Projet Sphère : Phase III
COMPTE RENDU NO 1
Novembre 2000 – Avril 2001
Rappel au sujet de la phase III
Si les buts qui avaient été définis en phase II ont, dans une large mesure, été atteints, il est tout de même opportun et nécessaire de veiller à enraciner véritablement la Charte humanitaire et les normes minimales dans la théorie et la pratique des agences participant à l’intervention en cas d’urgence.
Il est jugé essentiel, d’une part, de poursuivre l’oeuvre engagée en phase II à l’aide d’activités de nature à appuyer cet ancrage et à favoriser une maîtrise plus profonde de la Charte humanitaire et des normes minimales -- ce qui encouragera le système d’assistance humanitaire à les adopter et une application sur le long terme -- et, d’autre part, de mesurer l’influence globale du projet Sphère.
Objectifs pour la phase III
Les animateurs du projet Sphère continueront les efforts menés dans le but d’améliorer l’action humanitaire comme suit :
1. Programme de formation
1.1 Compte tenu de l’expérience et des avis exprimés, continuer à mettre à jour et à peaufiner les modules pédagogiques actuels. Les modules présents de formation sont en cours de révision et subissent de petits ajustements qui traduisent ce qui a été appris au cours des six derniers mois. La révision du module 2 consacré à la Charte humanitaire a donné lieu à beaucoup de consultations, notamment à des entretiens qui, pendant deux jours, ont réuni des avocats d’Oxfam Royaume-Uni, d’Amnesty International et de l’initiative de formation Reach Out. Ce module énonce plus précisément l’argumentaire et l’intérêt de la Charte humanitaire. Il analyse les lois, les principes, les rôles et les responsabilités en rapport avec le système humanitaire et met en exergue les dilemmes auxquels les agents d’assistance font souvent face sur le terrain.
1.1.1 Organisation d’un séminaire de formation des formateurs (TOT)
Un séminaire de formation des formateurs a eu lieu fin avril. Nous avons reçu plus de 120 demandes de participation alors que seules 30 places étaient disponibles. En raison de cette forte demande, nous organiserons un deuxième atelier TOT en anglais en novembre, en plus de deux autres sessions fin 2001 – début 2002, une en français (en Afrique) et l’autre en espagnol (en Amérique latine).
L’atelier TOT mené en avril devait faire de cette rencontre une semaine stimulante pour les stagiaires et les quatre animateurs. Parmi les personnes présentes, il y avait des représentants de trois ONG nationales, de 12 ONG internationales, de trois agences de l’ONU, de trois bailleurs de fonds, de deux Sociétés de la Croix-Rouge, de quatre établissements d’enseignement supérieur et trois consultants indépendants. Il y a eu des discussions animées au sujet de pédagogie, de contenu des modules aussi et les stagiaires ont consacré un temps non négligeable à analyser le module sur la Charte ainsi que le rôle du droit et des principes dans l’action humanitaire. Un compte rendu et une évaluation seront bientôt affichés sur notre site web.
1.2 Animation de 15 ateliers interagences organisés à travers le monde
Au cours des six premiers mois de la phase III, les animateurs du projet ont mené des ateliers au Sénégal, au Bangladesh, au Soudan, en Angola, au Zimbabwe, en Indonésie et en Irlande. Il y a une forte demande pour les ateliers de terrain. Par conséquent, les animateurs du projet cherchent à intensifier le « mentorat » d’autres formateurs capables d’organiser des séminaires sans l’aide d’employés du projet Sphère, afin d’augmenter les capacités d’acquisition de ce savoir.
La structure de trois jours de séminaire a donné de bons résultats et le cadre des futurs ateliers de terrain a été dressé, en insistant particulièrement sur les méthodes pédagogiques et aussi sur les problèmes auxquels le système humanitaire fait face à l’échelle locale. (Voir Annexe 1 : modèle d’illustration).
Les comptes rendus et les évaluations d’atelier sont disponibles sur le site web de Sphère dans un délai de trois semaines après chaque séminaire et les stagiaires reçoivent notre bulletin par voie électronique. Les tout derniers ateliers ont donné lieu à la création de groupes cibles qui cherchent à promouvoir Sphère dans leurs pays. Les animateurs du projet Sphère ont l’intention de soutenir et de suivre ces initiatives.
2. Tâches de vulgarisation
2.1 Aller au devant de la communauté de l’aide humanitaire en prêtant un soin tout particulier aux situations et aux voix du Sud et de l’Est.
