficacité de la vidéo de présentation?
- Les premières remarques
concernant la vidéo de présentation de 10 minutes indiquent
que les utilisateurs individuels, les ONG, les établissements
universitaires et les stagiaires trouvent que la vidéo est riche
en renseignements.
- Des traductions spontanées vers le chinois,
le russe et l'arabe indiquent que les traducteurs (ONG locales, Nations
Unies et Croissant-Rouge, respectivement) sont convaincus de l'importance
et de l'utilité de la vidéo.
- Selon les commentaires, la vidéo a le
plus d'impact si elle est utilisée à la fin d'une présentation
(comme résumé) que si l'on s'en sert comme introduction.
3.5: La traduction
des documents Sphère
- Les traductions du manuel
ont plus de chances d'être couronnées de succès
et d'être acceptées si un glossaire est approuvé
par un groupe d'employés d'organismes d'entraide dans leur langue
maternelle (et non par des individus, même si ce sont des professionnels).
- Le manuel Sphère a été
traduit spontanément vers 12 langues, avec une prépondérance
de langues de l'Europe de l'est (serbe, macédonien, albanais)
et asiatiques (japonais, chinois, hindi, coréen, etc.).
4:
PROBLEMES ET DILEMMES EN MATIERE DE MISE EN OEUVRE DE SPHÈRE
Les problèmes suivants ont souvent été soulevés
pour nombre de ceux qui travaillent avec Sphère. Aucun de ces problèmes
n'a une solution facile, raison pour laquelle ils continueront d'être
débattus.
4.1:
Sphère : indicateurs de développement
Dans une situation de pauvreté chronique dans laquelle les problèmes
sont liés à la protection des moyens d'existence plutôt
qu'à une intervention dans l'immédiat afin de sauver une
vie, la plupart des indicateurs ne pourraient être atteints que
grâce à un développement à long-terme, probablement
de plusieurs années. Tandis que dans ce genre de contexte, certaines
agences pilotes commencent à se servir de Sphère pour les
indicateurs de développement (voir encadré
No. 4), d'autres considèrent que Sphère s'applique beaucoup
plus facilement aux catastrophes qui sont rapidement déclenchées,
lorsque les cinq secteurs de secourisme deviennent pertinents immédiatement.
Cette question doit encore être débattue.
Certaines agences pilotes en Afrique de l'est ont évoqué
la possibilité de comparer les indicateurs Sphère avec les
indicateurs qui sont utilisés dans les Plans stratégiques
de réduction de la pauvreté qui visent le développement
à long-terme.
4.2: Pauvreté
généralisée et tensions entre populations résidantes
et populations sinistrées
Lors de pauvreté généralisée et de l'insécurité
en matière de moyens d'existence, des tensions peuvent survenir
entre populations sinistrées et populations résidantes.
Dans ce contexte, il se peut que la population sinistrée (souvent
des personnes déplacées ou réfugiées) reçoive
une aide suffisante pour qu'elle atteigne un niveau de vie plus élevé
que celui de la population résidante qui vit à coté.
Bien que Sphère n'est pas la cause de l'injustice, les ressources
fournies au niveau de Sphère pourraient exacerber le niveau d'injustice
et la tension entre communautés si l'analyse de la situation et
le dialogue entre les représentants des différentes communautés
ne sont pas adéquats.
Selon les agences pilotes, cette situation s'est déjà
produite, et la meilleure solution semble être la promotion du dialogue
entre les deux communautés, le partage de certaines ressources
avec les résidents, et l'élaboration de critères
concernant la distribution, avec les représentants des deux groupes.
Dans le cadre d'une pauvreté généralisée,
Sphère peut aussi servir d'outil pour renforcer les activités
de plaidoyer en faveur du développement.
4.3: Coutûmes locales
Les agences pilotes ont tenté dans certains contextes de faire
appliquer les normes et indicateurs relatifs à l'eau et à
l'assainissement, mais ont découvert qu'elles n'étaient
pas conformes aux coutûmes locales. Des latrines ont ainsi été
construites en Ethiopie et en Inde, mais n'ont pas été utilisées.
