ENSEIGNEMENTS TIRES DU
PROGRAMME PILOTE DE LA CHARTE HUMANITAIRE
ET DES NORMES MINIMALES

 

Maggie Brown et Joao Neves
Equipe de mise en oeuvre Sphère
Octobre 2000


Index:

Résumé analytique

INTRODUCTION                                                                                                    

·        But et objectifs du rapport
·        Agences pilotes et démarche d’expérimentation
·        Méthodes de travail avec les agences pilotes et de recueil de l’information

 

Première partie:            EXPERIENCES PILOTES

1.1 Que veut dire application de la Charte humanitaire et des normes minimales ?
1.2 Comment la Charte humanitaire et les normes minimales cadrent-elles avec la mission et les priorités des agences pilotes ?
1.3 Stratégies retenues pour ce travail pilote
1.4 Opinions sur l’expérimentation
1.5 Politique des agences
1.6 Plans opérationnels pour appliquer la Charte humanitaire et les normes minimales

1.7 Diffusion

1.8 Usage de la Charte humanitaire et des normes minimales dans tout le cycle du projet

1.9 Promotion de Sphère
1.10 Préparation aux catastrophes
1.11 Société civile et participation des populations sinistrées
1.12 Formation
1.13 Coordination inter-agences
1.14 Ressources humaines
1.15 Disparités hommes-femmes
1.16 Logistique

Deuxième partie: PROBLEMES ASSOCIES A L’APPLICATION DE SPHÈRE

2.1 Points focaux / catalyseurs
2.2 Protocoles d’accord avec les Etats
2.3 Recours aux normes comme canevas de développement
2.4 Emploi des normes et des indicateurs
2.5 Collaboration avec les médias

Troisième partie: CONCLUSIONS

Quatrième partie : INTEGRER DANS LA PRATIQUE, EN PHASE III DU PROJET SPHÈRE, LES ENSEIGNEMENT TIRES DU PROGRAMME PILOTE


RESUME ANALYTIQUE

Le projet Sphère a été lancé en 1997 dans le but de rendre l’assistance humanitaire plus performante et les agences de secours plus responsables. En phase I, l’accent a été mis sur l’élaboration de la Charte et des normes minimales à respecter lors des interventions en cas de catastrophe. En phase II du projet, qui a débuté en septembre 1999, l’on a engagé un programme pilote afin de mettre le manuel à l’épreuve, dans la pratique.

Un groupe d’agences pilotes Sphère a eu pour tâche d’appliquer la Charte humanitaire et les normes minimales, de tirer les enseignements de leur expérience et de chercher les moyens de les intégrer effectivement dans la pratique de l’aide humanitaire à l’avenir. Le défi n’a pas seulement été de cerner ce qui a donné de bons résultats de mise en oeuvre mais aussi de faire fructifier ces acquis en les intégrant dans la pratique.

Dix-huit agences implantées en Afrique, en Asie, en Amérique centrale, aux Etats-Unis et en Europe ont participé à cette expérimentation depuis le début du programme en septembre 1999. Il a été demandé aux agences d’intégrer la Charte humanitaire et les normes minimales dans leur politique, dans leurs procédures tout au long du cycle de projet et dans les activités de formation menées au siège et sur le terrain. L’équipe du projet Sphère a été chargée de présenter des exposés et de dispenser des cours sur le manuel ainsi que d’appuyer le travail d’analyse afin de voir de quelles manières les agences pourraient incorporer Sphère dans leurs opérations.

Les enseignements tirés de cette première année d’expérimentation sont regroupés dans le présent rapport dont les conclusions sont les suivantes :

·        Au cours de l’année passée, l’on constate une augmentation marquée du nombre de cas d’application de la Charte humanitaire et des normes minimales, bien que ce soit de manière plus spontanée que systématique. ,

·        Les agences pilotes semblent avoir pris davantage de mesures de nature à  rehausser l’efficacité de l’assistance humanitaire qu’à mieux se responsabiliser. Ceci est surtout dû au fait que le suivi de projet reste un point faible majeur. ,

·        Face à des priorités d’égale importance et au manque de temps dont on dispose pour l’application, une stratégie tirée par la demande de terrain semble être l’approche la plus réaliste aux fins de vulgarisation. Au fur et à mesure que les agents de terrain découvrent l’intérêt que présente Sphère en tant qu’outil de travail, ils s’en serviront plus largement. Le rôle du siège est de promouvoir la diffusion du manuel de manière systématique et de fournir des études de cas sur les modalités d’application de la Charte humanitaire et des normes minimales dans la pratique. ,

·        Il y a beaucoup de travail à accomplir pour faire connaître Sphère aux partenaires locaux et à la multitude d’ONG nationales qui contribuent à l’intervention en cas de catastrophe.

·        L'on recense déjà des exemples de planification inter-agences aux fins d’intervention en cas d’urgence, en fonction de Sphère. L’impact de ce travail est un sujet qui mérite une analyse plus poussée.

·        La défense des droits des populations sinistrées à l’aide du manuel a connu un succès inespéré par l’équipe Sphère.

·        L'on note un intérêt croissant pour l’emploi de Sphère en tant qu’outil pour la préparation en cas d’urgence, à la fois pour planifier et pallier les effets d’une catastrophe au niveau des collectivités et aussi pour prévoir les interventions à l’échelon du pays ou du département.

·        Aucun avis ne nous a été communiqué au sujet des disparités hommes-femmes, un thème qu’il conviendra de traiter en phase III du projet.

La phase III du projet Sphère a commencé en novembre 2000 et les mêmes agences poursuivront ce travail pilote afin d’intégrer certains des enseignements tirés dans leur pratique. Les conclusions ci-dessus feront l’objet de discussions détaillées à l’occasion d’une réunion internationale qui aura lieu en début d’année 2001. Un de ses aboutissements probables sera l’établissement de groupes de travail sur des questions à résoudre, compte tenu des centres d’intérêt et des compétences particulières de chaque agence pilote. Un autre compte rendu sur les enseignements tirés de cette expérience sera préparé au début de 2002.

L’équipe Sphère souhaite remercier toutes les agences-pilotes pour la volonté et la détermination avec lesquelles elles ont mises à l’épreuve la Charte humanitaire et les normes minimales au cours de l’an passé. En particulier, nous vous félicitons pour avoir été si désireuses de mettre en commun idées et outils avec vos collègues. Cette ouverture d’esprit et cet esprit de coopération entre agences ayant participé à ce travail pilote sont deux preuves d’un effort sincèrement mené dont la finalité est d’améliorer la qualité de l’assistance humanitaire et de mieux en responsabiliser les acteurs. En vérité, c’est avec empressement que nous attendons de poursuivre cette collaboration en votre compagnie, en phase III de notre projet.

Equipe de mise en oeuvre du projet, 10.13.2000.


INTRODUCTION

·        BUT ET OBJECTIFS DU RAPPORT

But du rapport

Eclairer le débat sur l’efficacité des méthodes d’application de la Charte humanitaire et des normes minimales et voir de quelle manière ce rapport pourrait contribuer à améliorer la qualité de l’intervention en cas de catastrophe et à mieux responsabiliser les services de secours.

Objectifs précis

1. Echanger des informations sur les modalités de mise en œuvre de la Charte humanitaire et des normes minimales puis déterminer ce qui a donné satisfaction et posé des difficultés.

2. Dresser une liste des sujets de difficulté relevés par les agences pilotes dans la mise en œuvre de la Charte humanitaire et des normes minimales.

3. Clarifier la voie à suivre pour le programme d’incorporation de la Charte et des normes en privilégiant la mise à l’épreuve de ce qui est probant sur le terrain.

Commentaires au sujet du rapport

Le but de ce rapport n’est pas d’en faire un instrument livresque.Son intention première est d’être aussi pratique et utile que possible pour les agences qui mettent en œuvre la Charte humanitaire et les normes minimales (CH/NM), à titre expérimental et à plus long terme.

Pour compiler ce rapport, nous avons recueilli autant de témoignages que possible auprès des agences pilotes en matière d’application CH/NM, mais, inévitablement, il y en a beaucoup d’autres qui nous ont échappé. L’idée est de présenter un large échantillon de situations vécues, et non un compte rendu d’ensemble.

Une bonne part des exemples figurant dans le rapport sur les modalités d’emploi de Sphère et les résultats de ces activités constituent des illustrations grossières et non des comptes rendus de cas détaillés. C’est dû au fait que dans de grandes organisations, le nombre d’employés et de programmes est, à lui seul, un obstacle à l’obtention de données détaillées provenant du terrain. Une autre raison est que la plupart des agences pilotes en sont encore au début de l’intégration de Sphère dans leurs programmes, systèmes, procédures, lignes directrices et ainsi de suite. Dans bien des cas, les idées sur les modalités futures d’application de Sphère n’en sont qu’à leur début, se développent, de sorte que les détails ne se dessinent pas encore.

La mise en œuvre de Sphère constitue un travail en évolution et les leçons qui en seront tirées continueront d’être mises en partage pour plusieurs années à venir.

 

L’équipe Sphère

L’équipe du projet Sphère se compose de quatre personnes travaillant à plein temps (chef de projet, chef de la formation, coordinateur des ateliers et assistant de projet) et de deux collaborateurs à mi-temps qui assurent le contact avec les agences pilotes que l’on appelle encore l’équipe de mise en œuvre Sphère. Dans le corps du rapport, la mention « équipe du projet Sphère » qualifie toute l’équipe alors que « équipe de mise en œuvre » ne fait référence qu’aux deux collaborateurs à temps partiel qui travaillent directement avec les agences pilotes.

·        AGENCES PILOTES ET DEMARCHE D’EXPERIMENTATION

Objectifs de la démarche d’expérimentation

Les objectifs de la démarche d’expérimentation, qui ont été définis dans le mandat des agences pilotes en septembre 1999, sont :

i)          de prendre des décisions d’orientation durables en vue d’incorporer la Charte humanitaire et les normes minimales dans l’intervention en cas de catastrophe ;

ii)         de définir et d’introduire des méthodologies en vue d’intégrer la Charte humanitaire et les normes minimales à chaque étape du cycle de projet, ainsi que de suivre la mise en œuvre des normes minimales dans la pratique ;

iii)            d’institutionnaliser les normes minimales dans tous les services des organisations ainsi que dans les systèmes et procédures de fonctionnement existants.