En raison de moyens limités, les tâches de vulgarisation ont, jusqu’à présent, été centrées sur les pays où des agences pilotes nationales sont actives comme l’Angola, le Sri Lanka, l’Inde et l’Indonésie. La traduction du manuel en arabe et en kiswahili est en cours, ce qui sera favorable à une vulgarisation plus généralisée de notre projet.
2.2 Faciliter l’intégration et la ratification de Sphère dans les agences opérationnelles de l’ONU, en mettant l’accent sur la coordination avec les partenaires qui mettront ces principes en oeuvre.
Sphère continue à tisser des liens avec l’ONU. Une réunion a été organisée avec l’OCHA pour discuter de l’intégration de Sphère dans la formation PAC et de la possibilité d’organiser des exposés pour des coordinateurs de l’aide humanitaire. Une présentation au sujet de Sphère a été incluse dans un atelier TOT sur le processus d’appel consolidé. Le HCR de l’ONU continue à manifester de l’intérêt pour le manuel Sphère (et à en commander des exemplaires) et des employés du projet ont assisté à une conférence du Haut commissariat consacré aux disparités hommes-femmes.
2.3 Dresser des plans-cadres de travail et élaborer des dossiers pouvant être adaptés aux besoins de consortiums nationaux qui souhaitent créer des points focaux Sphère.
Un bon signe pour la pérennité du projet Sphère, après la fin de la phase III, est le nombre croissant d’ateliers qui sont organisés de manière indépendante. En Ouganda, InterAction et CRS, qui est membre de Caritas Internationalis, ont formé un groupe indépendant interagences dans le but de mobiliser des fonds et de gérer leur propre atelier sur Sphère, tandis que la Croix-Rouge canadienne a organisé un séminaire de formation des formateurs à Ottawa. L’équipe du projet a soutenu ces activités et souhaite continuer à offrir ses services pour aider les agences à mener leurs propres efforts de formation et de diffusion.
2.4 Passer en revue, mettre à jour et entretenir le site web
La restructuration de notre site web est maintenant terminée. Le nouveau plan de site est convivial, il offre des outils de navigation, des menus déroulants, des fichiers comprimés et plusieurs liaisons avec d’autres sites pertinents. Il est désormais disponible en espagnol, français et portugais et contient des exemples de Sphère en action (utilisation pratique de Sphère). Le site traduit l’ampleur non négligeable des travaux entrepris dans le cadre du projet et le nombre de consultations augmente de mois en mois. En février 2001, ReliefWeb a installé une liaison bien en vue avec le projet Sphère, ce qui a entraîné 30 000 visites en plus des 100 000 consultations effectuées ordinairement chaque mois.
2.5 Produire une vidéo de 60 minutes sur des situations de catastrophe en cours qui illustreront concrètement les modalités d’application pratique de Sphère sur le terrain.
L’intention est de faire de cette bande vidéo d’une heure un outil constant de communication et d’éducation au sujet de Sphère. Le cadre de la vidéo a été établi, un premier scénario écrit et des consultations sont en cours. Parmi les lieux de tournage potentiels, l’Inde et soit la Sierra Leone, soit l’Ethiopie sont envisagés. Les grands participants à ce tournage ont été identifiés. Le groupe consultatif du Comité de Direction qui s’occupe des questions vidéo entérinera la version finale du scénario vidéo.
2.6 Préparer, en consultation avec des universitaires, des propositions de plans pour intégrer le manuel dans les cursus, en mettant particulièrement l’accent sur les universités installées dans les pays de l’hémisphère sud.
Diverses universités poursuivent l’intégration dans leur cursus de la Charte humanitaire et des normes minimales (par exemple, aux Etats-Unis, Harvard, Tufts, l’université du Wisconsin, Johns Hopkins, l’université de Boston et, au Royaume-Uni, Cranfield, Oxford-Brooks, la Faculté de médecine et d’hygiène tropicale de Londres et, dans l’Union européenne, le consortium NOHA envisage d’intégrer Sphère dans son cursus général). Parmi les universités des pays du sud qui se servent de Sphère, citons l’université africaine du Zimbabwe. Des contacts ont été pris dans ce sens avec des université d’Inde et des Philippines.
2.6.1 Poursuivre la distribution du bulletin et d’autres documents d’information.
L’information au sujet de Sphère continue à circuler régulièrement par le biais du bulletin Sphère qui est envoyé, par courrier électronique, à plus de 2 300 personnes intéressées.
