Annexe 1
Résumé de la phase II
1.0 Objectif :
Diffuser et appliquer la Charte humanitaire ainsi que les normes minimales de Sphère à grande échelle au sein du système humanitaire international et encourager leur adoption et leur usage par les agences de secours et leurs bailleurs de fonds.
1.1 Buts précis
But 1, diffuser des informations de manière généralisée au sujet de la Charte humanitaire et des normes minimales élaborées en phase 1 dans les agences d’assistance, les administrations ainsi que les centres de recherches et établissements d’enseignement :
Cette diffusion a été menée principalement sur cinq fronts : distribution du manuel, élaboration d’un site web, diffusion d’un bulletin par voie électronique, production d’une bande vidéo de présentation du sujet et organisation de multiples exposés.
Distribution du manuel
· Envoi de 5 000 exemplaires du manuel (version préliminaire) à des milliers de praticiens de
l’assistance humanitaire à travers le monde.
· Publication de la version révisée du manuel (première version définitive) en anglais, espagnol, français, portugais et russe. Passation d’un contrat avec Oxfam Publications en vue de vendre et de distribuer toutes les versions linguistiques du manuel. Un index a été ajouté dans les réimpressions.
· Elaboration et mise en oeuvre d’un plan de promotion conjoint du manuel avec Oxfam Publishing qui prévoit notamment la prise de contacts avec des revues d’aide humanitaire aux fins d’analyse, et le dialogue à ce sujet avec des établissements d’enseignement, des journalistes influents et divers « groupes de réflexion » sur l’aide humanitaire et l’intervention en cas d’urgence.
Elaboration d’un site web
· Lancement d’un site web indépendant en décembre 1998. Ce site (www.sphereproject.org) remplace celui qui avait fait partie de la page web de la FICR. Par la création d’un site distinct, les animateurs du projet Sphère ont souligné qu’ils n’étaient à la remorque d’aucune institution. L’ouverture de ce site a été annoncée à l’occasion d’exposés sur Sphère, dans diverses revues et bulletins consacrés à l’aide humanitaire et, bien entendu, dans les propres documents du projet. Le nombre de visites sur ce site n’a cessé d’augmenter : 114 consultations le premier mois ; 10 656 visites dix mois plus tard et, au terme de la phase II, le chiffre de 30 000 a été dépassé. L’on trouve sur ce site le manuel en version anglaise, espagnole, française et portugaise ainsi que les bulletins, supports pédagogiques, études de cas, études commanditées et comptes rendus annuels en rapport avec le projet Sphère.
Diffusion d’un bulletin par voie électronique :
· Lancement d’un bulletin électronique trimestriel. Sept numéros de ce bulletin ont été envoyés à plus de 1 500 personnes dont une bonne part les ont ensuite remis à des agents de terrain, de sorte que le chiffre réel de distribution est plus proche des 2 000. Une colonne libre a été ajoutée (dans les deux derniers numéros), en guise d’espace de débat et de discussion.
Production d’une bande vidéo de présentation du sujet
· Production d’une bande vidéo de neuf minutes sur les grandes lignes du projet. Cette vidéo est gratuite et disponible en anglais, espagnol, français et portugais. On en a distribué plus de 1 500 exemplaires au cours de la phase II.
Organisation de multiples exposés
· Exposés effectués à l’occasion de plus de 200 réunions consacrées à l’aide humanitaire, de conférences, de rencontres dans des établissements d’enseignement, dans le cadre de programmes de formation ainsi qu’au siège de l’ONU et de diverses ONG. Points saillants de cette initiative :
Présentation du projet à des agences de l’ONU à New York (PNUD, OCHA et EMOPS de l’UNICEF). L’UNHCR (Genève) a acheté puis distribué 300 manuels à ses antennes dans le monde entier en les accompagnant d’une lettre du haut Commissaire adjoint qui appuyait Sphère et recommandait à tous les employés du HCR de s’en servir dans la planification des programmes.
Les délégués présents à la Conférence internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont approuvé le plan d’action pour 2000-2003 qui inclut une déclaration appuyant l’application de normes minimales telles que celles qui figurent dans la Charte humanitaire et les normes minimales de Sphère.