           

Le mandat prévoit l’obtention des résultats suivants dans un intervalle de douze mois.

i)          Les agences auront évolué vers l’intégration progressive des normes dans leur théorie et leur pratique, au niveau du siège et sur le terrain.

           

ii)         De concert, le personnel de Sphère et les agences auront défini les méthodologies les plus efficaces pour intégrer les normes  ainsi que celles qui permettront de surmonter obstacles et difficultés.

L’équipe du projet Sphère a proposé une division des responsabilités entre ONG-pilotes et équipe de mise en œuvre Sphère.

L’équipe de mise en œuvre Sphère devrait :

·        effectuer un premier exposé destiné au personnel des ONG au niveau du siège (et sur le terrain, si possible),

·        fournir des supports pédagogiques qui pourraient être adaptés par les organisations,

·        dresser un cadre dans le but d’analyser l’application de Sphère à chaque étape du cycle du projet, dans chaque division,

·        détacher l’équipe de mise en œuvre Sphère pour faciliter l’analyse des modalités d’application et de suivi pendant la phase de mise en œuvre, notamment tenir les registres de tâches à effectuer et de travaux terminés,

·        mettre en partage les expériences des agences pilotes ainsi que les leçons qu’elles en ont tiré.

Les ONG pilotes devraient :

·        chercher à appliquer la Charte humanitaire et les normes minimales dans les opérations d’assistance humanitaire qui sont en cours ou à venir,

·        institutionnaliser les normes Sphère en adoptant les mesures et procédures correspondantes dans chaque service,

·        définir les besoins de formation et rechercher les avis sur les supports pédagogiques,

·        définir comment leur organisation appliquera les normes à chaque étape du cycle du projet et élaborer les outils appropriés pour effectuer l’évaluation, rédiger les propositions de projet et établir les systèmes de suivi sur les indicateurs Sphère (dans les cas appropriés),

·        nommer un employé en position clé pour coordonner tous les travaux avec l’équipe de mise en œuvre Sphère.

Qui sont les agences pilotes ?

Le but est d’associer au projet Sphère un large éventail d’agences pilotes. Voici quelques critères qui ont été pris en compte dans leur sélection : ampleur de l’organisation et base géographique, envergure nationale et internationale, associations confessionnelles et laïques.

Bien des organisations se sont choisies elles-mêmes du fait qu’elles étaient membres du comité de direction du projet Sphère ou de réseaux représentés au comité.

Les ONG-pilotes n’ont pas engagé cette démarche en même temps ; dans certains cas, des avancées considérables avaient déjà été faites avant septembre 1999 alors que dans d’autres cas, c’est une visite de l’équipe de mise en œuvre Sphère qui fit comprendre et permit d’institutionnaliser la Charte humanitaire et les normes minimales.

Dix-huit ONG se sont engagées à intégrer la Charte humanitaire et les normes minimales dans leur théorie et leur pratique à partir de septembre 1999. Des contacts sont maintenus avec deux organisations de plus (Organisation internationale de secours islamique en Arabie saoudite et Okutiuka en Angola), mais l’étape d’expérimentation ne devrait commencer qu’en phase III, le manuel n’étant pas traduit dans leur langue nationale à ce stade (arabe et portugais).

Agences implantées en Afrique - 2 organisations, puis trois en phase III

Africa Humanitarian Action (AHA, Action humanitaire en Afrique) Ethiopie

L’AHA est une ONG internationale qui œuvre exclusivement en Afrique (Ethiopie, Angola, Rwanda, Ouganda et Zambie). L’AHA axe ses interventions sur le secours humanitaire et les tâches de développement au profit des personnes déplacées et des réfugiés. Dans certains pays, les programmes de l’organisation sont d’envergure assez modeste mais sa présence est la plus marquée en Ouganda où 300 employés mènent des projets de santé communautaire.

Christian Council of Burundi  (CNEB, Conseil chrétien du Burundi)

Le CNEB est une alliance de dix églises protestantes au Burundi organisée en cinq branches: urgences, femmes, jeunes, paix et réconciliation et développement. Christian Aid a une antenne au Burundi qui collabore avec le CNEB de manière régulière et lui offre soutien financier et technique. La division des urgences organise régulièrement des distributions importantes de denrées agricoles et d’autres articles à travers le pays, en s’appuyant sur le réseau des églises.

Agences implantées en Asie  - 4 organisations

Caritas Inde (Caritas)

Caritas Inde est un réseau de 143 partenaires locaux disséminés dans tous les Etats de l’Inde, qui ont tous leur bureau et personnel propres. Douze bureaux régionaux soutiennent des groupes associés à l’échelon du diocèse. Caritas assure des secours d’urgence et envisage de mettre sur pied une équipe d’intervention rapide.

Coordination of Humanitarian Agencies (CHA, Coordination des agences humanitaires) Sri Lanka

La CHA est une organisation faîtière qui regroupe des ONG nationales et internationales au Sri Lanka, et  qui s’est donnée pour mission de coordonner et d’améliorer la qualité de l’assistance humanitaire. La CHA facilite l’échange d’informations et d’expériences au sujet de la mise en œuvre de Sphère au Sri Lanka.

Disaster Mitigation Institute (DMI, Institut pour pallier les catastrophes) Inde

Le DMI est axé sur la riposte et l’intervention réparatrice en cas d’urgence. En agissant à trois niveaux, le DMI encourage le dialogue politique avec les responsables nationaux, les démarches opérationnelles à l’échelon des Etats et l’application pratique des mesures, au plan local, dans l’Etat de Gujarat. L’institut a des liens avec l’université ouverte d’Indira Gandhi ; il emploie douze personnes à Ahmedabad et 30 agents de terrain.

Sarvodaya, Sri Lanka

Sarvodaya est la plus grande ONG du Sri Lanka. Elle appuie fermement le principe d’un développement fondé sur la participation et compte des adhérents dans plus de 11.000 villages du pays. Son but est d’intervenir dans toutes les circonscriptions du Sri Lanka mais, à l’heure actuelle, il est très difficile de se déplacer dans certaines régions du nord et de l’est. De pair avec le HCR de l’ONU, Sarvodoya continue à travailler à Trincomalee et à Mannar, deux zones durement touchées par le conflit.

Agences implantées en Amérique centrale - 1 organisation

Comision Cristiana del Desarrollo (CCD, commission chrétienne du développement)

La CCD, qui est la plus grande ONG du Honduras, met l’accent sur l’éducation et le développement des collectivités rurales. L’organisation a joué un rôle important dans les secours apportés à la suite des ravages causés par le cyclone Mitch en 1998 et continue ses tâches de préparation à l’intervention en cas de catastrophe.


Agences implantées en Europe - 5 organisations

Cordaid (Cordaid)  Hollande

Cordaid est le produit de la fusion, au début de l’an 2000, de trois agences indépendantes : Bilance, Memisa et Caritas Pays-Bas. Cordaid a une division des urgences qui compte environ 15 employés permanents. L’organisation travaille étroitement avec des partenaires locaux dans l’intervention d’urgence et le développement.

Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (CICR) Suisse

Le CICR est une fédération de 176 sociétés nationales constituées de manière indépendante. La fédération compte des délégations dans quelque 56 pays du monde dont les activités sont coordonnées par 13 bureaux régionaux. Les sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont un statut particulier d’auxiliaires de l’administration nationale, en matière d’intervention d’urgence.

Lutheran World Federation (LWF, Fédération luthérienne mondiale)

La fédération luthérienne mondiale, est une alliance qui regroupe, à l'échelle internationale 128 églises luthériennes réparties dans 70 pays. La division du service mondial est l'armature de l’organisation chargé du secours, du rétablissement et du développement. Dans l’intervention en cas d’urgence, l’accent est mis sur le secours humanitaire à apporter aux réfugiés et aux personnes déplacées. En qualité de membre fondateur de ACT (Action by Churches Together), la fédération est membre de ce réseau mondial des églises et agences connexes chargées de coordonner l’intervention en cas d’urgence.

Oxfam GB

Oxfam est actif dans le développement et les urgences. Oxfam a une division spécialisée dans les secours d’urgence qui compte plus de 50 employés permanents. Elle a les moyens de déployer, sans tarder, des techniciens dans n'importe quel pays au monde en cas de nécessité. Oxfam est en phase de décentralisation, un processus au terme duquel l’essentiel des responsabilités concernant l’état de préparation aux urgences, le bilan des vulnérabilités et les modalités de riposte sera confié aux bureaux régionaux. Oxfam fait partie de l’alliance du même nom.

Save the Children UK (SC-UK)

SC-UK fait de l’intervention en cas d’urgence et mène des projets de développement dont le but est d’inscrire les droits de l’enfant dans la réalité. L’organisation dispose de moyens techniques spécialisés dans les domaines de la sécurité alimentaire, de la nutrition, de la santé et de la séparation des familles en situation d’urgence. Elle a une division des urgences mais pas d’équipe d’intervention rapide. SC-UK fait partie de Save the Children Alliance.

ONG implantées aux Etats-Unis - 6 organisations

ADRA International (ADRA)

ADRA s’occupe d’intervention en cas d’urgence et de développement, indépendamment de la race, de la religion et des idées politiques, dans plus de 120 pays. Chaque pays possède sa propre division consacrée à l’intervention en cas de catastrophe. Le bureau central d’ADRA  pour la préparation et l’intervention en cas de catastrophe travaille en collaboration avec des responsables régionaux et des équipes d’intervention rapide afin de coordonner les opérations d’urgence. ADRA possède également des réserves de matériel d’urgence situées à des points de location stratégiques.

CARE US (CARE)

CARE est actif dans le développement et l’intervention en cas de catastrophe. CARE a un groupe d’urgence, mais pas d’équipe d’intervention rapide. Il arrive pourtant à CARE d’utiliser du personnel (et des consultants) formés pour le déploiement rapide. En tant que membre de CARE International, CARE US (Etats-Unis) fait partie du groupe de travail de l’alliance pour l’intervention en cas d’urgence qui est chargé de coordonner ces activités à l’échelle mondiale.