3. Intégration des principes Sphère dans les agences (programme pilote)
3.1. Etablir un système de suivi et d’évaluation propre à être mis en place :
La menée d’un suivi à la lumière d’indicateurs dans une urgence n’est pas une priorité pour la plupart des organisations étant donné les pressions immédiates qui s’attachent à l’intervention en cas de catastrophe. Les agences pilotes de Sphère ont l’intention de définir des systèmes de suivi propres à être mis en place dans les interventions en cas d’urgence, à savoir comment recueillir et rassembler des données en relation avec les indicateurs Sphère. A l’issue de la réunion des agences pilotes au Caire, en février 2001, il est évident que le meilleur moyen d’atteindre ce but est d’intégrer les indicateurs Sphère dans les systèmes et procédures en place, plutôt que d’en créer de nouveaux. Un petit groupe d’agences sera associé au processus d’introduire les indicateurs Sphère dans les systèmes existants et d’analyser les aspects de cette initiative qui ont donné de bons résultats.
Le suivi continue, certes, à présenter des difficultés, mais des éléments permettent de penser que l’on s’appuie de plus en plus sur Sphère dans les évaluations. L’équipe de mise en oeuvre de Sphère contribue à la formulation des grands points et questions qui peuvent être intégrés dans les évaluations d’une agence ou d’un groupe d’organisations pour pouvoir définir dans quelle mesure l’on se sert de Sphère dans les interventions en cas de catastrophe.
3.2 Documenter les expériences de mise en oeuvre de Sphère dans les interventions en cas de catastrophe.
Il y a deux moyens de documenter l’application des indicateurs Sphère dans les interventions en cas d’urgence :
i) en détachant une personne servant de point de contact dans une urgence, qui fera office de catalyseur pour l’application de Sphère et pourra documenter cette démarche et ii) en demandant à ceux qui participent à des interventions de rédiger des études de cas.
S’agissant de détacher un point de contact Sphère, les agences pilotes ont engagé un débat interne pour décider si cette option serait un bon moyen d’impulser l’application des indicateurs Sphère au tout début d’une intervention en cas de catastrophe de grande ampleur. La question sera portée devant le Comité de Direction du projet et si l’idée attire un nombre de partisans suffisant, elle devrait être concrétisée après septembre 2001.
Les employés du projet recueillent, de manière systématique, les études de cas envisageant d’appliquer Sphère dans les cas suivants :
i) différents types de catastrophes :
· calamités à développement lent, comme la sécheresse, en Inde,
· calamités à développement rapide, comme les séismes ou les inondations, en Inde ou en Amérique centrale,
· conflits armés, donnant lieu à de brusques mouvements de population, et aussi antagonismes violents de longue durée (Angola, Sri Lanka),
ii) cycle du projet : évaluations, planification de projet, suivi et évaluation,
iii) chacun des secteurs couverts par Sphère.
Des résumés de ces études de cas sont en cours de préparation et seront disponibles sur notre site web en septembre 2001.
3.3 Documenter les expériences d’application de Sphère dans la préparation aux catastrophes.
Les agences pilotes se servent du manuel Sphère pour éclairer la préparation aux catastrophes de deux manières :
i) dans les plans dressés à l’échelle nationale ou régionale (plans de CARE, Mercy Corps, Save the Children – Royaume-Uni, World Vision),
ii) dans les plans dressés à l’échelle locale, de concert avec les collectivités (plans de Comision Cristiana del Desarrollo, ou CDD, au Honduras ; ceux du Disaster Mitigation Institute, en Inde et d’Okutiuka, ONG d’Angola).
Certains de ces plans nationaux ou régionaux sont terminés et nous n’allons pas tarder à savoir quels ont été les enseignements tirés de l’intégration de Sphère. Les progrès de cette intégration sont moins avancés dans les plans dressés à l’échelle communautaire, mais les trois agences susmentionnées pensent que ces travaux commenceront dans les mois à venir. Au Honduras, la CDD envisage d’établir des comités d’urgence à l’échelon local et de former des responsables de la communauté aux indicateurs Sphère. Les enseignements tirés de cette expérience seront disponibles en début d’année prochaine.
3.4 Promouvoir la participation d’agences implantées dans des pays du sud
i) Analyser les rapports avec les partenaires du nord et les moyens de s’en servir pour mieux faire connaître et comprendre Sphère.
Un certain nombre d’agences pilotes, comme Cordaid, le Secours catholiques (ou CRS), la fédération luthérienne mondiale, travaillent étroitement avec des organisations partenaires sur le terrain. Elles ont pour objectif d’informer leurs partenaires au sujet de Sphère et commencent à débattre des meilleurs moyens de s’y prendre (élaboration d’affiches, organisation d’exposés, rédaction d’une version abrégée du manuel en langue locale, supports visuels simples pour décrire les situations sur le terrain, etc.).