Les autorités de Turquie, d’Inde et de Zambie (ministère de la santé, commissaires chargés des secours et bureau du vice-président respectivement) envisagent de s’appuyer sur Sphère dans le but d’analyser et d’affiner les plans nationaux de préparation aux catastrophes ainsi que d’intervention en cas de désastre. Le ministère de la santé turc a terminé la traduction du manuel en langue nationale, grâce à une subvention de la Banque mondiale.
But 2, tester le caractère applicable des normes minimales dans toute une série d’environnements opérationnels.
Des études de terrain ont été menées dans un vaste éventail de conditions et de contextes afin de vérifier la pertinence des normes minimales du projet Sphère ainsi que le caractère approprié des indicateurs. L’espoir était que cette analyse débouche sur une connaissance plus détaillée des problèmes et des possibilités qui se présentent tandis que les agences d’aide humanitaire s’orientent vers l’application de normes universelles. Notre bureau a bien reçu quelques réponses très utiles, mais trop peu pour en tirer des données significatives. Le nombre de réponses a été réduit, en partie, par suite de l’urgence au Kosovo qui, bien entendu, a pris le pas sur l’engagement pris précédemment par les agences en faveur d’études de Sphère sur le terrain.
Sans que l’on puisse s’appuyer sur des données scientifiques, il semble que le principe des normes universelles a été bien reçu et que les indicateurs ont montré leur utilité. Toutefois, dans certains contextes (en Angola, au Soudan), le manque d’accès aux populations en danger ainsi que les restrictions de financement permettent difficilement de juger de l’application du manuel. En Inde, les indicateurs en rapport avec les abris ont été estimés trop élevés, les victimes d’inondations essayant de tirer parti de n’importe quel terrain non submergé à disposition.
Avant de publier la première édition définitive du manuel, le Comité de Direction de Sphère et certains techniciens se sont rencontrés à deux reprises (en mai et en septembre 1999) dans le but de passer en revue les remarques obtenues au sujet des normes minimales, d’analyser les avis provenant des études effectuées sur le terrain, de reprendre les grandes lignes du débat et de peaufiner le manuel.
But 3, passer en revue et intégrer les questions plurielles de disparités entre hommes et femmes et de protection du sexe féminin dans la Charte humanitaire et les normes minimales :
Au cours de la première année de la phase II, les animateurs du projet ont effectué deux analyses formelles de la version préliminaire du manuel.
L’analyse du projet Sphère : Charte humanitaire et normes minimales à respecter dans les interventions en cas de catastrophe, qui a été menée sous l’angle des disparités hommes-femmes, a porté sur les questions cruciales de dynamique entre les sexes, dont la première version de Sphère n’avait pas suffisamment traité. On avait notamment : (1) omis de reconnaître la nécessité de promouvoir l’équité entre les sexes en ce qui concerne l’accès aux services et aux programmes d’aide humanitaire en situation d’urgence ; (2) négligé les problèmes de sécurité physique auxquels femmes et adolescentes se trouvent confrontées ; et (3) insuffisamment insisté sur le besoin de faire participer à égalité les hommes et les femmes des populations sinistrées aux prises de décisions en rapport avec les interventions d’aide humanitaire. Le Comité de Direction de Sphère a repris à son compte les recommandations ci-après.
Ÿ Les préoccupations particulières concernant les femmes et les adolescentes doivent être mises en exergue dans l’introduction de chaque secteur intervenant en cas d’urgence.
Ÿ On a défini des indicateurs dans le but précis d’évoquer la participation des femmes à la prise de décisions et de veiller à ce que tous les membres d’une communauté sinistrée aient accès, à égalité et de manière jugée appropriée, aux services et aux programmes d’aide humanitaire.
Ÿ Un formulaire de compte rendu sur les agressions sexuelles a également été ajouté aux appendices du chapitre sur les services médicaux.