Catholic Relief Services (CRS)

CRS mène des programmes de développement et d’intervention en cas d’urgence dans 80 pays. L’organisation a une division des urgences qui se trouve à Nairobi, mais pas d’équipe d’intervention rapide bien qu’elle envisage de désigner des agents de terrain qui pourront être redéployés dans les plus brefs délais. CRS est membre de la fédération Caritas Internationalis et collabore étroitement avec Caritas et d’autres partenaires à l’échelle locale.

Comité international de secours (CIS)

Le CIS a de longs antécédents de secours aux réfugiés ainsi que des liens institutionnels très solides avec la Commission des femmes pour les femmes et les enfants réfugiés. Le CIS a une division des urgences mais pas d’équipe d’intervention rapide.

Mercy Corps (MC)

Mercy Corps à pour but de soulager les souffrances, la pauvreté et l’oppression en aidant les gens à mettre en place des communautés sûres, productives et équitables. Depuis 1979, Mercy Corps a fourni plus de $500 millions en aide à 72 nations. Le programme de l’agence touche actuellement 4 millions d’individus dans plus de 25 pays. Mercy Corps est une organisation à but non lucratif. Ses bureaux centraux se trouvent à Portland, Seattle, Washington, DC, et Edimbourg. Connu pour son intervention rapide, ses programmes efficaces, plus de 94 % des fonds de l’organisation sont attribués directement à des programmes qui ont pour but d’aider ceux dans le besoin.

World Vision (WV)

World Vision est une alliance qui dispose des bureaux indépendants et d’un bureau de partenariat aux Etats-Unis dont la tâche est d’offrir conseils théoriques et soutien. WVI vient de mettre sur pied une équipe d’intervention rapide de 20 personnes qui restera sur le terrain et sera déployée en fonction des besoins d’urgence. L’organisation est aussi en train d’ouvrir des entrepôts qui serviront d’avant-postes pour ses interventions.

·        METHODES DE TRAVAIL AVEC LES AGENCES PILOTES ET RECUEIL DE L’INFORMATION

L’équipe de mise en œuvre a effectué une visite de deux jours par année en moyenne dans chaque agence pilote[1]. Pendant ces séjours, l’équipe a systématiquement cherché, par le biais d’un jeu de questions[2], à institutionnaliser la Charte humanitaire et les normes minimales, en s’entretenant avec les employés des divers départements. Des rapports ont été préparés à la suite de ces visites, notamment une série de propositions à intégrer dans un plan de mise en œuvre.

Ces rapports ont permis de consigner par écrit les questions soulevées au cours des visites et de les regrouper pour fonder les discussions concernant l’application de Sphère dans chaque agence, en fin d’année. Durant toute cette période, les contacts ont été maintenus avec les agences par courrier électronique et téléphonique. Pendant les mois d’août et de septembre plusieurs entretiens par téléphone ont eu lieu pour mieux faire le tour des expériences et des points de vue sur les problèmes signalés par les agences pilotes.

En résumé, le présent rapport a été rédigé à la lumière :

·        des visites effectuées chez les agences pilotes et des comptes rendus correspondants,

·        du courrier échangé avec les agences pilotes au cours de l’année, notamment de la mise en commun des outils et des documents utilisés par les agences pilotes,

·        d’entretiens téléphoniques de suivi, semi-structurés, qui ont été organisés au cours des mois d’août et de septembre,

·        des commentaires recueillis auprès du personnel des agences pilotes dans le cadre d’ateliers ou de réunions (surtout au cours d’une rencontre d’un jour ayant réuni quelques-unes des agences pilotes, après la tenue du séminaire de formation des formateurs, à Genève, en mai 2000).


PREMIERE PARTIE :          EXPERIENCES PILOTES

1.1       QUE VEUT DIRE APPLICATION DE LA CHARTE HUMANITAIRE ET DES NORMES MINIMALES ?

Il est escompté que les agences pilotes intègrent la Charte humanitaire et les normes minimales dans leur politique, leurs procédures et mesures de mise en œuvre, tout au long du cycle du projet et aussi dans la formation et les tâches de diffusion d’information à l’échelon central, régional et national. Un autre but consiste aussi à rechercher les occasions de faire de la Charte et des normes minimales un outil de promotion de l’assistance humanitaire et un instrument de coordination entre agences. Pour trouver l’entrée en matière convenable auprès des organisations, il a d’abord fallu se demander comment Sphère cadrait avec leurs principes et priorités actuelles.

1.2            COMMENT LA CHARTE HUMANITAIRE ET LES NORMES MINIMALES CADRENT-ELLES AVEC LA MISSION ET LES PRIORITES DES AGENCES PILOTES ?

En analysant la mission, la politique ainsi que les priorités programmatiques d’une agence, l’équipe de mise en œuvre de Sphère a cherché à aider l’organisation pilote à trouver les moyens qui permettraient d'intégrer la Charte humanitaire et les normes minimales dans le travail existant plutôt que de lui imposer un fardeau supplémentaire. Dans bien des cas, la formule est apparue plus clairement chez les agences de moindre envergure ou les organisations nationales qui ont pu immédiatement discerner les avantages à tirer d’une intégration de la Charte et des normes dans les programmes existants ou planifiés. Avec les agences plus vastes, plus complexes, dotées de plusieurs divisions et bureaux dans les pays, les liens ont été moins directs, et en rapport avec leur mission ou philosophie. En voici quelques exemples.

Priorités programmatiques

Caritas Inde a pour buts d’améliorer la qualité de la riposte en cas de catastrophe et de mettre sur pied une équipe d’intervention rapide. Le manuel Sphère a été considéré comme un outil permettant de définir les grands moyens requis pour intervenir correctement en cas d’urgence et de focaliser la formation. Caritas s’est fixé comme objectif de former le personnel à l’usage de la Charte humanitaire et des normes minimales ainsi que de donner des cours de base par secteur : eau et assainissement, nutrition, aide alimentaire, aménagement des sites et des abris et santé.

La CCD souhaite, dans le sillage du cyclone Mitch, renforcer l’état de préparation des communautés à faire face à une catastrophe. Sphère fournit des normes et des indicateurs dont la collectivité peut débattre et à l’aide desquels décider ce qui doit être en place pour atteindre les normes et indicateurs appropriés dans les plus brefs délais après une catastrophe.

Mission ou philosophie

CRS est fortement résolu à améliorer la qualité de ses travaux dans tous les secteurs. La Charte humanitaire et les normes minimales sont censées fournir des points de référence permettant de définir la qualité dans l’intervention en cas d’urgence.

L’IRC met grandement l’accent sur la responsabilisation et a intitulé, à cet effet, un système efficace de suivi de projet, d’analyse et d’évaluation interne. La Charte humanitaire et les normes minimales offrent des repères utiles au suivi de projet et à la mesure de l’efficacité dans le domaine de l’intervention en cas d’urgence.

1.3       STRATEGIES RETENUES POUR CE PROGRAMME-PILOTE

Diverses stratégies sont mises en œuvre pour élargir le champ d’application de ce travail pilote au sein des agences internationales.

World Vision estime que la stratégie la plus efficace pour promouvoir la Charte humanitaire et les normes minimales est de les laisser remonter par « capillarité », au gré de la demande. En effet, à mesure que les agents reconnaîtront la valeur de cet outil, ils se sentiront encourager à l'employer dans la pratique.

Pour World Vision, il s’agit d’une démarche dynamique à laquelle se rattachent des activités, des normes et des vecteurs qui agissent comme catalyseurs pour faire entrer Sphère dans la pratique courante. Les quatre équipes régionales de gestion et   de secours ainsi que les 20 équipes mondiales d’intervention rapide sont les vecteurs ou les catalyseurs par l’entremise desquels sont diffusées les normes Sphère au sein de World Vision. Les régions d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine ont toutes utilisé des documents Sphère aux fins de formation et de distribution dans le but d’intégrer la Charte humanitaire et les normes minimales dans la planification et la mise en œuvre de leurs programmes. Les recommandations de Sphère ont aussi été intégrées dans les normes de préparation et d’intervention en cas de catastrophe de grande envergure que l’organisation applique à l’échelle mondiale.

Ce modèle permet d’éviter d’imposer des pressions supplémentaires sur les effectifs de terrain et les laisse intégrer la Charte humanitaire et les normes minimales dans leur travail en cours, à leur propre rythme.

ADRA et CARE expérimentent avec Sphère dans des zones géographiques précises pour en dégager des leçons utiles pour d’autres programmes dans d'autres pays. ADRA a chargé les responsables de dix de ces programmes d’appliquer Sphère à titre expérimental et de faire rapport au siège à une date déterminée. CARE devrait axer son expérimentation au Bangladesh et en Inde en raison de la vaste expérience de ces pays pour ce qui est de riposter à une catastrophe et d’en pallier les effets.

Oxfam-GB et LWF ont pour stratégie  de présenter la Charte humanitaire et les normes minimales à autant de réunions, ateliers de formation et activités de terrain que possible. Oxfam-GB a l’avantage de disposer d’une grande équipe d’intervention en cas d’urgence qui se réunit et étudie régulièrement (notamment le manuel Sphère) à l’échelon du siège. Des membres de l’équipe sont détachés sur le terrain pour de courtes missions en cas d’urgence et cherchent activement à mettre Sphère en pratique. Cette formule a favorisé l’emploi du manuel de bien des façons, même si c’est de manière plutôt spontanée que systématique.

Dans nos conclusions, nous discuterons des possibilités d’utiliser les stratégies de chacune de ces agences dans le groupe d’ensemble des organisations pilotes.