Il s'agit peut être de savoir si les agences devraient tenter de
respecter les indicateurs lorsqu'ils ne sont pas conformes aux coutûmes
locales, même si le respect des indicateurs permettrait d'améliorer
l'état de santé des populations.
4.4: Ciblage, par le manuel, des
populations vivant dans des camps
La plupart des agences pilotes reconnaissent le fait que de nombreux aspects
du manuel peuvent être appliqués aux populations résidantes.
Toutefois, nombre d'entre elles étaient de l'avis que le manuel
Sphère se concentrait en général sur les camps, et
qu'il était donc plus facile de l'appliquer dans ce contexte. La
révision du manuel tentera de remédier à ce déséquilibre.
4.5: Adaptation
des indicateurs
Les humanitaires ont longuement débattu de la question de savoir
si les indicateurs devraient être adaptés aux situations
locales. Selon la plupart des agences, les indicateurs devraient être
fixés et les humanitaires devraient donner des explications et
tenter de combler le fossé dans le sens des indicateurs. Cette
approche reconnaît la différence entre le fait d'être
atteignable (à savoir la capacité de la population
à respecter les indicateurs, avec le soutien des agences humanitaires),
et le fait d'être applicable (à savoir si l'indicateur
peut être utilisé pour mesurer la situation ou pas).
Il n'en demeure pas moins que dans la réalité,
certaines agences choisissent de modifier les indicateurs pour certaine(s)
ou toutes les raisons suivantes :
- Le contexte local et les pratiques
locales
- La faisabilité opérationnelle
- La situation en matière de sécurité
- La disponibilité de ressources
- Le très grand nombre d'indicateurs que
comprend Sphère, ce qui rend difficile le système de suivi,
étant donné la longue liste dans chaque secteur.
Afin d'aider les organisations à appliquer Sphère,
les agences pilotes recommandent que le Comité de gestion décide
d'une politique à appliquer en matière de modification/ajustement
d'indicateurs.
4.6: Déplacement
à court-terme
Dans certains contextes 7, les abris temporaires offerts
aux populations sinistrées peuvent être de très courte
durée, parfois même d'une durée d'environ une semaine.
Les agences pilotes ont posé la question de savoir si, dans ce
contexte, il serait approprié d'assurer une assistance aux normes
et indicateurs de Sphère.
4.7: Normes ou
principes directeurs?
Certaines agences pilotes ont pose la question de savoir si Sphère
devrait être considéré comme un ensemble de normes
à viser dans toutes les interventions lors de catastrophes, ou
comme des principes à n'utiliser que dans les situations appropriées.
La différence la plus importante entre les deux points de vue est
la suivante: certaines agences sont de l'avis que les normes permettent
de déclencher les activités de plaidoyer, tandis que d'autres
sont de l'avis que les principes directeurs sont moins préscriptifs,
et qu'ils sont par conséquent plus faciles à utiliser.
4.8: Accès
Dans certains cas, l'absence d'accès sûr et adéquat
à la population sinistrée a empêché les agences
de fournir une aide en accord avec les normes et indicateurs Sphère.
Certains exemples prouvent, toutefois, que le manuel Sphère est
parfois utilisé pour promouvoir un accès facilité
aux populations sinistrées et davantage de ressources pour ces
derniers (voir encadré No. 6).
4.9: Ressources
Dans les cas d'un très grand nombre de personnes sinistrées,
tel que dans les camps au sud du Soudan ou lors du tremblement de terre
à Gujarat, en Inde, l'application des indicateurs augmenterait
de manière considérable les budgets des programmes humanitaires
actuels. Encore faut-il savoir si les bailleurs de fonds seraient prêts
à augmenter leur soutien financier.
4.10: Autres acteurs
- le rôle du secteur militaire et du secteur privé dans l'intervention
en cas de catastrophe
Certaines agences pilotes ont l'impression que dans le domaine de l'intervention
en cas de catastrophe, les ONG perdent du terrain au profit du secteur
militaire et du secteur privé. Les agences humanitaires devraient
se concentrer sur la différence en matière de rôles
et de but. Le but des agences humanitaires est d'intervenir en cas de
catastrophe, conformément aux principes définis par ces
agences et par le droit humanitaire international, les droits de l'homme,
et le droit des réfugiés, tels que stipulés par la
Charte humanitaire Sphère. Le but du secteur militaire et du secteur
privé, qui ont d'autres objectifs, est tout autre. Il est indispensable
que les agences humanitaires fassent cette distinction et l'expliquent
au secteur militaire et au secteur privé. Les ONG peuvent renforcer
ce message en expliquant la manière dont les ONG peuvent fournir
bien plus que de simples secours, et assurer l'atténuation, la
préparation et la réduction de risques.