L’analyse du projet Sphère : Charte humanitaire et normes minimales à respecter dans les interventions en cas de catastrophe, qui a été menée sous l’angle de la protection, a été fondée sur la distinction établie entre, d’une part, les activités de protection, dont le but principal est de contrer les menaces que les agissements ou politiques de l’homme peuvent faire peser sur le bien-être fondamental des personnes et des groupes et, d’autre part, les répercussions que les mesures de secours ont sur la protection, lesquelles peuvent rendre les personnes plus ou moins vulnérables à ces menaces. L’analyse a été axée sur ce deuxième volet. La question de savoir si, et de quelle manière les ONG peuvent, au mieux, se charger d’activités de protection dépasse le cadre du projet Sphère, qui ne porte pas à proprement parler sur ce sujet. Il reste que la Charte humanitaire reconnaît que les activités d’assistance humanitaire, dont l’objectif majeur est de pourvoir aux besoins fondamentaux des personnes, peuvent avoir une incidence positive ou négative sur la protection – par suite du contexte dans lequel elles sont menées et en raison de leur contenu. [1] La Charte fait obligation aux agences d’aide humanitaire d’amoindrir les répercussions négatives de leurs interventions dans toute la mesure du possible tout en affirmant que les Etats et les belligérants ont l’obligation de respecter le caractère humanitaire de telles interventions. [2]
L’analyse a surtout porté sur les implications, au plan de la protection, de l’apport de secours, ainsi qu’elles ont été formulées dans les normes de la version préliminaire de Sphère. L’hypothèse était que les prestations d’aide, sous certaines formes et de certaines manières, pouvaient avoir des répercussions tant positives que négatives en matière de protection. L’examen a donc été axé sur la nécessité de minimiser ou d’éliminer les effets négatifs potentiels des interventions humanitaires – à savoir tout ce qui fragilise les personnes face aux menaces susmentionnées. L’on a aussi recommandé de renforcer les liens entre les normes minimales et les principes énoncés dans la Charte.
But 4, élaborer et promouvoir une formation sur les normes de Sphère :
Un programme de formation a été mis au point et mis en oeuvre dans le but de sensibiliser le plus grand nombre de personnes à ces normes, d’encourager le personnel des agences d’aide à participer, de pouvoir affiner le contenu technique et d’aider les agences à avancer sur la voie du respect de la Charte humanitaire et des normes minimales. Les premières activités entreprises ont été les suivantes :
· Mise sur pied d’un groupe consultatif pour réfléchir à la fois sur le contenu et sur la forme du programme de formation et des supports pédagogiques.
· Menée d’un voyage d’études en Angola dans le but de déterminer la pertinence d’un éventuel programme de formation en environnement difficile.
· Elaboration de matériel pédagogique montrant l’application pratique de Sphère sur le terrain et suivant le cycle programmatique (comme, par exemple : Emploi de Sphère dans l’évaluation, l’analyse et la planification de programmes).
· Début de mise à l’épreuve de ces modules dans le cadre d’ateliers interagences, organisés sur le terrain.
Non contents d’avoir organisé de nombreux séminaires d’une demi-journée ou d’un jour, les animateurs du projet ont mené à bien des ateliers interagences dans les pays et villes suivants : Sri Lanka, Inde, Canada, Etats-Unis, Kosovo, Kenya, Ethiopie, Burundi, Rwanda, Salvador, Sarajevo, Allemagne, Irlande, Mozambique et Angleterre. En moyenne, chaque atelier a réuni une quarantaine de représentants de haut niveau, qu’il s’agisse de chefs opérationnels d’ONG, de bailleurs de fonds, d’agences de l’ONU et, bien souvent, des autorités locales. (Les comptes rendus et les évaluations de ces ateliers sont disponibles sur notre site web).
Les ateliers interagences de Sphère sont gratuits et se déroulent dans des villes où l’on trouve une forte concentration d’intervenants dans l’assistance humanitaire (surtout, mais pas exclusivement, de terrain). Chacun de ces séminaires est organisé par une ONG qui invite les stagiaires et se charge du soutien logistique et administratif. Le projet Sphère, lui, fournit les animateurs, le financement de base et définit les grandes lignes de l’atelier.
Ces ateliers sont conçus de manière à permettre un examen tout à fait pratique des questions et des possibilités qui se rattachent à la Charte humanitaire et aux normes minimales de Sphère ainsi qu’aux moyens de les appliquer. L’idée est d’engager la réflexion sur la qualité et la responsabilisation du système humanitaire, à l’échelle locale. De plus, ces séminaires peuvent créer une dynamique propice à l’adoption de Sphère à l’aide de méthodes appropriées au contexte local.