1.4            OPINIONS SUR LE PROGRAMME PILOTE

Points forts du programme pilote

De l’avis général, c’est la mise en partage des expériences et des outils entre agences pilotes qui constitue le grand point fort de ce processus d’expérimentation, notamment les éléments suivants :

·        la réunion, en mai 2000, de dix représentants d’agences pilotes à l’occasion de l’atelier de formation des formateurs,

·        la publication du bulletin Sphère,

·        l’organisation d’ateliers de formation inter-agences sur Sphère,

·        le concours de l’équipe de mise en œuvre Sphère comme intermédiaire afin de transmettre outils et informations à d’autres agences,

·        l’échange d’informations à l’aide du site web de Sphère,

·        la mise à disposition à des collègues d’agences pilotes d’un outil d’évaluation d’Oxfam-GB et d’un instrument de compte rendu du CICR.

De l’avis général, la méthode la plus probante pour échanger les expériences est de se réunir et d’en discuter directement. Les agences pilotes ont recommandé de tenir des réunions annuelles en vue de coordonner et de continuer à affiner les modalités d’application de Sphère. La plupart des organisations ont estimé qu’à l’avenir, il faudrait organiser des rencontres internationales mais trouver des créneaux pour maintenir les contacts à l’échelle régionale au sujet de Sphère et, éventuellement, établir des groupes de travail régionaux lors d’un colloque mondial (selon ce que permettra l’ordre du jour).

Trois agences, CCD, CARE et CRS étaient d’avis que l’un des points forts du processus d’expérimentation est qu’il permet aux organisations d’avancer à leur propre rythme et en fonction de leurs priorités et cibles (et non de celles de Sphère).

La plupart des agences ont estimé que le rapport rédigé par l’équipe de mise en œuvre Sphère à la suite de ses visites était utile en tant que document de référence et registre des formules et idées proposées.

Points faibles du programme pilote

D’après les agences pilotes de plus grande envergure, ce qui est le plus problématique, c’est le peu de temps dont elles disposent pour réfléchir aux modalités d’application de la Charte humanitaire et des normes minimales. Face à des priorités d’importance égale, les employés du siège élaborent avec peine les procédures et les outils pour aider les agents de terrain à promouvoir l’application de Sphère, mais les exigences immédiates des programmes limitent le temps dont ils disposent pour l’analyse.

Il semble que ce soit un problème plus aigu pour les grandes organisations complexes que pour les groupes nationaux. Les agences nationales, qui ont un contrôle direct sur les activités programmatiques, comme l’AHA, Sarvodaya et la CDD ont moins de difficultés à établir le lien entre la Charte humanitaire, les normes minimales et leurs programmes en cours. Ces organisations sont rapidement parvenues à concevoir des idées et des plans d’action dans lesquels la Charte et les normes de Sphère sont vues comme le moyen d’améliorer la qualité des programmes et non comme un fardeau en plus.

La CCD a jugé qu’il faudrait intensifier la coordination en ce qui concerne l’échange d’informations et le débat entre agences pilotes à l’échelon régional, point faible du programme actuel. Toutefois, Save the Children-Royaume-Uni (SC-UK) a estimé que ce n’était pas là le rôle de l’équipe de mise en œuvre Sphère, la coordination devant être menée par les agences pilotes, selon ce qu’elles jugent bon.

Une organisation a fait observer que le caractère confidentiel des rapports émanant des agences pilotes était un frein à l’échange mutuel d’informations et d’expériences. De plus, dans la plupart des cas, les rapports ne sont pas utilisés comme prévu, à savoir faciliter l’élaboration d’un plan de mise en œuvre (voir plans opérationnels, 1.6). Dans un cas, même si la pratique et la structure d’une agence avait subi des modifications marquées à la date de soumission du rapport, ce compte rendu a tout de même été estimé utile.

Plusieurs des organisations internationales plus vastes ont signalé la faiblesse des mécanismes d’échanges internes au sujet des activités Sphère sur le terrain. Ce problème est imputable, en partie, au fait que bien des agents de terrain ne savent ni que leur agence expérimente avec Sphère, ni qu’elle s’est engagée à fournir des informations sur ses expériences. Bien que les organisations diffusent des mesures et des procédures qui intègrent la Charte humanitaire et les normes minimales de manière systématique, bon nombre d’entre elles considèrent que l’expérimentation est une responsabilité du siège ou de leur direction centrale. Une deuxième raison expliquant le manque d’avis en retour du terrain est que les agents n’ont pas le temps de documenter leurs expériences.

Une agence a fait savoir que l’équipe de mise en œuvre Sphère devrait fournir davantage d’avis et de commentaires au sujet des efforts et des initiatives menés par chaque agence pilote pour intégrer le manuel dans leur panoplie d’outils et de programmes.


1.5             POLITIQUE DES AGENCES

Seules quatre agences pilotes (SC-UK, CICR, LWF et Oxfam-GB) ont introduit la Charte humanitaire et les normes minimales dans des documents d’orientation ou des décisions prises par leur conseil d’administration. Il s’agit d’organisations qui ont participé à l’élaboration de Sphère depuis 1997 et qui ont eu le temps de se forger une opinion plus claire à ce sujet.

Huit organisations n’ont vraiment pris connaissance de la Charte humanitaire et des normes minimales qu’au cours de l’année passée (CCD, DMI, AHA, Cordaid, Caritas Inde, Sarvodaya, CHA et CNEB), la plupart n’ayant eu qu’une idée générale de Sphère avant de participer au programme pilote. Pour ces agences, il sera peut-être prématuré de s’interroger au sujet des implications de Sphère sur leur orientation.

Deux agences (CRS et MCI) ont estimé que la politique actuellement suivie par leur organisation se prêtait à l’usage de Sphère en tant qu’outil susceptible d’améliorer la qualité de leur programmes. Quatre organisations (ADRA, CARE, WVI et IRC) envisagent d’introduire Sphère dans leurs mesures d’urgence à une date ultérieure.

Tout compte fait, le sentiment est que c’est moins la politique d’une organisation qui permet de mettre Sphère en œuvre ; ce qui pèse beaucoup plus, ce sont les expériences positives d’application sur le terrain.

1.6            PLANS OPERATIONNELS POUR APPLIQUER LA CHARTE HUMANITAIRE ET LES NORMES MINIMALES

L’équipe de mise en œuvre Sphère avait supposé que les agences pilotes dresseraient des plans pour étendre l’application du manuel à toute leur organisation dans le courant de cette année. Les choses ne se sont pas passées comme prévu. Trois agences seulement ont couché des plans de mise en œuvre par écrit (SCUK, CICR et Sarvodaya). Ces textes définissent notamment des lignes directrices, par service, au niveau du siège, des plans de formation et de diffusion pour les agents de terrain ainsi que des cadres d’utilisation dans des domaines d’activités précis, tel que les plans de préparation en cas de catastrophe. Etant une agence nationale, Sarvodaya a pu établir un lien direct entre ses plans opérationnels et ses programmes en cours et a défini quels seront les programmes qui intégreront Sphère dans les propositions de projet à titre expérimental et de quelle manière seront menées les analyses techniques en rapport avec les normes dans le secteur de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement. L’organisation a aussi établi un programme de formation.

Trois agences ont indiqué ne pas avoir encore dressé de plans à l’échelle de leur organisation tout entière mais en avoir toujours l’intention. La grande contrainte, en matière de planification, est le manque de temps disponible pour trouver la meilleure formule étant donné d’autres priorités d’égale importance. Les organisations décentralisées (comme CRS, WVI, CICR et Oxfam-GB) ont estimé que c’est à l’échelon de la région ou du pays que les plans opérationnels détaillés sont les plus utiles.

En résumé, les plans opérationnels dressés à l’échelon central n’ont pas été un moteur de mise en œuvre de Sphère et l’on s’accorde largement pour dire que les plans détaillés sont plus utiles près du terrain. Au niveau du pays, il est plus facile de discerner de quelle manière la Charte humanitaire et les normes minimales peuvent appuyer utilement les programmes existants.

1.7            DIFFUSION

Au sein des agences pilotes

Diffuser des connaissances de base au sujet de la Charte humanitaire et des normes minimales, à tous les échelons d’une agence, est une tâche considérable étant donné les contraintes que sont la dispersion géographique, la saturation d’informations et le roulement des effectifs. Il n’est pas surprenant que les agences aient eu moins de difficultés à faire connaître Sphère au siège que dans les bureaux des régions et les antennes de terrain. La plupart des organisations conviennent que si la majorité du personnel au siège a entendu parler de la Charte humanitaire et des normes minimales, chez les agents de terrain le pourcentage est beaucoup plus faible.

Qu’on en ait entendu parler au siège s’explique, en partie, par le fait que l’équipe du projet Sphère a effectué un exposé, au moins, au profit du personnel de divers services dans seize des dix-huit agences pilotes. Les deux qui n’ont pas assisté à ces présentations (AHA et DMI) sont constituées en équipes de travail plus petites et ont pu échanger des informations sur Sphère entre collègues plus facilement que dans les grandes organisations.

A différents échelons de ces agences, l’information a été diffusée par  tout un éventail de méthodes. En voici quelques exemples :

·        distribution du manuel assorti d’une lettre d’accompagnement du siège, dans certains cas, pour insister sur l’importance du projet,

·        exposés et discussions inclus dans l’ordre du jour de réunions courantes, illustrés par la vidéo de Sphère et, parfois, par des projections en Powerpoint ou des transparents. Dans certains cas, transparents et notes de discours ont été distribués pour encourager les directeurs de service et le personnel des régions à faire le même exposé à leurs équipes,

·        présentations sur le terrain par le personnel du siège (dans certains cas, c’est une stratégie qui est planifiée – par exemple, Mercy Corps charge l’équipe d’intervention en cas de catastrophe de faire systématiquement un exposé à chaque visite de terrain),

·        Introduction de Sphère dans la formation du staff intervenant en cas de catastrophe. Prenons l'exemple de CARE qui a un programme de formation de huit jours sur l'intervention d'urgence en cas de catastrophe. CARE a inclus la Charte humanitaire et les normes minimales dans les secteurs de la préparation et l'intervention en cas de catastrophe, de l'eau et de l'hygiène, ainsi que dans leur évaluation.

·        participation à des ateliers inter-agences consacrés à Sphère,

·        envoi direct de courrier électronique aux directeurs de pays et au personnel d’encadrement des programmes,

·        distribution d’un CD-Rom téléchargé à partir du site web, avec manuel complet et autres publications sur l’intervention en cas de catastrophe,

·        installation de la version informatique du manuel sur le disque dur des nouveaux ordinateurs envoyés sur le terrain,

·        sujet abordé dans les entretiens de recrutement et d’orientation du personnel,

·        thème traité dans les bulletins internes des agences.