Les ONG devraient adopter une double approche : s'engager
dans le dialogue avec d'autres acteurs et même dans la formation,
tout en gardant leur distance et leur autonomie. Elles devraient aussi
faire pression afin de limiter les autres acteurs, de manière à
protéger les intérêts des ONG et du secteur humanitaire.
Enfin, les ONG devraient rassembler et documenter toute donnée
qui montre leur rôle spécifique et leur professionnalisme
dans l'aide humanitaire. Sphère est très précieux
dans ce dernier contexte.
4.11: Soutien
des bailleurs de fonds
Le soutien des bailleurs de fonds manque de cohérence. Certains
bailleurs de fonds ont exigé que les agences préparent des
projets en s'inspirant de Sphère et s'attendent à ce que
des indicateurs Sphère soient utilisés et suivis grâce
à des cadres logiques. D'autres bailleurs de fonds ont déclaré
qu'il n'est pas toujours nécessaire de satisfaire aux indicateurs
et ont conseillé de ne pas les utiliser, surtout dans le cas de
populations nombreuses, lorsque le coût total des projets dépasserait
les ressources financières disponibles.
5:
ORIENTATIONS FUTURES
La réunion du mois de mai 2002 sur les enseignements tirés
a démontré que si les agences pilotes ont fait des progrès
considérables à ce jour dans leurs efforts de formation
et de diffusion, l'application dans la pratique des conseils Sphère
sur le terrain reste modeste. Ce "fossé" devra être
comblé afin que Sphère puisse devenir un outil utile et
puissant dans les opérations d'assistance lors de catastrophes.
Selon les participants de la réunion des agences pilotes à
Genève au mois de mai, ce processus qui consiste à combler
le fossé prendra évidemment un certain temps, mais devra
s'accompagner d'efforts concertés visant à appuyer une application
directe sur le terrain. Une grande partie de ces efforts seront fournis
individuellement ou collectivement par les agences elles-mêmes,
mais le bureau du projet devra appuyer ces efforts par le biais d'activités
modestes et ciblées qui sont basées sur des fondements existants
et sur l'intérêt des ONG.
A cette fin, et dans le cadre des ressources (temporelles
et financières) limitées, le personnel du projet et les
membres du Comité ont décidé que les ressources de
formation et d'institutionnalisation du projet devrait s'orienter dans
deux directions:
1. Le renforcement des capacités de communication du bureau de
Genève qui devra pouvoir assurer une communication et un soutien
réguliers aux agences et au personnel qui travaillent avec Sphère
dans toutes les régions du monde. Ceci impliquera des efforts ciblés
visant à partager aussi bien ce qui a été appris
que les informations concernant le projet avec les ONG du sud, et à
cibler les lecteurs respectifs avec des communications en espagnol et
en français.
2. Dans trois pays, soutien des ONG et des agences pilotes dans leurs
efforts de diffusion, d'institutionnalisation et de formation en matière
de Sphère.
Le projet déclenchera une coopération
entre agences dans le pays ou la région en matière de financement
et de gestion du personnel national qui sera identifié comme ressource
pour Sphère. Le principal objectif de leur travail est de faciliter
les efforts individuels et conjoints des agences visant à respecter
les indicateurs définis par les agences pilotes au cours de la
réunion du mois de mai.
Le bureau du projet assurera un financement modeste qui complétera
les dépenses en matière de salaires et de voyages, et fournira
un appui matériel (manuels) ainsi que la formation du personnel
Sphère. Etant donné la coopération directe avec le
personnel national du pays, les occasions d'organiser le renforcement
des capacités ainsi que le partage la documentation des applications
ne manqueront pas.
Ce programme abordera dans une grande mesure certaines
des autres recommandations d'action qui ont découlé de la
réunion de mai 2002, recommandations qui figurent ci-dessous:
Recommandation No. 1
La Charte humanitaire et les normes minimales suscitent un ample intérêt.