Pour être plus précis, il s’agit pour les stagiaires, d’une part, d’explorer les craintes et les difficultés en rapport avec l’application de la Charte humanitaire et des normes minimales et, d’autre part, de se servir du manuel Sphère dans des applications courantes comme l’évaluation en cas de désastre, l’analyse des problèmes, la planification programmatique, le suivi ou la préparation en cas de désastre.
Les modules sont les suivants :
· 1 – Présentation de Sphère
· 2 – La Charte humanitaire en détail
· 3 – Sphère et le cycle de projet
· 4 – Sphère et la préparation aux catastrophes.
Les animateurs du projet ont organisé une formation des formateurs à l’intention de 35 stagiaires, à Genève, en mai 2000. Un grand nombre de ces participants ont ensuite animé des ateliers au sujet de Sphère soit au sein de leurs agences pilotes, soit en qualité de consultants indépendants.
Programme pilote
Dans le sillage du programme de formation et dans le cadre de la stratégie visant à faire adopter la Charte humanitaire et les normes minimales, un certain nombre d’agences se sont portées volontaires pour expérimenter l’intégration systématique de ces normes dans la théorie et la pratique de leur organisation. L’initiative a non seulement pour but de mettre ce document à l’épreuve, c’est aussi un moyen de connaître de manière plus précise les problèmes courants qui se posent et les possibilités qui s’offrent tandis que les agences d’aide humanitaire s’orientent vers l’application de normes universelles. La liste des agences pilotes comprend 6 ONG d’Amérique du Nord, 5 d’Europe et 8 de pays de l’hémisphère Sud.
Les agences pilotes s’attèlent à la tâche d’intérioriser la démarche Sphère au sein de leur organisation et d’établir leurs liens avec la Charte humanitaire et les normes minimales. La plupart d’entre elles ont engagé cette démarche en analysant de quelle manière Sphère cadre avec leurs politiques et pratiques internes. L’on est en train d’établir des passerelles entre la Charte et les normes minimales, d’une part, et des optiques en cours telles que « la lentille de la justice » ou « la lentille de la société civile ». Au sein d’une agence africaine, Sphère est considéré comme un outil qui permettra d’améliorer les normes de santé dont elle se sert déjà et de négocier l’adoption de normes minimales dans les propositions faites aux bailleurs de fonds.
Le programme de mise en oeuvre se compose des volets ci-après :
ADRA
Africa Humanitarian Action (Action humanitaire en Afrique)
CARE
Caritas India (Caritas Inde)
CHA
Christian Council of Burundi (Conseil chrétien du Burundi)
Comisión Cristiana del Desarrollo (Commission chrétienne pour le développement)
Cordaid
CRS
Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
International Rescue Committee (Comité international de secours)
Fédération luthérienne mondiale
Mercy Corps
Okutiuka (Angola)
Oxfam
Sarvodaya (Sri Lanka)
Save the Children UK
World Vision International
A l’issue de la phase II, un rapport a été rédigé sur les enseignements que les agences pilotes avaient tiré de leur initative de mise en oeuvre. Ce compte rendu est disponible sur notre site web. Il est prévu d’organiser un atelier pour les agences pilotes au tout début de la phase III. A l’occasion de ce séminaire, ces organisations débattront des conclusions du rapport sur les enseignements tirés et préciseront les travaux à entreprendre à l’avenir.
But 5, élaborer des mécanismes aux fins de donner suite aux plaintes :
Un chercheur a été engagé et ses travaux sont terminés. L’étude qui s’intitule : “Pour mieux responsabiliser » peut être obtenue sur notre site web. Elle a été envoyé aux membres du Comité de Direction, aux bailleurs de fonds et aux parties intéressées.
FIN
[1] Parfois, assistance et protection sont qualifiées de “deux côtés d’une même médaille”, vu les liens étroits qui les unissent. La distinction entre les deux est assez floue.
[2] Le caractère purement et exclusivement humanitaire d’une intervention peut être contesté. Le Code de conduite pour le mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et pour les ONG, qui est intégré dans Sphère, est peut-être le meilleur guide général en l’espèce, surtout en ce qui concerne les questions d’impartialité et d’indépendance. Bien entendu, le Mouvement des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, a ses propres principes directeurs dont le code de conduite susmentionné et Sphère font partie.