Dans l’ensemble, les agences conviennent que les contacts directs (exposés, réunions, ateliers, entretiens) donneront vraisemblablement de meilleurs résultats de diffusion que les méthodes indirectes (envois par courrier, envois de CD-Rom, installation du manuel sur disque dur). Néanmoins, cela semble en partie dépendre de l’envergure de l’agence. A titre indicatif, Mercy Corps, agence internationale plus petite, a fait remarquer que la plupart de ses agents de terrain avait pris connaissance de Sphère par courrier électronique.

Diffusion aux partenaires locaux

La moitié des agences pilotes, au moins, collaborent avec des partenaires à l’échelle locale, en qualité de bailleurs de fond ou dans le cadre de la mise en œuvre de programmes. L’accent est mis sur le renforcement des capacités nationales. Pour la plupart de ces organisations, c’est l’envergure du désastre qui détermine le degré de responsabilité de ces partenaires locaux dans les programmes. Lorsque la catastrophe est circonscrite, il est courant pour les partenaires locaux de concevoir et de gérer l’intervention de manière indépendante. Les désastres de grande ampleur amènent les agences internationales à entrer en action, souvent pour soutenir le travail du partenaire local.

Il est essentiel que ces agences trouvent les moyens de faire connaître la Charte humanitaire et les normes minimales à leurs partenaires locaux et les aident à renforcer leurs capacités à les mettre en œuvre. C’est une gageure encore plus formidable que celle de les diffuser au sein d’une grande ONG. En effet, les partenaires locaux sont parfois très nombreux, avec des capacités d’absorber des notions et des pratiques nouvelles très différentes. De plus, il faut compter avec les barrières linguistiques dans certains pays, notamment lorsque l’usage de la langue locale est le moyen le plus efficace de communiquer.

Les agences reconnaissent qu’une diffusion étendue de ces informations auprès des partenaires locaux est un processus très long et lent. Le CIRC, en particulier, a mentionné l’énormité de la tâche à plusieurs reprises. Dans son cas, en plus des bureaux centraux ouverts par l’organisation dans 176 pays s’ajoutent une multitude d’antennes locales de la Croix-Rouge. La diffusion du manuel se fera des délégations régionales aux sociétés nationales et aux succursales locales. Les chefs de délégations régionales ont reçu des exemplaires du manuel dans les langues disponibles ainsi que des jeux de transparents et des notes d’exposés et les 176 agences nationales ont toutes obtenu des copies du manuel.

La  LWF a engagé le processus de diffusion de la Charte humanitaire et des normes minimales à ses partenaires locaux en les invitant à assister aux exposés effectués sur ce thème et en remettant à ses employés permanents et agents de terrain des soutiens pédagogiques sur Sphère (manuel, transparents et vidéo).

Les tâches de diffusion peuvent aussi être menées dans le cadre de programmes de formation plus vaste. En Angola, CRS contribue à renforcer les capacités de ses partenaires locaux, à se préparer aux urgences et à intervenir. Un manuel préparé dans le cadre de cette formation explique les principes de la Charte humanitaire, des normes minimales et du code de conduite en s'appuyant sur Sphère pour expliquer, dans un exemple type, la planification, le suivi et l’évaluation d’un projet d’intervention en cas de catastrophe.

Nous venons de citer des exemples d’initiatives ayant eu pour but d’atteindre un petit nombre d’agences locales, mais il serait peut-être bon que les animateurs du projet Sphère pensent davantage en termes de stratégie de diffusion, surtout en Asie et en Amérique latine où un nombre colossal de petits groupes participent à l’intervention en cas de catastrophe.

Il y a au moins trois formules qui pourraient ouvrir la voie à une diffusion plus large de ces informations : i) solliciter la participation des organisations faîtières d’ONG, par pays, dans le but de faire connaître la Charte humanitaire et les normes minimales aux ONG locales, ii) réunir agences pilotes et partenaires à l’échelon national pour trouver, par voie de discussion, la formule la plus utile dans le contexte local et iii) prévoir, lors de la réunion d’une agence pilote, un espace de temps au cours duquel ceux qui travaillent avec les partenaires locaux pourraient discuter de la meilleure manière de procéder. Ces options pourraient continuer à être débattues au cours de la phase III du projet Sphère.

1.8            USAGE DE LA CHARTE HUMANITAIRE ET DES NORMES MINIMALES DANS TOUT LE CYCLE DU PROJET

Evaluation

Un recensement des évaluations menées à partir du manuel (ou l’emploi d’outils d’évaluation tirés du manuel), à la fois par des agences prises isolément et de groupes d’organisations a commencé.

L’on a eu largement recours aux normes minimales lors d’évaluations effectuées dans le sillage du super-cyclone qui a dévasté Orissa, en Inde, sous l’impulsion d’Oxfam-GB, à l’aide d’un outil d’évaluation de santé publique qui reposait sur Sphère. Ce support à l’évaluation comprenait notamment des listes de pointage dans les secteurs de la santé, de la logistique, de l’alimentation et de la nutrition, de l’aménagement des abris et des sites ainsi que de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement. A Orissa, des groupes d’ONG ont débattu de questions adaptées au contexte local avec des fonctionnaires et les évaluations ont été coordonnées entre agences.

Les choses ne se sont pas déroulées de la même façon pendant les crues du Mozambique en raison du fait peut-être que bien des bilans préliminaires ont été dressés par avion, étant donné les difficultés d’accès. Toutefois, on s’est appuyé sur Sphère dans les réunions ultérieures, surtout pour planifier des projets d’approvisionnement en eau et d’assainissement (voir partie suivante : Analyse et planification de projet).

Au Timor Oriental, Oxfam-GB indique s’être servi du manuel à l’étape de l’évaluation, surtout pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement.

Plus récemment, le manuel Sphère et les critères de l’OMS ont été retenus comme normes et points de référence communs pour la menée d’une évaluation rapide des besoins coordonnée par l’OCHA[3] ainsi qu’avec l’Etat angolais et des ONG du pays, en mai 2000. Cette initiative a été lancée par un comité de coordination inter-agences qui comprenait des agences pilotes Sphère. Le comité a fixé les paramètres de cette évaluation des besoins et a recommandé que les équipes chargées du bilan se servent des mêmes normes pour analyser les conditions de l’intervention humanitaire. Puis, ce processus d’évaluation et de planification coordonné entre agences a été étendu à l’échelon national et provincial.

Le fait que la version portugaise du manuel n’ait été disponible qu’en septembre 2000 et n’a pas encore été largement distribué en Angola a limité l’impact de Sphère dans ce processus. Beaucoup d’intervenants importants, que ce soit dans le secteur public ou dans les ONG, n’ont été exposés qu’aux normes minimales et indicateurs de Sphère indiqués dans le questionnaire d’évaluation des besoins (rédigé par le comité de coordination) plutôt qu’aux notions plus larges discutées dans le manuel. Toutefois, la démarche entreprise en Angola est importante pour généraliser l’emploi de normes d’intervention humanitaire parmi tous les intervenants, lors d’une urgence complexe. C’est pourquoi nous revenons sur ce processus dans diverses parties de notre rapport.

Outre l’outil d’évaluation d’Oxfam-GB, Christian Aid a mis au point un classeur de documents dans le but de faciliter les évaluations menées par son personnel et les agences partenaires. Le but est d’uniformiser les méthodes de recueil d’informations dans la première phase de l’intervention en cas d’urgence. Dans la partie programme de ce classeur, les normes minimales de Sphère servent de point de référence et de guide pour recueillir les données. Cet outil n’a pas encore été mis à l’épreuve sur le terrain mais constitue la marque d’une initiative de plus qui tend à faire des normes minimales de Sphère un fondement d’évaluation.

Dans l’état du Gujarat, en Inde, le DMI a l’intention de faire traduire l’outil d’évaluation de santé publique d’Oxfam-GB en gujarati. Une réunion a été organisée avec 18 fonctionnaires et représentants d’ONG nationales et locales dans le but d’expliquer le mode d’emploi de cet outil.

Pour conclure, certains éléments donnent à penser que Sphère est de plus en plus utilisé dans les évaluations, particulièrement, semble-t-il, dans les bilans conjoints, même si les agences de secours sont loin d’avoir fait du manuel (et des outils fondés sur Sphère) un fondement systématique d’évaluation dans toutes les catastrophes. L’évaluation semble avoir été un point faible lors des crues du Mozambique et le bilan effectué par le DEC (Disasters Emergency Committee ou Comité d’intervention d’urgence en cas de catastrophe) de la riposte au Kosovo conclut également à la faiblesse des évaluations[4]. L’impression est que si les agences pilotes ont pris un bon départ pour élaborer des outils d’évaluation reposant sur Sphère, il y a encore à faire pour veiller à ce que l’on utilise ces instruments et le manuel Sphère de manière systématique.

Analyse et planification de projet

Les agences pilotes signalent une augmentation marquée du nombre de références à Sphère dans les propositions de projet. Etant donné que les agences n’ont pas de dépôt centralisé de propositions de projet, il a été difficile de vérifier l’affirmation reprise par la plupart des organisations selon laquelle Sphère a été de plus en plus cité au cours de l’année passée. Toutefois, l’on constate qu’un nombre croissant de systèmes, de procédures et d’examens techniques préconisent l’emploi de Sphère pour l’analyse et les propositions de projet. A preuve :

·        le CICR exige que les appels à propositions et les soumissions relatives à des projets d’intervention en cas d’urgence se servent de Sphère comme canevas,

·        ADRA, Mercy Corps et CRS analysent les propositions de projet en fonction de la Charte humanitaire et des normes minimales et suggèrent des moyens de les incorporer,

·        World Vision emploie Sphère comme fondement pour concevoir ses programmes d’intervention en cas de catastrophe,

·        les responsables du fonds d’intervention en cas d’urgence de CARE-Etats-Unis exigent que les propositions d’intervention en cas de catastrophe fassent référence à Sphère et demandent qu’il en soit fait spécifiquement mention, pour lever toute incertitude éventuelle,

·        l’IRC a élaboré une grille d’analyse des problèmes et un système de planification de projet qui s’appuie sur Sphère et garantit la prise en compte de la Charte humanitaire et des normes minimales en phase de planification.