Le taux d'intérêt et de sensibilisation élevé
n'entraîne pas nécessairement un changement de comportement
individuel ou organisationnel, ni l'application dans la pratique. Les
ONG doivent " combler le fossé " entre sensibilisation
et mise en application.
Afin de préserver le dynamisme du Projet Sphère
et de faire face aux nouveaux défis, les agences pilotes recommandent
que le Comité de gestion élabore une stratégie d'institutionnalisation.
Dans le cadre d'une nouvelle stratégie, le programme pilote lui-même
a toujours servi a tirer des leçons en matière d'institutionnalisation,
mais a toujours été prévu pour le court-terme. Le
pilotage devrait changer d'orientation, et le processus d'expérimentation
et d'apprentissage devrait se poursuivre à travers la nouvelle
stratégie.
Ce qui suit sont des propositions concernant les domaines
dans lesquels les agences pilotes et le Projet Sphère devrait concentrer
leurs ressources dans le cadre de l'institutionnalisation de la Charte
humanitaire et des normes minimales Sphère au sein des organisations
à l'avenir:
- Constitution de réseaux inter-agences sur
le plan national, y compris l'incorporation de Sphère dans des
groupes de secteurs et éventuellement la création de groupes
de discussion nationaux ou régionaux. A ce stade-ci, la constitution
de réseaux est sans doute plus importante qu'une notion plus
formelle de coordination, et pourrait permettre de garantir plus facilement
que les organisations arrivent à une langue commune et à
un point de départ pour la planification sur le plan national.
- Renforcement de la constitution de réseaux,
de la formation et de l'échange d'expériences sud-sud.
- Stratégies de formation décentralisées
conçues sur le plan régional ou local et (idéalement)
dans toutes les agences. Ceci devrait comprendre les évaluations
de besoins communs des agences en matière de formation et devrait
tenir compte de tous les points relatifs à ce qui est efficace
dans la planification de la formation.
- Mise en place d'un point central dont le rôle
est d'enregistrer les événements et le matériel
relatifs à la formation, de distribuer les informations classées
par thème/secteur ou pays et de renvoyer les conclusions dans
le processus Sphère.
- Approches relatives aux possibilités d'influencer
les politiques et les principes du gouvernement national en matière
de catastrophes et à la recherche de points d'entrée stratégiques
(y compris réflexions sur les rôles respectifs des agences
nationales et internationales).
- Renforcement du sens d'appartenance de la Charte
humanitaire et des Normes minimales par les organisations sur le plan
local (voir expérience en matière de la vulgarisation
de Sphère).
Un certain nombre d'agences pilotes existantes, souhaitant
" combler le fossé ", ont élaboré une proposition
qui consiste à entreprendre des expériences Sphère
plus intensives sur le plan local en Afghanistan. Si cette expérience
est couronnée de succès, elle devrait prouver la manière
dont une attention plus importante accordée au plan local peut
promouvoir la mise en uvre de Sphère.
Recommandation No. 2
Les facteurs qui ont le plus d'influence sur l'institutionnalisation
de Sphère devraient être connus par tous afin que les agences
aient une voie à suivre.
Des indicateurs initiaux ont été conçus
pour adoption par les agences individuelles, pour l'institutionnalisation
de Sphère et pour l'application inter-agences de Sphère
(annexes 1 et 2). Les agences sont
invitées, si elles le souhaitent, à effectuer des expériences
avec ces indicateurs et à communiquer avec le Projet afin de proposer
des adaptations.
Recommandation No. 3
Afin de garantir l'utilisation à long terme de Sphère
en tant qu'outil, ainsi que la plus grande diversité possible dans
son utilisation par les humanitaires (ONG nationales et internationales,
religieuses et laïques, etc.), le Projet Sphère et les ONG
devraient promouvoir un équilibre et un sens d'appartenance à
grande échelle.
Equilibre et diversité en croissance nécessiteront:
- Formation et constitution
de réseaux sud-sud.
- Promotion de formateurs en provenance de pays sinistrés
ou à haut risque.
- Inclusion d'humanitaires en provenance de pays sinistrés
dans les
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