En plus de diffuser ces connaissances, certaines agences se serviront du manuel Sphère comme cadre en vue de définir les points forts particuliers des organisations partenaires dans les interventions en cas d’urgence et la façon dont on pourrait les consolider grâce à plus de formation ou de renforcement des capacités.
ii) Analyser l’ expérience de travail avec le Comité Sphère en Inde et d’autres organismes parapluie et de réseau pour contribuer à mieux faire connaître Sphère.
Le Disaster Mitigation Institute (DMI ou Institut d’intervention palliatrice en cas de catastrophe) en Inde remplace le Comité Sphère en Inde, en tant qu’agence pilote. Le DMI n’est pas un organisme faîtier d’ONG et n’est donc pas bien placé pour mieux faire comprendre leur rôle dans la diffusion des connaissances au sujet de Sphère. Par contre, le Consortium d’agences humanitaires (Sri Lanka) est, lui, à la fois une agence pilote et un organisme parapluie, ce qui permettra de mieux analyser dans quelle mesure ces organisations faîtières peuvent promouvoir la sensibilisation de Sphère auprès des associations locales. De même, le Conseil australien pour l’aide outre-mer qui est, de facto, une agence pilote (ayant choisi de financer sa propre participation à la réunion du Caire) apportera aussi sa pierre pour mieux cerner cette question.
4. Gestion du manuel Sphère
4.1 Trouver, seconder et soutenir des chefs d’équipe de secteur afin de passer en revue et de réviser le manuel, dans le courant de la troisième année du projet.
Ne s’applique pas à ce stade.
4.2 Soutenir et faciliter les efforts déployés à travers le monde en vue de produire des versions du manuel en langue locale, étant donné les initiatives effectuées dans ce sens et couronnées de succès en phase II.
Versions en bengali et en bahasa (langue d’Indonésie) en cours de préparation.
4.3 Entreprendre une traduction du manuel, si ce n’est déjà terminé en phase II, en arabe, chinois et/ou kiswahili.
La traduction des versions arabe et kiswahili est terminée ; les tâches de production et d’impression ne vont pas tarder à commencer. Des recherches ont été lancées pour trouver des distributeurs locaux (appropriés à la région).
4.4 Etablir des contacts avec d’autres consortiums d’aide humanitaire qui sont en train de regrouper et de produire des normes minimales dans d’autres secteurs, les encourager dans ce sens, et promouvoir la démarche de Sphère qui est faite de collaboration à grande échelle, de compétences spécialisées dans les secteurs et de recherche de consensus.
Une explication concise de la « démarche Sphère » sera disponible en septembre 2001.
4.5 Envisager d’intégrer les normes minimales et les indicateurs clés en rapport avec la sécuirté alimentaire en cas de catastrophe et de calamité dans des versions futures du manuel, à condition qu’elles aient été arrêtées à l’issue d’une vaste démarche de collaboration, étayée sur faits.
Une première analyse de cette question aura lieu lors d’une réunion à Oxfam – Royaume-Uni, en juillet 2001.
4.6 Soutenir les ventes globales du manuel.
Le manuel continue à bien se vendre, dans toutes les langues. En réponse à la demande, il y a eu une deuxième impression de la version française, qui a été augmentée d’un index.
5. Evaluation
InterAction, qui est membre du Comité de Direction de Sphère, a pris contact avec la Fondation Mellon au sujet de l’évaluation du projet Sphère. La Fondation a réagi avec intérêt à la proposition de financer ce travail et le bureau du projet Sphère lui a remis une soumission. Le caractère complexe d’une telle évaluation ont donné lieu à des discussions prolongées au terme desquelles des termes de référence ont été établis. Une fois que le financement sera confirmé, ces termes de référence seront annoncés à travers tout le système d’aide humanitaire ainsi qu’auprès des professionnels de l’évaluation.
6. Gestion, personnel et financement du projet
Le Comité de Direction de Sphère s’est réuni en janvier et en mars. Sa dernière réunion pour l’an I de la phase II aura lieu en septembre 2001.
Les employés du projet n’ont pas varié, si ce n’est que le bureau a bénéficié, récemment, du soutien à temps partiel d’un stagiaire et d’un assistant administratif.
Dans le droit fil de sa nature, qui est de toucher l’ensemble du système, le projet Sphère a reçu le soutien financier de la plupart des membres du Comité de Direction et de deux bailleurs de fonds gouvernementaux. Cinq autres Etats ont pris des engagements financiers.
Budget
Le budget de l’an I se chiffre à quelque 800 000 $ dont 700 000 ont été mobilisés et/ou couverts par des engagements.
Le deuxième compte rendu et l’état financier qui couvrent la période de mai à octobre 2001 seront disponible d’ici décembre 2001.