Voici quelques exemples précis où l’on s’est servi des normes et indicateurs Sphère dans des propositions de projet. Ils ne constituent pas une liste exhaustive et il est probable qu’un grand nombre d’autres propositions aient fait référence au manuel.

CRS s’est servi des normes comme canevas à Orissa pour choisir les matériaux de construction ainsi que les plans des sites et des abris, à Madagascar pour établir les quantités d’eau nécessaire et, au Venezuela, pour composer le panier alimentaire. Pour analyser les informations d’évaluation et préparer les propositions de projet, il a été conseillé au personnel de Sphère de se servir du manuel de pair avec une brochure à usage interne intitulée « Conseils en matière de proposition de projet » qui contenait une série d’outils destinés à l’analyse, dont des arborescences (ou arbres à problèmes) et des espaces-temps. Le processus sera développé plus en avant, dans un avenir proche, CRS préparant un manuel de préparation et de riposte aux urgences qui viendra compléter la brochure « Conseils en matière de proposition de projet » et contiendra une série de mentions au sujet de la Charte humanitaire et des normes minimales.

ADRA s’est servi de Sphère dans des propositions concernant l’Albanie et le Kosovo. Mercy Corps a cité les normes minimales pour des projets  concernant le Pakistan, l’Afghanistan, la Bosnie et  le Kosovo. WV-Etats-Unis, Canada et Australie ont tous invoqué les normes de Sphère dans diverses propositions. CARE-US a utilisé les normes comme points de référence dans des propositions concernant l’Ethiopie et le Kosovo. L’IRC a repris les normes et les indicateurs dans des propositions relatives à des réfugiés thaïlandais et afghans. Save the Children a intégré les normes et les indicateurs de Sphère dans la plupart des soumissions concernant des interventions en cas d’urgence au cours de l’année passée.

Au Timor Oriental, la Charte humanitaire a servi de point de référence pour analyser les informations tirées du bilan initial. L’équipe d’évaluation conjointe  a trouvé la notion de droit à vivre dans la dignité ainsi que la distinction entre combattants et non-combattants particulièrement utiles pour définir une stratégie de protection.

Dans le cadre d’évaluations et de plans menés de pair, l’OCHA et l’Etat angolais ont commencé à utiliser les normes et les indicateurs dans l’analyse et la planification de projets à l’échelon des provinces, ainsi que dans les projets menés par des services de l’administration, des agences de l’ONU et des ONG. Des groupes de travail ont été établis dans le but d’analyser les données d’évaluation des besoins par secteur, de reconnaître les problèmes principaux et de fixer des normes et des indicateurs pour les plans opérationnels. Des représentants d’agences pilotes (CARE, Oxfam-GB, LWF, Okutiuka et SC-UK) ont participé à des groupes de travail au niveau provincial et central. Là encore, le processus a été entravé par le manque d’exemplaires en portugais du manuel Sphère.

Pour conclure, il semble que la plupart des agences pilotes se servent davantage de la Charte humanitaire et des normes minimales dans l’analyse des programmes et des projets, la planification et la rédaction de propositions. Il est possible que l’on fasse davantage usage de Sphère pour l’analyse et la planification que pour l’évaluation. C’est peut-être dû aux lignes directrices et aux procédures adoptées par les agences qui encouragent l’utilisation de Sphère dans la rédaction de propositions, mais pas nécessairement pour le recueil de l’information. Etant donné que la qualité d’une proposition dépend de la qualité des données d’évaluation ainsi que de leur analyse, les agences pourraient envisager d’élargir le champ d’application de leurs procédures et lignes directrices à l’évaluation, à fonder sur Sphère.

Les exemples d’analyse et de planification conjointe s’inspirant de la Charte humanitaire et des normes minimales au Timor- Oriental et en Angola indiquent des possibilités de coordonner des plans à l’aide de Sphère, à l’avenir.

Suivi de projet

Plusieurs études distinctes relèvent que le suivi et l’analyse intra-muros de programmes sont des domaines qui laissent particulièrement à désirer dans l’intervention des ONG en cas de catastrophe[5]. Les propres recherches de Sphère sur la responsabilisation[6] aboutissent également à la conclusion qu’il faut améliorer le suivi interne, un pas de plus vers une plus grande responsabilisation. Les agences pilotes reconnaissent que le suivi des programmes et des projets constitue un point faible et que la formation aux techniques de suivi ainsi que la mise en place de systèmes simples et solides de collecte et de compilation des données par rapport aux indicateurs sont deux sujets dans lesquels il faudra davantage investir à l’avenir.

Certaines agences pilotes avaient déjà reconnu que le suivi était un point faible particulier avant de participer au programme pilote et elles voient les normes minimales comme l’occasion d’intensifier les efforts en cours vers un renforcement de la responsabilisation. L’IRC, par exemple, estime que mieux responsabiliser est un aspect central de l’expérimentation et a nommé un cadre de l’unité de suivi et d’évaluation comme point de contact clé pour Sphère. L’IRC est en train d’effectuer un investissement qui s’étend à toute l’organisation dans le but d’améliorer la qualité de l’évaluation, de la planification, du suivi et de l’évaluation des projets à l’aide d’un outil mis au point de concert avec l’université Columbia. Cet outil, le cadre de liens de causalité, se sert des indicateurs Sphère comme jalons qui permettent d’établir si les projets atteignent ou non les objectifs fondés sur les normes minimales.

Oxfam-GB travaille à l’amélioration de ses systèmes de suivi et a conçu un jeu d’instruments dont le but est d’aider les agents de terrain à analyser les dangers en cas d’urgence, à fixer des espaces-temps à l’aide d’indicateurs reposant sur Sphère et à établir des systèmes de collecte et de compilation de données sur des indicateurs choisis[7]. Le cadre fait avancer un peu plus le suivi sur les indicateurs de Sphère en proposant que les agences décomposent une urgence en trois phases : situation immédiate (1 à 3 semaines), stabilisation (0,5 à 2 mois) et retour à la normale (2 à 6 mois).  La proportion dans laquelle les normes minimales (et des indicateurs choisis) devraient être atteints pourrait être différente selon l’étape. Des créneaux types ont été établis et vérifiés par différents moyens au cours de chaque phase. Point important, ce document analyse aussi les indicateurs de contexte pour que l’usager tienne compte de l’environnement extérieur (sécurité, accès, droits humains, cadre économique, social et politique).

Oxfam-GB est d’avis qu’il faudra probablement détacher un spécialiste du suivi et de l’évaluation sur le terrain au tout début d’une catastrophe pour mettre le système en place. Il faudrait aussi insister beaucoup plus sur le renforcement des capacités des agents de terrain à suivre les projets d’intervention en cas d’urgence.

La fédération internationale de la Croix-Rouge a également conscience de la nécessité d’améliorer le suivi et a élaboré une série de cinq avant-projets de questionnaires fondés sur le manuel Sphère pour appuyer le suivi des programmes et améliorer le compte rendu par rapport aux normes. Il faudra acquérir de l’expérience dans l’emploi de cet outil mais l’on prévoit aussi que ces questionnaires seront intégrés dans l’évaluation des besoins en cas d’urgence.

On a mentionné à plusieurs reprises l’expérience de MSF Hollande (MSF-H) dans le domaine du suivi des urgences. Depuis 1997, MSF-H œuvre de manière soutenue au développement de notions, de méthodes et de cadres de suivi et d’évaluation dans les interventions humanitaires[8]

Pour conclure, aucune agence pilote ne s’est déclarée satisfaite de ses systèmes de suivi et la plupart se sont déclarées intéressées par une collaboration qui permettrait de les améliorer et de renforcer la responsabilisation. Cette collaboration pourrait prendre deux formes : i) élaborer systèmes, outils, effectuer des expériences sur le terrain et échanger ces informations sur le suivi de projet et ii) dresser des bilans et entreprendre des évaluations de manière conjointe. La deuxième proposition, évaluations menées en collaboration, a été faite à l’occasion des recherches sur la responsabilisation de Sphère. En phase III du projet Sphère, les agences pilotes auront l’occasion de choisir entre diverses options susceptibles de renforcer le suivi.

Evaluation de programme 

Aucune agence n’a indiqué avoir mené de bilan interne de programme ou de projet (à savoir du personnel évaluant sa propre performance) ou d’évaluation de projet d’intervention en cas de catastrophe en se fondant sur Sphère.

Toutefois, l’on commence à voir dans les bilans effectués à l’extérieur des références à la Charte humanitaire et aux normes minimales. L’ACT vient d’adopter des lignes directrices pour l’évaluation de programmes financés par le biais de son mécanisme d’appel qui exigent l’emploi de Sphère comme critère d’évaluation pour les programmes dont le budget cible dépasse 5 millions de dollars.

Dans le bilan de son intervention au Kosovo, le DEC (mécanisme conjoint de financement pour les ONG du Royaume-Uni) comprenait un chapitre sur les normes de performance et des parties sur Sphère, le code de déontologie et le code People in Aid (personnes dans l’assistance). Il a été noté que la plupart des indicateurs de santé Sphère avaient été atteints en Albanie et en Macédoine mais que les prestations étaient inférieures aux normes en matière d’assainissement et que le respect des normes afférentes à la distribution de denrées alimentaires et autres articles variait grandement d’une agence à une autre. Voici les obstacles à l’emploi de Sphère sur le terrain qui ont été relevés : méconnaissance de ces normes chez les agents de l’aide, fort taux de roulement des effectifs, mauvaises connaissances du travail d’urgence en général, peu d’incitation à s’améliorer étant donné l’ampleur du soutien des bailleurs de fonds au Kosovo, piètres mécanismes de coordination et accès limité à la population pendant la campagne de bombardement.

Une recommandation du rapport est que le DEC impose comme condition d’adhésion que les agences appuient la Charte humanitaire et les normes minimales. Aucune décision n’a été prise à ce sujet, pour l’instant. Une deuxième recommandation est que le DEC et chacune des agences devraient effectuer des évaluations « en temps réel », à savoir analyser la situation au fil de son développement plutôt que de reporter l’analyse après l’arrivée des secours.

Le DEC est en train d’évaluer l’intervention à la suite des crues qui ont frappé le Mozambique. Le rapport de la première phase fait mention de Sphère même si les référence au code de conduite sont plus détaillées.

Les ONG des Pays-Bas ont aussi institué un mécanisme de financement conjoint ; Cordaid a indiqué que la menée d’évaluations conjointes reposant sur Sphère est envisageable à l’avenir.

En résumé, l’on n’a pas signalé de cas d’agences pilotes ayant entrepris des évaluations internes compte tenu de la Charte humanitaire et des normes minimales. Un mécanisme de financement, au moins, le DEC, se sert de Sphère comme point de référence dans les évaluations effectuées à l’extérieur et il est probable que les agences bailleurs de fonds seront de plus en plus enclines à inclure la Charte et les normes de Sphère, le code de conduite et le code des personnes dans l’assistance dans les mandats aux fins d’évaluation.

1.9            PROMOTION DE SPHÈRE

Il y a plusieurs instances où l’on s’est servi, avec succès, de la Charte humanitaire et des normes minimales comme outil dans le but de négocier et de promouvoir les minima convenables en matière d’assistance humanitaire. Dans tous ces cas, l’argument décisif a été que le manuel Sphère constituait un jeu de normes internationalement reconnues. 

ONG défendant auprès des pouvoirs publics les droits des personnes sinistrées par suite de catastrophe ou de conflit

·        La Croix-Rouge du Danemark s’est appuyée sur la Charte humanitaire et les normes minimales pour convaincre l’Etat danois de ne pas fournir de conteneurs de marchandises en guise d’hébergement temporaire pour des réfugiés du Kosovo, en invoquant les minima à respecter dans le secteur de l’aménagement des abris et des sites.

·        L’institut pour pallier les catastrophes (Disaster Mitigation Institute ou DMI) situé dans l’état de Gujarat, en Inde, se sert du manuel pour comparer le code de secours de l’état aux normes internationalement acceptées de Sphère. A l’issue de cette étude, le DMI fera vraisemblablement pression pour que certaines normes clés soient modifiées.

·        A l’aide du manuel, Oxfam-GB au Sierra Leone a négocié (avec succès) avec le gouvernement pour augmenter l’espace alloué aux personnes déplacées au sein du pays, au motif que la superficie octroyée ne correspondait pas aux normes Sphère.

·        Des ONG au Sri Lanka ont invoqué la Charte humanitaire et les normes minimales pour amener les autorités à autoriser le passage d’articles essentiels aux programmes d’assistance humanitaire dans des territoires contrôlés par les Tamouls.

Les pouvoirs publics se servent des normes minimales comme moyen de fixer un seuil de performance chez les prestataires de service

·        Le ministère de la Santé de Turquie introduit les normes Sphère dans la formation et les plans de préparation aux urgences de santé publique, grâce à l’aide de Mercy Corps. A l’avenir, les agences de secours sont supposées respecter les normes et les indicateurs de santé publique dans les interventions en cas de désastre.

·        A la suite de l’évaluation rapide des besoins, et sur la base du processus de planification, le président angolais a adopté un décret fixant des normes opérationnelles minimales pour la réinstallation et le retour des populations déplacées. Ces normes reposent sur les principes Deng et reprennent quelques indicateurs Sphère. Elles obligeront tous les acteurs humanitaires à œuvrer à la concrétisation des mêmes normes.

ONG se servant de Sphère comme outil de promotion des droits des populations sinistrées par suite de conflit ou de calamité dans tout le système humanitaire

·        La Croix-Rouge de Finlande fera du manuel Sphère un de ses outils de référence dans le but de promouvoir les droits des populations touchées par des urgences « tombées dans l’oubli ».

·        En qualité de président du groupe de travail des ONG œuvrant à l’ordre du jour commun entre les Etats-Unis et le Japon, Mercy Corps fait pression pour que les normes Sphère soient incluses dans des accords écrits, ce qui engagera la responsabilité des deux pays à atteindre ces normes minimales dans le domaine de l’assistance humanitaire.

Les efforts visant à promouvoir l’assistance humanitaire à l’aide des normes n’ont pas tous été couronnés de succès : en Macédoine, CRS a cherché à négocier une augmentation de la superficie de terrain alloué à des réfugiés du Kosovo. Les pouvoirs publics n’ont pas accepté ; toutefois, les normes et indicateurs ont offert un bon argumentaire.

Outre les cas d’emploi de Sphère comme outil de promotion dans nos pratiques actuelles, la fédération internationale de la Croix-Rouge a proposé que Sphère apporte sa contribution au droit international à l’avenir. Dans son rapport sur les catastrophes dans le monde de l’an 2000, le CICR note qu’il n’existe aujourd’hui aucune législation internationale protégeant les droits des populations touchées par des calamités et que Sphère « ...pourrait être une étude de cas concernant un droit coutumier international en formation … Sphère est ce qui nous rapproche le plus d’un jeu de normes d’ensemble applicables à l’intervention en cas de catastrophe » (Rapport sur les catastrophes dans le monde, 2000, page 153).

L’étendue de ces expériences est preuve que la Charte humanitaire et les normes minimales offrent un énorme potentiel en tant qu’outil de promotion de l’aide humanitaire.

1.10            PREPARATION AUX CATASTROPHES

On a beaucoup discuté de la possibilité d’utiliser le manuel Sphère comme canevas des plans de préparation aux catastrophes et certains exemples concrets commencent à se profiler. Les plans de préparation aux urgences et d’intervention pour en pallier les effets peuvent être dressés à deux niveaux : i) à un macro-échelon, faisant intervenir l’administration et les ONG à l’échelle du pays ou du département et ii) à l’échelon des collectivités, la population étant amenée à planifier les modalités de sa sécurité et de son développement propres.

Parmi le groupe d’agences pilotes, deux ONG du sud (DMI en Inde et CCD au Honduras) sont axées sur l’élaboration de plans de préparation aux catastrophes et d’intervention pour en pallier les effets à l’échelle de la collectivité, tandis que les organisations internationales ont eu tendance à opérer à l’échelon national, souvent de pair avec l’administration. Le DMI, dans l’état du Gujarat, a collaboré avec un grand groupe de villages (une centaine) dans ces deux domaines. Les normes minimales sont introduites dans cette planification en posant la question de savoir ce que la collectivité doit faire pour atteindre les normes et continuer à les respecter en cas de catastrophe, en s’appuyant sur l’assistance extérieure, selon les besoins.

Au Honduras, la CCD prévoit d’organiser une série d’ateliers consacrés aux plans pour se préparer à l’intervention et remédier aux effets d’une catastrophe avec les collectivités touchées par le cyclone Mitch. Le programme commencera par une formation du personnel et une analyse portant sur la meilleure façon d’utiliser les normes Sphère dans les plans de préparation à l’intervention élaborés à l’échelle locale. Le but pour les collectivités sera de déterminer comment atteindre les normes Sphère le plus vite possible lors d’une catastrophe à venir.

La fédération luthérienne mondiale (LWF) œuvre aussi à l’élaboration locale de plans pour se préparer à l’intervention et remédier aux effets des catastrophes. Le réseau ACT, dont la LWF est membre fondateur, organise une formation continue sur les questions pratiques d’intervention en cas d’urgence, qui prévoit l’usage du manuel Sphère comme outil de référence essentiel.

A l’échelon organisationnel, Mercy Corps a dressé des plans d’urgence en cas de catastrophe en collaboration avec les pouvoirs publics de la Turquie, du Tadjikistan et des Balkans (Kosovo, Albanie et Monténégro). Ces plans s’appuient sur le manuel Sphère qui est un point de référence pour les services à fournir en cas d’urgence et les normes à atteindre.

Save the Children a fixé des lignes directrices en matière de planification pour se préparer aux urgences en faisant référence aux principes et aux normes de Sphère ainsi qu’à un code de déontologie. Le manuel sert à expliquer de quelle façon les normes seront atteintes en cas d’urgence et à déterminer les articles qui seront requis pour l’intervention. Tous les responsables de programme nationaux sont priés de dresser de tels plans d’ici la fin de l’an 2000.

Dans le cadre d’un programme dont le but est de compléter les travaux entrepris par l’équipe d’intervention rapide, World Vision est en train d’ouvrir des entrepôts dans le monde, qui serviront d’avant-postes pour l’intervention en cas d’urgence. Le manuel Sphère sert de canevas pour déterminer le type et les quantités d’articles requis.

Ces exemples montrent que l’on reconnaît de plus en plus que pour atteindre les normes dès que possible dans l’intervention après la catastrophe, il est essentiel de planifier à long terme. En phase III du projet, l’on suivra les progrès et l’on distribuera les études de cas sur les plans de préparation aux catastrophes et d’intervention pour en pallier les effets à l’échelon des collectivités et à l’échelle nationale, compte tenu du manuel Sphère.

1.11            SOCIETE CIVILE ET PARTICIPATION DES POPULATIONS SINISTREES

Deux questions en rapport avec la participation des populations ont fait surface pendant le programme pilote: i) faut-il ou non informer la population sinistrée des normes et des indicateurs et si oui, dans quelles circonstances ; ii) on a fait observer que la participation de la population touchée dépasse la nécessité d’être politiquement correct ; en effet, il est extrêmement difficile pour les ONG d’observer les normes techniques sans une participation effective de la population.

i) Si toutes les agences pilotes s’accordent pour penser que la population sinistrée devrait être informée des plans du projet et qu’il convient de le faire avec un maximum de transparence, les avis sont partagés pour ce qui est de lui faire connaître ses droits et de débattre des indicateurs avec elle.

Certaines agences estiment que la Charte humanitaire et les normes minimales constituent encore un travail en cours et que les ONG n’ont pas assez d’expérience de travail selon ces paramètres pour informer les populations sinistrées de leurs droits. Il faut évoquer le risque inhérent au fait de communiquer des normes et des indicateurs et de ne pas parvenir à les respecter. D’autres agences considèrent que les populations sinistrées peuvent être informées à différents niveaux : les plans de mise en œuvre sont portés à leur connaissance et discutés mais pas la notion de normes et d’indicateurs rattachés à un cadre fondé sur des droits.

Le CICR estime que la transparence est la clé de cette question. Elle revêt de l’importance si l’on veut encourager un véritable débat avec la population sur le sens de ces droits en pratique et les contraintes liées aux conditions de l’intervention en cas de catastrophe. La population a le droit de vivre dans la dignité ainsi que l’énoncent les normes. Mais cela n’implique pas le droit à un nombre défini de barres de savon, par exemple, comme défini par les indicateurs ; les articles précis et les quantités distribuées seront fonction de la situation qui prévaut. Ce qui compte, c’est notre capacité à amener la population locale à s’investir, notamment ses chefs. D’après son expérience, le CICR pense que plus l’on est ouvert, plus on réduit les tensions.

Le CICR a mis à profit la Charte humanitaire et les normes minimales dans deux camps de réfugiés d’Afrique australe dans le but d’améliorer le dialogue entre le personnel de la Croix-Rouge et les dirigeants des camps de réfugiés. A titre indicatif, l’usage des normes Sphère comme outil d’auto-évaluation et de formation dans le domaine de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement auprès d’agents chargés de promouvoir l’hygiène dans une communauté de réfugiés congolais en Zambie du nord a été bien accueilli. En Namibie, les références à la Charte humanitaire ont contribué à clarifier pour les bénévoles de la Croix-Rouge la différence entre charité à l’ancienne et approche fondée sur les droits dans l’assistance humanitaire.

Mercy Corps (MCI) met fortement l’accent sur la société civile en tant que force capable de prévenir, d’amoindrir et de gérer les catastrophes. MCI s’intéresse aux programmes susceptibles de renforcer la société civile en situation de secours et a beaucoup fait pour mobiliser la population d’un camp de réfugiés en Macédoine. Des commissions ont été élues pour collaborer, avec les ONG, à l’élaboration des plans et à la fourniture des services. On a entrepris de faire le compte rendu de cette expérience et d’étudier de quelle façon les questions de droits et de normes ont été abordées avec la population.

La réticence à informer les populations sur les normes et les indicateurs tient, en partie, au choix du moment : la plupart des agences conviennent qu’il est plus facile d’en débattre en phase stable, de retour à la normale plutôt qu’au début, lorsque l’urgence est aiguë. Il pourrait être encore plus productif de discuter de ces questions avec les collectivités avant la survenue d’un désastre. Si les agences parvenaient à conscientiser les populations au sujet de leurs droits, des normes et des indicateurs dans le cadre des plans de préparation aux catastrophes, il n’est pas impossible que la collectivité s’estime alors tenue, au même titre, d’œuvrer en vue d’atteindre ces normes, en cas de désastre. Le travail du DMI et de la CCD à cet égard pourrait ouvrir des voies pour l’avenir.

ii) S’agissant de l’importance de la participation aux fins de parvenir aux normes et de s’y maintenir, Oxfam-GB au Sri Lanka a choisi un camp de personnes déplacées et a décidé de l’amener au niveau des normes et des indicateurs de Sphère dans le domaine de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement. Il a fallu construire des puits et des latrines conformément à ces critères et mettre sur pied des systèmes et des campagnes d’information pour éliminer les déchets solides. Il s’est révélé possible de parvenir à appliquer les normes et les indicateurs, mais la population n’ayant ni participé à la gestion du projet, ni assumé la responsabilité de l’entretien, les prestations sont retombées en deçà des normes.

En résumé, les questions méritant d’être étudiées plus en avant en phase III sont les suivantes : de quelle manière et quand engager un débat probant avec la population au sujet des droits, des normes et des indicateurs et quelles sont les approches ayant donné les meilleurs résultats dans l’élaboration de plans et la gestion d’une intervention en cas de catastrophe fondée sur la participation des personnes sinistrées.

1.12            FORMATION

Les agences pilotes ont effectué un investissement considérable de formation au sujet de Sphère au cours de l’année passée. Plus de 120 employés de dix-sept de ces agences pilotes[9] ont participé à des ateliers inter-agences organisés dans 12 pays[10] depuis novembre 1999. En outre, onze agences pilotes sur dix-huit ont organisé des séminaires. 

La LWF a accordé une importance particulière aux ateliers de formation inter-agences et a imposé la norme selon laquelle toutes les antennes de programme sur le terrain doivent soit organiser des séminaires pédagogiques inter-agences, soit y participer.

Après avoir analysé l’impact de la formation Sphère au cours de l’année, la plupart des organisations indiquent que les ateliers inter-agences ont été particulièrement utiles en ce qu’ils ont fourni à l’administration, à l’ONU et aux ONG une occasion d’analyser l’application du manuel dans le contexte des pays. Autre point important, ces séminaires ont aussi nettement contribué à faire connaître Sphère aux effectifs de terrain. Bien des partisans fervents de l’application du manuel sur le terrain, à la recherche de possibilités pour appliquer la Charte humanitaire et les normes minimales, ont participé à des ateliers inter-agences. L’expérience donne des raisons de croire que les participants aux séminaires ne se serviront pas forcément tout de suite de Sphère dans leur travail ; mais ils repèreront les situations dans lesquelles le manuel pourrait ultérieurement leur être utile.

Outre les ateliers inter-agences, dix de ces agences pilotes ont suivi un séminaire de formation des formateurs sur Sphère, à Genève, en mai 2000. Etant donné que le nombre de places était limité et que le but était de diffuser une formation aussi large que possible, seules ont été invitées les agences pilotes actives dans plus d’un pays. Cet atelier a permis aux organisations d’étudier les documents pédagogiques[11] et de s’interroger sur les manières de les intégrer dans les sessions de formation internes.

La moitié, au moins, des agences pilotes ont organisé, intra-muros, des exposés ou des sessions de formation sur Sphère au cours de l’année. Certaines ont repris ou adapté les supports pédagogiques et davantage d’organisations envisagent de se servir de ces documents à l’avenir. MCI a utilisé des pièces présentées à l’atelier de formation des formateurs pour faire connaître Sphère aux directeurs des programmes dans les divers pays. SC-RU s’est servi de ces supports pédagogiques pour des réunions au siège et dans des ateliers régionaux et devrait adapter une partie des documents sur l’état de préparation à l’intervention, pour les utiliser à l’avenir. CARE (comme mentionné au point 1.7. Diffusion) a introduit Sphère dans leur programme de formation de huit jours pour l'intervention en cas de catastrophe. Cette formation inclut un exercice de simulation de deux jours qui sert à développer le bien fondé de Sphère dans la pratique. Ces exercices de simulation se sont tenus en Afrique de Sud, à Atlanta et en Angleterre.

La CCD au Honduras a l’intention d’adapter les documents pédagogiques de Sphère, pour s’en servir à l’avenir et de former des membres des collectivités à se préparer à l’intervention en cas de catastrophe et à en pallier les effets. CARE envisage de s’appuyer sur les supports de formation Sphère pour organiser des séminaires à Atlanta et en Europe. Oxfam-GB prévoit d’organiser un atelier de formation des formateurs à l’aide de documents Sphère afin que ces connaissances gagnent les agents de terrain par le biais des conseillers en urgence et des coordinateurs régionaux de l’aide humanitaire.

CHA s’est servi des supports pédagogiques dans le cadre d’ateliers organisés dans différentes régions de la partie orientale du Sri Lanka mais estime que l’usage de l’anglais en a limité l’impact et que les études de cas devraient être adaptées au pays. En collaboration avec d’autres agences pilotes au Sri Lanka, CHA a l’intention d’adapter les documents de formation au contexte national.

Certaines agences préconisent une formation plus pointue par secteur, en plus des cours actuels sur Sphère, pour renforcer les capacités des agents généralistes qui participent à l’intervention d’urgence. Caritas, en Inde, est en train de mettre sur pied une équipe d’intervention rapide et veut dispenser des cours de base en santé, assistance alimentaire, nutrition, aménagement des abris et des sites, approvisionnement en eau et assainissement dans les situations d’urgence. Dans chaque secteur, l’on mettra l’accent sur la théorie et la pratique de prestation de services conformément aux normes Sphère. Caritas a invité d’autres agences pilotes représentées à Delhi à discuter de l’établissement conjoint d’un programme de formation.

SC-RU reconnaît également la nécessité d’élaborer des documents plus approfondis pour appliquer les normes Sphère dans le domaine de la santé et de la nutrition. Un groupe de travail inter-agences a été établi pour sélectionner les indicateurs les plus importants du manuel et préparer un module de formation sur les moyens d’adapter les indicateurs en fonction du contexte. Ce module viendra compléter les supports pédagogiques Sphère existants.

Le CICR a adopté une approche pédagogique novatrice au sujet de Sphère en organisant des ateliers dans les camps de réfugiés avec de petits groupes d’employés et de bénévoles dont la tâche principale est de comparer les prestations en cours avec celles que recommandent le manuel. Par le biais de cet exercice motivant et pratique, les participants ont découvert que le manuel devient un document de travail vivant. Dans bien des cas, il a été établi que les normes avaient été atteintes et que certains indicateurs avaient été dépassés.

Dans les évaluations effectuées au terme des ateliers inter-agences, l’on relève une forte demande de documents d’étude de cas fondés sur des expériences réelles. Des plans sont en cours pour centraliser les données sur des cas concrets utilisés dans ce rapport et les intégrer dans les supports pédagogiques de Sphère.

Pour conclure, les agences pilotes ont largement participé aux ateliers Sphère organisés au cours de l’année passée. Elles ont aussi innové en adaptant les supports pédagogiques afin de s’en servir intra-muros. Elles s’intéressent de plus en plus à une formation sectorielle plus pointue et souhaitent expérimenter une formation pratique de terrain. Les études de cas sont considérées comme des outils essentiels pour aider les agences à comprendre de quelle manière appliquer concrètement la Charte humanitaire et l